CHAPITRE XX
TRAITEMENT « MÉCANIQUE » DES NÉVRAL(iIES
Nous avons eu précédemment, à plusieurs reprises, Toccasion d'étudier l'indication des mouvements méthodiques dans le traitement de diverses affections où l'élément douleur prédomine. Pour éviter des redites, nous renverrons le lecteur aux chapitres où est exposé le rôle de la Mécanothérapie dans ces maladies : notamment au chapitre des Affections des voies digestives et à celui des Impotents, au paragraphe intitulé V Impotence douloureuse (voir p. 160 et p. 317).
Ici, nous n'avons qu'à récapituler brièvement les indications déjà formulées, à les résumer et à les compléter sur certains points.
Dans les affections des troncs et fdets nerveux, telles que les névrites, les névralgies, l'exercice doit être recherché surtout pour son action mécanique. On l'emploie le plus souvent en pareil cas sous la forme du massage : massage par friction, par effleurage, par pression et surtout par trépidation. Nous savons que les effets du massage peuvent s'obtenir, soit avec la main, soit à l'aide de diverses machines. C'est surtout dans le massage des nerfs qu'on utilise les appareils vibratoires dont nous avons déjà parlé au chapitre du Massage, et à l'aide desquels on peut localiser l'action des vibrations avec beaucoup de précision et agir sur des nerfs profonds qui seraient peu accessibles à la main.
TIUITEMEM^ « MÉCAMOUE » DES NÉVRALGIES 445
Les mouvements passifs ont aussi leur indication formelle dans toutes les affections douloureuses des nerfs. Le but de leur emploi est presque toujours de faire subir aux nerfs malades une sorte d'élongation analogue à celle qu'on obtient à l'aide d'une opération chirurgicale; mais, ici, l'élongation est lente et progressive.
Nous citerons comme type du traitement des névralgies par le mouvement passif le procédé employé en Suède pour guérir la sciatique. — On voit dans une des salles de l'Institut central de gymnastique, à Stockholm, une longuepoutre obliquement étendue de façon à toucher le sol par une de ses extrémités, pendant que l'autre est fixée au mur à une hauteur d'environ 2 mètres, la direction de cette poutre représentant celle d'un plan incliné de pente très douce. Voici comment on utilise cet appareil, qui est, comme on voit, d'une simplicité rustique. Le malade se place debout, faisant face à la poutre, et soutenu au besoin par un aide, puis il porte en avant sa jambe bien tendue et place le talon du pied sur la poutre, au point le plus élevé que la douleur lui permette d'atteindre. Le médecin saisit alors la jambe et la pousse très doucement, et très lentement, dans la direction ascendante du plan incliné. On gagne aisément ainsi quelques centimètres, et on laisse le membre en place durant quelques minutes. Le lendemain, l'exercice est repris et Ton remet le pied sur le point où il s'était arrêté la veille, pour s'efforcer, en procédant toujours avec les mêmes ménagements, de gagner encore un certain espace en montant. On réussit, de cette façon, à élever chaque- jour un peu plus haut le membre malade, et l'on finit par obtenir, en moyenne au bout de quinze à vingt jours, une amplitude à peu près normale du mouvement. On obtient du même coup la cessation des douleurs et le . retour des mouvements actifs.
Il n'est pas difficile de comprendre que l'effet de ce moyen gymnastique s'explique par Vélongation du nerf, absolument comme la guérison qu'obtiennent les chirurgiens en tirant
l'ortement, à Taide d'un crochet mousse, sur le nerf scialique préalablement mis à nu. Mais, ici, l'élongation est lente, douce et progressive, et donne des résultats plus durables que l'élongation chirurgicale, sans exposer le malade aux mêmes dangers.
Ce procédé un peu primitif de la <r poutre suédoise » est remplacé, en Mécanothérapie, par des exercices de même r'tlel, mais d'emploi infiniment plus méthodique. Plusieurs appareils conviennent pour faire l'élongation progressive du nerf douloureux. Le mouvement de flexion forcée de In cuisse se produit passivement avec l'appareil B-. Le malade, étant couché sur le dos, engage le pied dans la boucle de la courroie qui sert à actionner le contrepoids et, laissant la jambe étendue, s'abandonne à la traction du contrepoids. Le membre inférieur, dans sa totalité, est ainsi relevé dans la flexion jusqu'au point-où le mouvement devient trop douloureux. Le malade, quand la flexion devient douloureuse, la fait cesser en tirant sur la courroie par un mouvement d'extension active qui fait remonter le poids. Chaque jour, à mesure que l'amélioration s'accentue, le patient augmente ainsi progressivement l'amplitude du mouvement et, par suite, l'énergie de l'élongation du nerf sciatique.
Le même appareil peut servir à provoquer V extension passive forcée au lieu de la flexion. 11 suffit que le patient s'y place à plat ventre au lieu de s'y coucher sur le dos. On obtient alors des efl'ets d'élongation passive sur le filet et le tronc du nerf crural.
Les autres nerfs peuvent être aussi soumis aux mêmes eftets d'élongation, par l'utilisation de la phase passive de divers mouvements méthodiques, avec les appareils appropriés au membre douloureux. — On aura toujours soin de veiller à ce que la période active du mouvement ne soit pas exécutée par les groupes musculaires auxquels se distribuent les rameaux du nerf malade.