AUX COMMISSAIRES DES DÉPARTEMENTS
Citoyens Commissaires ,
La République que nous avons in;m^Mii6f, nV-st pas le résultai fortuit d'un rnouvemenl passionné. Elle n'e>t pas davanta<;e le fruil d'une sainte et légitime colère. Sortie toute frémissante du conibat inégal engagé entre tout un peuple et une poignée d'insensés, elle s'était constituée lentement parlesprogrèsdel.i raison populaire.A niesurequr lu l'actioM placé»' i la tètf du [jouvoir devenait plus violenti' et plus oppressive, la nation se fortiliait dans le senliiueut de son droit et dans la résolution d'i'U proclamer, à la première grande occasion, rirrési>tible souveraineté.
Voilà pourquoi il ne s'est manilésté ni iiésitulion, ni dissentiment. La France entière n'a eu qu'une seule voix, parce qu'elle n'avait qu'une seule âme. Tous nous nous sentions bumiiiés, abaistés aux yeux
de l'Europe par une monarcliie aviliH et contre-révolutionnaire; tous nous avons fièrement relevé Jatèle le jour où, tombée sous la répmbation du mépris, cette monarchie a fait place à un gouvernement républicain.
Celte \inion de Ions dans une même pensée est le gage le plus certain de la durée de la Républiijiie. Klle doit au.''si être la source de la moilération après la victoire. Votre premier soin aura donc été de faire comprendre que la République est exemiile de vengeance et de réactitm
Toutefois, que celle générosité ne dégénère pas en faiblesse. En vous abstenant de toutes recherches contre les opinions et les actes politiques antérieurs, prenez comme règle que les fonctions [)oliliques, à quelque degré de la hiérarchie que ce soit, ne peu-
vent être confiées qu'à des républicains éprouvés. Le pouvoir méprisable ijue le souflle populaire a lait disparaître ava/l infecté de sa corruption tous les rouages de l'administration. Ceux qui ont obéi à ses instructions ne peuvent servir le peuple. Au moment solennel où, recouvrant la plénitude de sa jiuissaiice, il va descendre dans ses comices pour y désigner ses élus, il faut que tous ses magistrats soient profondément pénétrés de son esprit et dévoués de cœur à sa cause. Le salut de la pairie est à ce prix. Si nous marchons avec fermeté dans la voie de la révolution, aucune limite ne peut être assignée à sa grandeur et à sa prospérité ; si nous nous attiédis.sons, tout est à craindre. A la tôte de chaque arrondisse- Dienl,dechaque municipalité, placez donc des hommes sym-
palhiques et résolus. Né leut ménagez pas les iiistruclions, animez leur zèle. P.ir les élfClionsqiii vonl s'accomplir, ils tiennenl ilaiis leurs uiaïus les destinées de la France; qu'ils nous donnent une assemblée nationale ca(i;ib!e de -ïoin- • prenJre et d'aciiever l'ofcuvre du peuple, tn un uiot^ laiu hommes de la tedU *«< pot du Itndeinain.
Moins Je rigueur à l'égurj des l'onctio'uiaires 'loiU le nûlô est purement admiiustralit.
Vous devrez maintenir ceux qui, étrangei-s a toute action politique, ont conquis leur
fjosilion par des services uties.
Cherchant ainsi & dsmèuror ferme et juste vis-à-vis des agents placée sous vos ordres, vous en exigerez un concours actif et dévoué. Ce concours doit tendre à rassurer les esprits timides, à c ilmer les impatients. Les uns s'ép<3uvaiitentde vains fantiimes, lesautres voudraient précipiter les éTénemenL<au gré de l-'iir* ardentes esp'^raoces. Vous direz aux premiers que la société actuelle est à l'abri des commotions terribles qui ont agité l'existence de nos p^res. Aux autres vous direz qu'on n'administre pas comme, on se bat.
Le sol est déblayé, le mome:it est venu de reédilier. <>r ijui, pour l'accomplissement de cette grande œuvre, n'est pas disposé il s'élever an-dessus de tous les méprisaliles calculs de régoisrne? 1^ France est prèle à donner au monde le beau spectacle d'une nation assez i'orte pour faire appel & toutes les libertés, assez sùge
E)ur en user pacifiquement, ans ce vaste mouvement des esprits -ii énergiqufmnnt entraînés vers l'application des principes de fraternité et d'union, où est le danger pour qui que ce soit? Où reiicon-
Irfe-t'-oll * lé prétexta ti'unb crainte?
Ce(i4'(fui se- montrent inquiets pour la propriété, et la famille sont p^n Tl impies on fort ignorants. l>ép<niillée de son caractère du pei-sonnalité ^'oiste. garantie at limitée
[)ar riiitértH«tl''iiriWl.l.' lous, a pi-opriulé: devient le Ifuil exclusif du travail. Qui oserail dés lors contester son inviolabilité? Me iiM^me, régénàré« pur une éiucaïKin- corn-inune à tous les je mes citoyeiH, cliai|iie famille est un loyer ardent d'où s'Aobappeiit autant de raymis de patriotisme. Sa destinée est lice à celle di' la spciét»' lioulelle est à lu fins l'iaiage et le ipodèie.
Quant à nous, salués par rarclamatmn- nnpHlaire pour prépaœr l'établi.sseinent définitif d.- la démocratie, nous avons hâte, plus que tous, de iléposer dans les mains de la nation souveraine l'autorité que l'insurrection et le salut public nous ont conférée. Mais |K.>ur remplir dignement cette noble tiche, nous avons essentiellement besoin deconbanee et de calme. Tous nos ell'orts tendront à ce ipiil n'y ait pis une heure peniiie, et qu'au plus tôt, sortis cette fois sans liction du sein du p>;uple tout entier, les représentants du pays se réunisseni pour révéler sa volonté et régler les destinées de l'avenir.
.\ cette assemblée est réservée la grande œuvre. La notice sera complète si. pendant la transition nécessaire, nous donnons à notre patrie ce rju'elle attend de nous :
l'ordre, ta sécurité, la confiance au goMvernemi'nt répiibiioiin. Pénétré de cette vérité, vous lerez exécuter les lois exisianles en ce (ju'elles n'ont rien de contmire au réjrime nouveau. Les pouvoirs qui
vous sont conférés ne vous mettent au-<lessusde leur action qu'en ce (jui louche l'organisation poliliquedont vous devez être les instruments actifs et ilévoués. N'oubliez pas non plus (|ue vous agissez d'urgence it provisoirement i't(|ue judois imiuédiatemenL avoir con'iai.^s;ince des mesures pn.ses par vous. C'est à cette condition seulement quo nous pourrons les uns et les autres maintenir la paix publique, et conduire la France ^alls secousses nouvelles jusqu'à la réunion du ses mandataires.
Autour de vous s'élèveront des réclamations nombreuses et de toute nature, recueillezles avec soin. Il est temps que le peuple lasse librement enleiiilre si voix; le gouvernement ne peut demeurer indifférent à aucun vi«u. Si quelquefois rexpre.^ion en est ardente, ne vous en effrayez p^is.
11 serait dangereux d'exciter les passions même légitimes; il le serait plus encore de s'alarmer de quel(]ues exagérations inévitables et de quelques doctrines erronées. C'e,st la compression qui altéra et corrompt la pensée publique; la liberté l'épure et l'agrandit.
Cependant si les hardiesses de l'imagination, si les témérités du langage, au lieu de .s'appliquer aux idé.s générales, à la marche du gouvernement, frappaient les personnes, votre devoir serait de requérir l'intervention des magistrats pour laire cesser un pareil abus. Du reste, je le crois peu à redouter : l'élan qui entraîne le pays tout entier élève les âuii-s au-dessus des querelles misérables si fréquentes sous le règne qui vient de Unir.
Vous avez dû vous entourer à voire arrivée de:» patriotes les
plus influents : leurs conseils auront toujours un grand poids près de vous ; mais n'oubliez pas que le meilleur moyen de les conquérir, et avec eux toute la population, c'est d'imprimer à tous les services de l'administration une infatigable activité.
Nous sommes les serviteurs du peuple, et par notre application et notre zèle nous lui prouverons que nous sommes dignes de sa confiance. Donnez donc partout l'exemple de la vigilance et du travail ; que par vds soins aucun intérêt ne soufire de la perturbation momentanée occasionnée par la chute d'un pouvoir détesté, et vous aurez utdtmeiit rempli votre nianual.
Je n'ai pas besoin de vous dire que voire attention doit se porter d'une manière toute spéciale sur l'organisation de la garde nationale. Composée de tous les citoyens, comme elle va l'être, elle est la force et la gloire de notre pays, la garantie de n( s libertés. Envoyez-moi desélatsexactssur la ccmposition de chacune des légions canlonales de votre département. Faites élire les chefs ; entretenez avec eux des ra[iports nombreux , et.
coniniuniijuez bien l'esprit qui vous anime.
Attachez-vous enfin à résumer avec précision et clarté t out ce qui touche au sort des
trh'vailleurs de votre dôpar- " tement. C'est par eux et pour eux que s'est fondée la République, dont la mission est de faire cesser leurs souflrances j et de consacrer leurs droits.
Si des nécessités urgentes ' vous paraissent commander ; des mesures extraordinaires, i referez- m'en sur-le-champ. 1 Mais, ici encore, appliquez- i vous à ménager les îransitions. N'inquiétez pas des intérêts respectables dont les troubles pourraient nuire à ceux mêmes (jue vous voudriez protéger. Sur quelques points du territoire, des actes de condamnable violence ont été commis. Eclairez ceux qu'un passager entraînement égarerait. En brisant les machines les ouvriers compromettent leur cause et provoquent le malaise et la niine^î Encore un peu do temps, et.
ces merveilles du génie humai;; qui n'ont pas uiérité la mutilation, fécondées jiar les capitaux et le travail, enrichiront tous ceux qui les mandissent aujourd'hui. Unis par les liens de l'association, les ouvriers et les maîtres ne formeront plus qu'une famille dont les intérêts seront identiques.
Reprenant le rang et l'importance qui lui ont été ravis, l'agriculture fera jaillir du sol les richesses que ruiciine des gouvernements antérieurs y laissait enfouies, et jettera
'ainsi dans la circulation des éléments inconnus qui régénéreront l'industrie.
Voilà l'avenir qui nous est ré.servé si nous .sommes réellement révolutionnaires, si nos pensées, nos délibérations, nos actes, sont conformes à la loi lie fraternité qui doit être la régie des sociétés futures. Heureux d'en préparer l'avéïiement, il nous appartient de rassurer les esprits, de rall'ermir le crédit, de renouer les transactions, de réunir les matériaux du' vaste édilice que l'assemblée nationale élèvera. Que tous les cœurs généreux, ipie tous les esprits inleiligenls se mettent à l'œuvre et nous viennent en aide! C'e,>t la un sujet de nobleambition! Donner au monde l'exenqile du calme après celte éclatante victoire, en ai)pellera la puissance de.s idées et de la laisoii ; accepter courageusement les rudes épreuves du présent, s'unir ■ pour les traverser et les vaincre, c'est là vraiment ce qui caractérise, ce qtii doit immortaliser une grande nation ! Tel est le but de nos conmiuns elForts. Pour que les miens aient quelque efficacité, j'ai besoin de votre concours, citoyen commissaire, et votre patriotisme me per-' naet d'y compter sans réserve.
Salut et fraternité,
Le Membre du Gouvernement provisoire, Ministre de l'intérieur ,
LEDRU-ROLLIN
Imprimerie nationale. Mars Mit.
H E l»l B LI O U E F I\ \N Ç AÏS E.
LlBtRTK , KP.AUTK, FRATERNITÉ.
Al \ (.AUl)l> .\AiK)NALES l)L UEPAUTEMEM DE LA SEINE.
Paris, ■> mars 1«Ik.
La jouriK'o d'hier a l'ié soicmicllc. iiniiicnso 1
Le p«'uplf, t|ui a ])roin(iir, il y a huil jours à pciiu'. les oripeaux d'un trône sur les pnvés onsan;,'lautrs, rayonnait dans lonle sa majesté. C'était un deuil Irionipliaiil. t-t si la lonle avait des cris «le douleur pour les (rères qu'elle accompagnait jusi[u à leur lit de re])<)s. elle a\ait aussi des cris d'entiiousiasnie pour la conquête de$ droits de la démocratie, sortis vivants du lond)eau de la tvramiie. , i , i i
\ ces Ilots de population cpii .s'affitaienl comme une seule vague depuis la Madeleine jusqu'à la Bastille . vous avez pu vous faire une idée du respect qu'inspire le saint nom de la Répnblicjue. Le peuple sait qu'avec les ])rincipes qu'il a lait triomplier. il n'y a plus de force sans ordre, d'ordre et de bonheur sans unité.
C-es deu\ hras de yianl. dont les tleuv mains n'en formaient qu'une, et qui dominaient le char de triomphe, seront désormais le symbole de noire République. Plus d'iui'-galili', plus de division pTrnii l(!s honunes. Nous appartenons tous a la famille humaine, famille des travailleurs, nous devons unir notre intelligence et nos bras pour reconstituer l'édifice .social sur des bases indestrueti'^^, bjes : les droits de l'Iintiimc, les droits de la nature.
Cito\ens, gardes nationaux, vous a\ez été hier à la hauteur de \olre mission ; j je vous retrouverai toujours, j'en suis certain, dévoués à la grande cause que nous avons gagnée ensemble. Ces in)niortiIles (|ue \ous j)orlie/ sur votre poitrine et au bout de vos baionueltes. gartle/.-les connue un lemoignage éternel dé sympathie pour les braves dont les noms vont s'ajouter à ceux qui sont inscrits déjà sur la grande colonne de la liberté, et \ivr<; jusqu'aux derniers siècles.
Quel beau spectacle que celui de tout un peuple se gardant lui-même, n'ayant qu'un même cri, qu'inie pensée, qu'un même but , le salut de la Béj)nblique française 1 Les repréxulants des nations <pii gémissent encore sous le régime des royautés tyranniques pourront aller dire à leurs maîtres ce que c'est qu'une révolution faite pour le peuple et par le peuple.
(Juant à moi . cito\ens, j<; suis plus fier «pie jamais d'être à votre tête. Entre nous il y a désormais un pacte de fraternité solennellement scelh' sur la tombe de nos frères, devant les faisceaux iinincibles de la République. H ne sera jamais rompu, l'ive la République !
Le général commandant supérieur, ,