‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 253 sur 295 · AU CLERGÉ · texte numérisé non relu

AU CLERGÉ

A TOI S LKS TRAVAILLKIUS DF LA HArTK-LOIIU:.

La révolution île F.vrior a reconquis les droit'i du pi-uple, unéanti les privilèges de deux cent mille enfants £:àlés d'un [muvoir corrupteur ut corrompu.

O li , Citoyens , nous re-;pirons tons le iiiùine air. nous pouvons dire h'iuteinent et sans contrainte : • Tous les Français sont « éiîaux devant la loi: tous, ils portent sur « leur front le cichet du souftle de Dieu ; dc- « puis le 2i février, la Trance est une famille « «le frères : elle ne repousse de son si'in nue « les paresseux, les perturbateurs, les anar- « chisies. D

Il -sormais, la loi sera faite par tous ci pour tous; arrière ces législateurs enmid;<rHs et avides qui ne pensaient au pauvre pi'uple que pour lui prêt. die tous les :ins un milliard et demi stir les fruits de ses fatigues !

Citoyens, soyez confiants : la République n est p:>s une utopie, c'est un besoin de nos mœurs et de nos crovancts.

\\i\ cidiivaleurs, ces ouvriers infatigables du pain de la nation, elle doit estime, encourageiuentsetsecoursopporluns. Il fautqu'elie les ven!;e de l'oubli indécentoii lesavait laissé croupir le ^y^lème qui trouvait tlans la faim un moyen île gouvernement.

Au.\ ouvriers de nos f.ibriques, elle lioit l'écoulement régulier des produits assuré par des traités de commerce empreirts de la dignité de la rrance, si souvent compromise par des préoccupations dynastique.- et le besoin de la paix a tout prix. Kn garantissant le salaire des travailleurs, la Kepubli(|ue g;irantira les bénéfices du fabricant, parce qu'il y a solidarité entre le maître et l'ouvritr : les malheurs de l'un .sont I effet ou la cause des malheurs de ('autre.

Aux prêtres du Christ, la Républiques dit : Je veux que vous soyez des citoyens, et que

vous en exerciez, tous les droits; les hommes du pouvoir déchu voulaient faire de vous une e.isle de parias, vivani hors de la loi comni'ine, on il'' vils instruments de corruption; je veuv faire de vous di-s travailleurs infatigables, des régénérateurs de la nation. Votre part est la plus belle, car vous trouvez dans rKvanuile les vrais principes de liberté, d égalité, de fraternité; car la loi de votre miiîire est tout entière ilans ce précepte : • Aimez-vous les uns les autres. »

Ces principes furent les miens, et leur défense me coula ma liberté , alors que la rovaulé pesait de tous ses privilèges sur la France.

Non, Citoyens compatriotes, je ne suis pas un républicain du lenilemaiu; maconscienco me rendait ce tétnoignage, lorsque les braves travailleurs du Piiy '"« firent leur candidat. On leur a dit que je répudiais celte (laiteuse iniiiative-, on les a trompés. Ma caniiidature n est pas mon œuvre, je n'ai pas le droit d'y renoncer; je me fais un devoir d'en poursuivre le succès.

Je veux être franc avoc ^ ous. Voici quelle sera ma conduite à la représentation nationale :

J'adhérerai à la fonno républicaine, leile que l'avaient rôvée nos pères en 89; mais je ne m'inspirerai pas de l'orgueil gi'nois, ni du luxellorentin, ni de I inquuition venitii;nne. A Gènes, a Florence, ii Venise, il y avait des nobles et de» esclaves; le peuple était honteusement exploité par les luîtes coniinuclles de familles puissantes qui se disputaient de |)èi* en fils le droit d'être les israns de la plèbe. Je demanderai le gouverrienicnt de tous pour tous, c'esl-a-ilire que les eni(ilois soient accessibles à tout le monde, afin rpe désormais les fonctionnaires puissent avuir

une origine et des allures plébéienne?. Je n'ai jamais compris ce que l'on est convenu d'appeler les frais de représcnlalion ; la représentation a un cachet de féodalité (pii doit répugner à un pays libre. Les lètes nniionales remplaceront convenablement les raoùt, les bals, les soupers olliciels, parce que tout le inonde sera appelé à y prendre part.

Mes votes sont acquis :

1° Au sufl'rage universel, dont nous allons faire l'essai, et qui est le seul moyen de donner à tout le peuple une part active dans les affaires publiques;

2° A la liberté d'association et de réunion, si imprudemment contestée par le régime soi-disant constitutionnel ;

5° A la liberté illimitée de croire, de penser et d'écrire, c'est-à-dire à la liberté complète de la presse;

4° A la liberté des cultes, large et généreuse comme l'Evangile, et par corollaire, à la liberté d'enseignement sans restriction : toute restriction serait une atteinte aux droits de la famille.

0° A la réduction des charges publiques, en commençant par celles qui grèvent les propriétaires ruraux, les fermiers, les travailleurs de tout genre, c'est-à-dire par la réforme postale et la suppression de la taxe du sel ;

6° Au déplacement de 1 impôt indirect, si onéreux et si vexatoire, lorsqu il a pour objet les aliments du peuple;

7° A la révision du Code de Procédure, dont les détails sont s! élastiques et les lenteurs si funestes. Le Code d Inlruction criminelle, qui s'applique à di-s alïaires autrement graves que des intérêts purement matériels, n'admet pas cette foule d'actes inutiles ei parfois frustratoires, qui arrondissent les dobsiers sans uldité pour la cause. Celte révision auienera celle du tarif en matière civile, et le petit propriétaire se trouvera ainsi déljarrassé de la taille et de la corvée qui profitent aux hommes de loi, en vertu des décrets de 180(3 et 1807.

(/•/ein de respect pour la propriété, je n'admettrai pas la suppression des offices, sans indemnité aux titulaires ou ayant-droit.)

Une dimmution sensible dans les frais de toute nature, la modiiication du régime hy-

pothécaire, l'éiablissenient de banques agricoles, enfin le dégrèvement sérieux de l'impôt, tout concourra à augmenter le crédit du cultivaleui- : son blé, ses fourrages et ses bestiaux pourront lui a()paiteiiir ; il chassera l'usurier de son foyer; il vendra au marché les provisions dévolues jusqu'à ce joui- aux prêteurs à la petite semaine, comme supplément d'intérêt ei titre à la suspension momentanées de poursuites impitoyables.

J insi>le sur l'amélioration du sort des agriculteurs, parce (|u'ils tiennent dans leurs mains la vie du peuple , parce qu'ils sont toute l'année courbés vers la terre, parce que le produit de leurs sueurs est toujours incertain...

Je m'associe à la généreuse pensée du Gouvernement provisoire : j'accepte la position financière que nous a léguée la monarchie, et je voterai l'amortisseiiient, quoujue le peuple soit demeuré étranger aux dilapidations des courtisans et des inIJuences.

Les dégrèvements partiels dont je viens de parler, devant amoindrir considérablement les ressources du budget, il y aura lieu à assurer les produits de rim|)ôt, pour faire face à des dépenses inévitables. Je m associe sans réserve à la théorie de l'impôt progressif, c'csl-à dire à la taxe du superflu. L'assietle de la contribution ne devra plus être la valeur réelle de l'objet ii inqioser, ce sera la position de fortune du propriétaire. Au point de vue de l'équité, cette mesure est complètement justifiée; son application n'atteindra que le grenier d'abondance du riche, et laissera le pauvre manger tianquillement le pain gagné à force de privations et cie veilles. Dans toute société bien organisée, il faut que tout membre soit [)roducleur; l'impôt progressif sera, en France, le produit des citoyens riches; le travail sera l'impôt des citoyens pauvres.

Cette considération nous amène a Vorganisation du travail. Tout homme, en venant au monde, apporte le droit de vivre : la société doit lui assurer l'exercice de ce droit. J'en conclus cpie la Nation doit du travail à l'ouvrier valide, une retraite à l'ouvrier invalide. Quelle sera la marche la plus rationnelle et la plus équitable à suivre pour l'accomplissement de ce double devoir? Là est

le probitme. I.n (lurstioni si à 1 élude depuis le ii ffMicr : la C.onsliluanlo no tarcloi;i pas à lii résoudre. J'adoplc \v. priiici(ic, il ne m'ap[)aiticnt pas oncoro d'en disculcr l'application

Je ne puis me dispenser de vous dire mon opinion sur les économies possildesel ininiédiatenient réalisables. J'avoue que le gouvernonient sera dans un jjrand embarras pendant (pieKpies années enetire; le fonds d'amortiiisenieiil el les emplois innoiul)iable> dont la suppression immédiate présente de graves difliculles, pèseront lourdement sur la caisse nationale. Le pouvoir de Février a frappe d'une retenue les traitements qui dépa.ssent la son. nie de t>,0(K) Ir. l.elte mesuie est incomplète; d'ailleurs, elle nest que Iransiloire : il faut (]uelque chose de plus net, de plus productif. Je demanderai la nomination à tous les emplois publics par le suffrage ou le concours, sui\aiii la nature des charges; la réduction des gros Iraitenienls, et l'adoption d'un minimum et d'un maximum d'indemnité à chaque fonctionnaire.

l.a Rt( iiblique veut des serviteurs dévoues, laborieux, instruits, intelligents: elle leur doit une existence honnête; le minimum sera par conséquent une somme suflîsanie pour assurer celle existence. Les hauts fonctionnaires émargeaient au budget des chiffres énormes, indécents; ils ne faisaient rien, et posaient en grands seignc'.irs au milieu de leurs commis, vrais tlotes, travailleurs ignorés et infatigables. l.a République voudra voir les chefs ii l'œuvre, et ne reeompensera que des services réels ; sur ce principe s'établira le maximum des traitements. Toutefois, l'économie ne sera bien réelle qu'avec la sup-

pression d'un grand nombre d'cmjilois ; mais, \(ius le comprenez comme moi, celte suppres-ion n'est pas possible immédiatement : elle ne peut avoir lien (pi'au fur et h mesure des décès ou de ladmission des titulaires à la retraite, l.a Réjiiibli(iue est tro|i bonne n)èro pour ùter les moyens d'existence à ses enfants.

Voilà, Citoyens compatriotes les vœux et les rêves d'un homn.e du peuple (|ui s'est frotté à vos travaux et à vos rares délassements, à vos chagrins et à vos courtes joies. Voilà la républifiuc du fds d'un paysan. Dans sa jeunesse, il lit l'apprentissage de vos durs labeurs; il essuva comme vous le vent, la pluie, la nt'igc, l'orage et les aideurs du soleil. Il comprit combien les lois el les usages étaient injustes à votre égard; il s'éleva dans la pensée que ce système égoïste el brutal du chacun pour soi, chacun chez soi, n'était pas lo vrai, n'était pas celui de 1 1 Providence. H s'est révolté bien jeune contre l'insolenti' outrecuidance de ces enfants de la fortune dont l'existence est une incessante négation, une honteuse inutilité; il n'a jamais oublié que tous les hommes ont la môme oris^ine el la même tin, (|u'ils se doivent protection et concours. ()u'ils sont muluellemcnl i;aiants et responsables, chacun dans sa sphère, de l'ordre public, de la propriété, du bonheur de tous. Sa devise fut toujours :

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