CITOYENS ET CAMARADES
Je tiens à vous dire qu'en sollicitant à l'improvisle vos suffrages pour le grade de chef de bataillon, je n'étais point j^oussé par im mobile d'ambition, mais par un motif de dévouement, et pour réj)ondre à l'imprévu des circonstances.
Tout en ne persistant ])as dans ma candidaline, je me dois à moi-même d(î vous donner la preuve que si je sollicitais vos suffrages, j'en étais aussi digne que qui que ce soit ; et il me suffira de vous rappeler ce que i'ai fait depuis trente ans que je suis dans la garde nationale.
En IHlô, lorsque j'ai pris les armes pour la première fois, l'ennemi était aux portes de Paris. De 1815 à 1830, j'ai toujours été de l'opposition active ; il ne s'est fait aucmie manifestation constitutionnelle à laquelle je n'aie pris part.
J'ai été désigné pour réclam(;r la gnlee des li Sous-Oliiciers delà Rochelle. Aux obsèques de Manuel, j'étais à c«)té de Lallitte lorsque les baïonnettes des gendarmes le forcèrent de nionter sur le char funèbre. Aux funérailles du général l'oy, j'avais Ihonneur de donner le bras à notre grand citoyen Gasimir-Périer, à qui j'ai fait ouvrir passage au milieu de la foule agglomérée autour de nous.
Kii 1827. j'ai rrdigr r{ distriliiir tlans nos ranjjs une tirciilairc qui a conliil)in'à la uiaiiifcstalion j);ilriuli(|m' de cftle revue (|ui a sa place dans l'iiistoire. el à la suite lU' la([uelle la j,'arde ualiotialc lui lieeueiée ; les jituinaux de réj)Of|ue (îrenl mention tie ma eiriulaire. Tidis mois après, lorsrpn; des troubles éelalèrenl sous l'empiie di- l'indi^niation pnliiiqiie. rne Saint-Denis, passa^-r du Giand-derf el jusipii' dans la rue de (îreneile-Saint-IIoiuné , je lus le seul yarde national cpii osa revêtir son imilorme et se montrer en armes ; ce fait est encore relaté dans les journaux (|ui j)arurent le lendemain, (l'était un signal j)réeursour de ce que lit la 1,'arde nationale enlS.iO. Le '27 juillet, je me suis présenté au front d'un peloton du .V de lij^ue, qui débotn liait dans notre rue, et je- l'ai enjfaj;é à ne pas tirer sur le peuple.
Depuis IS.'V) JMs(pi'en IS'jS. il nCst pas une seule prise d'armes, sans exception, (pii ne m'ait trouvé exact à l'appel.
Le 22 février IS/iH, je me présentai seul à la Mairie. Là, je proposai à trois capitaines. MM. Page, Duhail et Castet, de rédiger inie nouvelle pétition pour la réforme électorale.
Le mercredi 23, le capitaine Ilusson apporta une pétition qui exprimait toute ma pensée de la veille ; je m'en emparai et la fis signer à nos camarades jusque dans la cour de M. Crémieux. Nous nous sommes dirigés sur la Clianilire des Députés pour déposer notre pétition dans les hin-eaux, lorsque nous avons été arrêtés sur le jionl de la Concorde jiar un bataillon di'la 10' légion; malgré toutes nos instances et les ellorts du capitaine ^ itiecocj. il nous lut impossil)l<' d'aller plus loin, c'est alors que nous avons reçu les remerciements des ciloycus Marie et ('rémieux.
Le jeudi 26, j'étais sous les armes dès le matin; sur la demande du citoyen Bistriau, qui est venu à moi, poin- me demander du secours rue Montesquieu, j'étais prêt à me porter siir le Palais-JNational, cl il n'a pas dépendu de moi que l'ordre ne fût plus lot rétal)li.
Comme j)rin(ipe, je défendrai toute constitution adoj)tée par mon pays ; j'ai fait mon devoir, je cite des faits ; ce sont des souvenirs d'un citoyen garde national, qui n'a jamais rien demandé sous aucun gouvernement, pas même à ses camarades le grade «l'oHicier dont il a été investi ])eii(!;uil IS annt'es.
Je crois en la ré\oluliou de lîSùH. J'ai la ferme conxiction qu'elle remplira toutes les espérances qu'elle a fait naître, et que nous serons appelé;s û jouir de tous ses bienfaits sans violence et surtout sans ri-action.
Salut et fraternité.
MlCxNARDET.
AUX CITOYENS ÉLECTEURS (lu Département de Seîue-et-Oîse.
j Le Gouvernoment provisoire a proclamé la République, notre mission est de
I la constituer.
, Les hommes sérieux de toutes les opinions ont reconnu tout d'abord que toute
! autre forme dé goxivernerriefit serait inefficace à consolider le bonheur et là tran-
j quillité delà nation. '
; Acci'ptons tous franchernent la forme du gouvernement républicain, et soyons
conséquents ^vec nous-mêmes en choisissant pour Mandataires des citoyens
dé\oués de cœur et d'âme aux institutions républicaines. I Eloignons du scrutirt les hommes qui ont servi en aveugles tous' lés gouver-
I nements qui se sont succédé depuis quarante ans. et ne conservons des députés I de la dernière législature que des noms piirs de toute souillure ovïi de toute fai- ! blesse. ^ '• '■'''' ''J''''«>'"i'i" ' <i'ii;l> ■Aùi-.ti -■! uiii/n^i;.
Car l'avenir de la l'rance va dépendre des bonnes du des liiauVaiàes dispositions delà constitution que nous allons nous donner. i ' i; " •
Hommes politiques qui aspirons à concourir A ce grand oiuVre, dépouillonsno us des préjugés poliliquesetsociaux qu'avaient fait naître les di^t?rses législations que nous venons fl'anéantir.
Elevons-nous au-dessus de cette atmosphère obscure de petites A'â'nl tés; de mauvaises passions et de tant d'intérêts divers qui se croisent et se choquent en tous sens, pour mieux voir les besoins véritables de l'humanité, tels qu'ils nous sont révélés par l'unité des instincts et des taraClèl*ès de l'homme; que Ih vérité nous éclaire, que la justice nous guide ! l C'est convaincu de la grandeur de la mission, et après avoir consulté mes forces,
"<jue je viens solliciter des Citoyens du Déparlement l'honneur d'être leUr man- I dataire à l'Assemblée nationale : dés Electeurs ont proposé comme ly^e dés Man- I dataires du département, le citoyen Lamartine. , ! Ce n'est qu'à de longs intervalles que Dieu Se platt à douer le même homme
' I de toutes les nobles qualités qui caractérisent ce grand citoyen. ! I Quant à moi, ce que je puis garantir; c'est que son cceiir ne bat pas plus fort
I que le mien pour la Iiépiiblique, c'est ({ue son âme ne s'exalte pas davantage que la mienne pour le bonheur de l'humanité, c'est que son bras ne tiendra pas plus ferme que le mien l'arme défensive ipic nous opposerions aux ennemis de la l'rance et de la liberté. Voici mes antécc'dents. -'kmj-m ;,i w - ^.nln 'ilmi < .1 .,i,
Né à Paris d'une famille de travailleurs, j'ai j^nssé" ïpiarante' arts'dé'ma vîe au sein de 1 industrie, soit comme simple apprenti, ouvrier, ou propriétaire d'usine; j'ai fondé la manufacture de cuîri vcrnife qui appartient maint'ihartt au' citoyen Nys. '■■ '■ '"' ■ ■ ■'• '■■" ■' " '■ ■•"] ■■ '
Pendant vingt-huit ans j'ai combattu dan^ les rangs des élieheut^s dé l'opposition'du sixième arrondissement de PaHs, et mon Vôtie a contribué â faire sortir
gy Paris.— Imprimerie LACOURet Comp., rue Soufflot, t6.
de l'urne les noms chors à la liberté, ceux des Dccorcollcs, des Benjamin Constant, dos Arapo, dosCarnot.
Ji- suis libn- di- tout engagement, n'ayant jamais fait partie de sociétés politiques, n'avant jamais exercé de fondions publiques.
Je suis républicain de cœur et d'"inie, et convainru depuis longtt^mps que le goux! ntint'iit liasi- sur la souvcraiiuMé «lu peuple et le vote «niiverscl, est le seul qui puisse procurer aux sociétés bnuiaines le bonlicur et la lil)irté ; mais à une seule condition, c'est que le vote du citoyen soit aussi libre que sa pensée, et qu'il soit garanti contre toute inlluence ofllcieuse ou brutale: la conviction ne s'impose point, il n'y a d'autres moyens pour la faire entrer dans l'âme que la parole de la vérité.
H se présentera devant vous des hommes plus éloquents que moi, mais non pas pins fermes dans leurs opinions, ni plus couragiMix pour la faire piévaloir contre toute opposition, de quelque côté qu'elle vienne. Au-dessous de cette devise: Liberté, Fatalité, Fraternité, je mettrai celle qui me guidera toujours, Force, Courage, Modération.
Voici ma profession de foi politique : Abolition de l'esclavage.
La souveraineté réside dans l'universalité des citoyens; tout homme ayant atteint l'àj^e de 21 ans est citoyen.
Ainsi le peuple ir:tnçais est souverain. Le peuple manifeste sa volonté par une assemblée générale de tous les citoyens; nul ne pr^ut s'abstenir, nul n'en peut être exclu, à moins qu'il ne soit privé du litre de ciloven pour cause de délits ou crimes pré\us. Les discussions souveraines doivent êlre prises à la majorité du Û septième de voix.
Le peuple souver.in peut déléguer son pouvoir à un ou plusieurs mandataires, mais il est toujours maître de retirer son niand.it.
Le Couvernement de la Républiipie est représentatifet composé d'une Assemblée unique (pii fait la loi, et d'un président qui fait exécuter la loi.
H y a en outre im Comité de surveillance permanent, qui a mission de convoquer la nation dans le cas où les agents du pouvoir exécutif ne feraient point exécuter la loi ou dépasseraient leurs pouvoirs.
Les Représentants du peuple ne peuvent occuper d'emplois publics , nul citoyen ne peut oconper deux emi^lnis dans l'état.
La République est une et indivisible.
La division du territoire telle qu'elle existe et les divisions administrative et politique seront révisées et simplifiées.
La Republique garantit à chacun de ses membres la liberté individuelle, la liberté de la presse, et de toutes ses opinions politiques et religieuses, pourvu que les individus soient responsables.
Le souverain ne peut orérr de priviléjjes, la loi doit être égale pour tous.
Tous citoyen doit suffire à ses besoins par son travail, mais s'il est vieux et infirme, ou s'il manque de travail, la République doit subvenir à ses besoins.
La propriété indi\iduelle foncière et mobilière est sacrée. Le domicile privé est inviolable ; hormis le cas de flagrant délit, le citoven ne peut être arrêté que d'après un jugement d'instruction rendu par un tribunal assisté d'un jury.
11 sera pris des mrsures pour l'agranclissemcnt des biens communaux et leur tonne administration.
Le Code d'iuslruclion civile est aboli, il sera fait un nouveau r^-glement.
La République ne se reconnaît point le droit de disposer delà vie du criminel, elle le niellra bors d'état de nuire à la société ,par l'isolement.
Le Code criminel et toutes les lois seront revus ; celles reconnues dangereuses, inutiles ou contraires à la constitution d'un Gouvernement républicain, seront abolies. De nouvelles lois simples et intelligibles pour tous seront disculées et arrêtées. ' i tunr lup » r l'I
L'instruction est publique, c/raluite et <^gale pour tous les citoyens. La République doit en cuire l'instruction spéciale pour cbaque profession, soit civile ou militaire.
11 n'y aura point d'armée permanente en temps de paix', inàis seulement des camps établis sur la frontière jîour l'inslruction des milices nationales aux grandes manœuvres de guerre. Tout citoyen depuis l'âge de 20 jusqu'à 30 fait partie de l'armée active, nul ne peut se faire remplacer. Le principe de l'élection s'ajjpliq uc à toutes les fonctions publiques, civiles et militaires. L'exercice de toutes les religions est permis et protégé par la République, mais les cérémonies extérieures sont défendues. Cbaque religion enlretienl ses ministres. Tels sont les principes que je soutiendrai à la Convention nationale si les électeurs de Seinc-et-Oise me conjQcnt leur mandat.
LALOGE, à Gagnij, Seine-el-Oise, NeuiUy-siir-Marne)
L'un des Délégués des Electeurs de la commune.
Imprimerie PoUet et Comp., rue Saint-Denis, 380.
Taxe progressive
SUU LES REYEIVLS.
Twrs les Français sont libres. . . . Liberté! Tous les Français sont frères. . . . Fralernilé! Tous ne sont pas égaux In-£(jalUe !
RICHES AISÉS sont les uns, PAUVRES sonlles autres I....
Celte Inégalité a suhsislé depuis que le monde est -monde, et subsistera toujours, malgré les promesses dont on abuse le peuple, ob lui faisant entrevoir la possibilité du conpimunisme ;
Cette Inégalité qu'on uc peut changer, on peut la modifier, la diminuer;
Le Gouvcrnomcnt, tout <'U rcsprrtanl rrSBOrtce inèmf^ dU fon»ls de la proprit't»'', peut alltiiidre h's rcvfniis sous la Ibnii" des Taxi-s on des impôts ;
Il fsl justL- <jiK' tous participent prnportioniiellcmc'ut , suivant kuis moyens, aii\ charjjes et nécessités de la Nation.
Il est juste <jue les propriétaires, les rentiers, les capitalistes, li-s actionnaires de compagnies industrielles. j>aient une certaine portion de leurs revenus, ce qui de\iendra pour eux une prime d'assurance, db tranquillité, de bonheur et de jouissance j)aisil)!e et rt'j^nlière de leurs richesses !
Il est juste qu'il n'y ait plus eu France de misères ; ceux qui sont riches et à l'aise doivent entr'aider et secourir ceux qui ne le sont pas, si le mol de fraternité n'est pas un mensonge.
(^>ue l'on établisse les taxes progressives suivantes, qui sont modérées ;
Que celui qui aura 1,000 fr. de revenu nit, qutl qu'il soit, paie par aa à l'EUU l p. 0|0 ou 10 fr. Que celui qui aura 5,000 fr. de revenu nel, quel qu'il soil, paie par an à IBtal '6 p. 0|0 ou 250 fr. Que celui qui aura 10,000 fr. de revenu net, quel qu'il soit, paie par an à l'Etal 10 p. 0|0 ou 1,000 fr. Que celui qui aura 30,000 fr. de revenu nel, quel qu'il soit, paie par an à l'Elat 30 p. 0[O ou 9,000 fr.
El l'on créera ainsi à l'Etat un revenu de plus de trois milliards ! . . . .
L'on pourra ainsi donner du travail à qui en manquera; l'on oH'rira des asiles à tous les vétérans el invalides ouvriers des deux sexes; l'on donnera a»i peuple la vie à bon marché, en abolissant les impôts sauvages qui touchent à son alimentation ; avec de pai^illes ressources, eu fera de la France, et sur terre et sur mer, le premier peuple du monde !
Les demi-mesures ne mènent à rien, en fait de finances, il faut que le remode soit complet, si l'on veut que la confiance renaisse , et il est temps qu'elle soit rétablie !
Travailleurs ! demandez la taxe progressive des revenus ; demandez-la pacifiquement et toujours, el l'on finira par vous la donner. — .\ssez de discours: il faut des faits !
Celte taxe progressive assurera le bien-être des ouvriers ; elle les tranquillisera, cl ils attendront patiemment ensuite les promesses qu'on leurafaites sur l'organisation du travail.
BAIIEAU, Frédéric DUViL.
PmIï. — t«ipl*m«rie4e Ji-B, GROS, rnc JuI"oin.SilDVJncquc5. 19 r, j t ■
Terrasse, fabricaal de papier point, rue MénilmonUnl, 94, dis Gj(ktei».
REPUBLIQUE FRANÇAISE