‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 49 sur 295 · JEUNES RÉPUBLICAINS · texte numérisé non relu

JEUNES RÉPUBLICAINS

Mis au jour par .1. (1 . ciloycn do Lyon.

Jounos R^puMicains. que la cKslim'c a laqucllt' vous iks apprl«'s est belle et dif,Mic deiivie ! Vous jouin/ eu j)ai.\ des Ijieulails de riininoiielle Uévoliitiou pour latjiiillc nous a\oiis tous eoiulvillu.

Nous allez recevoir une Conslilulion assise sur les prin(ij)es de la justice, c'est à vous à raflermir par de Lonues mœurs et à la consolider par l'empire de la verlu. Ce sont là les meilleures bases ([u'elle puisse avoir. Oue de IW publi(jues, faute d'être « lablies sur ces fondemeuls. oui brillé (pieicpies moments de l'éclat de l'égalité, et se sont ensuite éclipsées! Que les malheurs des autres peuples ne soient pas perclus pour nous; tirons notre sagesse de leurs laules.

L'écueil le plus dangereux pour un peui)le (|ui vient de passer du despotisme à la liberté, c'est la faiblesse des lois; eh bien, obéissez à celles de votre pairie, et que votre exemple leur donne de l'énergie, .louissez de Ja liberté et ne demandez pas la licence. Respecliv. les propriétés, et ne croyez pas qu'elles soient les conquêtes de la violence ou de la fraude.

Vous proférez sans cesse les mots de UépuUique et de ciloijcns; ces noms sont sans doute bien doux à prononcer ])Our des hommes (jui ne font que de naître à la liberté. Mais apprenez ce qui constitue une véritable Républicpie. et f|u'i'lies sont les obligations du citoyen.

Une véritable République est celle où les hommes, se gouvernant par leurs propres lois, font régnei- avec elles toutes les vertus.

L'amour de la patrie doit être la première de ces vertus et la plus chère inclination de vos cœurs; il faut que vous aimiez votre patrie plus que vous-même, et que vous sove/ toujours prêts à lui sacrifier votre vie avec le même plaisir qiu; les Spartiates s'immolèrent au passage des Theiino])yles pour le salut de hacédêmone.

Jeunes Ri'publicains, il v a plu-ieurs sortes de courage: le héros qui alliontc; le feu de l'ennemi, «t <pii se fait tuer sur le champ de bataille, n'est pas le seul courageux.

Le magistrat qui brave uni' > niiiite pour faire respecter et triomi)her la loi. est également courageux.

Enfin, le citoyen vertueux «|ue les circonstances placent quehpiefois au milieu

dfs nii'cliaiils, cl qui ivsisto à l'empire du mauvais exemple, pour obéir à son devoir, montre qu'il a une âme lorle el courageuse.

Dans inie Réj)ul)liqnc, loul citoyen doit travailler, quelque fortune qu'il puisse avoir; si son travail n'ajoute rien à son honheur, il peut au moins eontril)ner à celni des autres. 11 Tant donc eontraeler de bonne heure l'amour tlu travail.

Les bonnes mœurs font fleurir les Etats et pi'ospérer les sociétés. C'est principalement dans les Républiques qti'elles doivent être en \ igueur.

(lehii-Ià a de bonnes mieurs (jui n'ollense point 1 lioiuiéteté publique, qui respecte son père et sa mère, qui a de la vénération pour les vieillards, qui élève ses enfants dans les principes de la religion, de l'honneur et de la vertu, qui leur apprend à être justes, à ne faire de tort à personne, et à avoir pitié des pauvres, à les consoler dans leurs peines et <à les sovdager dans leur misère. Enfin, celui-Kà a des mœiu's qui est fidèle à ses engagements, quelque intérêt qu'il puisse avoir à les violer; qui est inaccessible à la corruption, qui n'estime (jue la probité cl qui ne donne son sullVage qu'à l'homme de bien.

La sobriété est aussi une grande vertu des R(''publi([nes; je n'entends pas qu'il faille se refuser les aliments nécessaires : ce n'est pas là ma pensée. Mais il ne faut pas qu'un seul dévore ce qui servirait à nourrir plusieurs familles. N'est-ce pas un spectacle déchirant pour lui vrai Républicain que de voir à coté d'un parasite plongé dans le sein des voluptés, et attirant à lui seul toutes les jouissances de la vie, l'indigenci; vertueuse dédaignée se tourmenter dans la douletir et s'abreuver de ses larmes? Cependant, quoique ce scandale arrive, il ne faut pas pour cela attenter à la propriété de ce riche égoïste : c'est aux lois à réprimer son luxe en le soumettant à des taxes proportionnées à sa fortune.

Il ne suflil pas pour de jeunes Républicains d'avoir des vertus, il faut encore qu'ils apprennent à se préserver des erreurs et des fautes de l'inexpérience. Destinés à exercer un jour les droits de citoyens, el à fréfpienter les assembh'cs du peuple, il est bon qu'ils s'aecoulumenl de bonne heure à connaître les hommes, à discerner le vrai mérite, à se garantir de la séduction de l'intrigue, et à se convaincre que le bonheur de leur pays est attaché à la probité de ceux qui le gouvernent : dès que le maintien des lois d'une République commence à être confié à des hommes vicieux et corrompus, tout est perdu; il faut que la République s'écroulc! ou qu'elle se régénère.

Défie/.-vous de ces hommes qui, ne s'étanf jamais signalés par leur bienfaisance, sacrifient tout-à-coupleur fortune pour le peuple: ilso;i( quelque in t<>ntion perfide. Mais en supposant même que leurs largesses ne soient déterminées par aucune vue ambitieuse, elles ne peuvent produire que de funestes citets. C'est un mauvais service à renrlre au jieuple que de 1<^ dégoûter du travail; le travail annobiit e! la mollesse dégrade. Pcriclis versa siu' le peuple d'Athènes toutes les richesses du trésor public; il lui accorda gratuitement des spectacles; il l'enivra de plaisirs : mais qu'arriva-t-il'' \lliènes n'eut bientôt plus ni argent, ni soldats; et cette époque fut celle où commença la décadence de cette République.

Quand vous fréquenterez les assemblées du peuple, ne souffrez pas qiie l'on vous flatte. I>a flallerie gâte le c(rur cl n'éclaire pas resj)rit. I>es généraux* les orateurs, à force de rappeler aux Athéiiiensles victoires de Marathon, deSalamine, de Platée, enflèrent leur vanité sans accroître leur courage.

Le gouvernement populaire est sans doute le plus propre à développer tous les

tali'iits. toutes les werbtis. Le pouverueineiil ripiil)lir;iiii est comme un vaisseau en [ilcinc uu-r. 11 rr|iose iiitiilrinctil sur le sein des (lots, et tend loiiiuuis à i^ardcr ré(|uilil)re, comme rc'lcmeiil (|ui lepoilc. (iliaque eilou'u lail partie tk- l'ciiuipaj^c. Si le temps est favorable, le, vaisseau parcourt rapidemeut uu long trajet de mer. et conduit promptement les voya!,'eurs au port.

Mais il est aussi exposa- à être ivjioussé par des V(>uls contraires et h iltu par la tempête.

De mrme une ncpuMiquc bien or{,'aiwsée conduit jirompfemcnt les citoyens an bonheur; mais si elle est agilcc; par des divisions irilcstines, le bonheur liiil loin délie.

Jeunes Républicains, l'amour et l'espérance de la patrie, soyez, toujours unis, soyez toujours calmes. Ne ressemblez ])as à ces Romains luibnleuts. ((ue les magistrats ne pouvaient contenir (jne!! attirant des dangers sur leurs tètes, et qu'en créant la guerre au dehors, pour avoir la paix au-dedans.

N'aimez la guerre et ne la faites que pour repousser un outrage ou pour défendre votre liberté attaquée; car elle est toujours im (léau. Mais dans ces deu\ cas, battez-vous, comme vous l'avez déjà fait, avec courage, et ne quittez les armes que quand vous aurez terrassé vos eimerais, ou que vous les aurez forcés à vous demander la paix.

Les places, lorsqu'elles sont remplies trop longtemps par les mêmes citoyens, finissent par leur donner un ascendant destructeur de l'égalité. Evitez donc d'élever toujours les mêmes personnes aux dignités, quelqiu's obligations que vous puissiez leur avoir. Ce genre de reconnaissance perd souvent les l'étais.

Dans quelques circonstances que vous vous trouviez, ne vous donnez jamais de maître, soit pour un temps, soit pour toujours. <ous quelque nom que ce soit. Eli 1 ([n'importe un nom à la Ivrannie pourvu ([u'elle domine? N'est-ce pas sous le uom séduisant de prolecteur quu Cromwell asservit l'Anglelr'rre? Sijlla et Marius eussent-ils préparé les Romains à la servitude, en fravant à leurs successeurs la route du desjjotisuje, s'ils n'eussent été revelus de la dignité de dictateurs!'

J'ai souvent répété que la corruption menait au despotisme, .le \ais expliquer en tpioi consiste la corruption d'im jimjtle. In j)euple est corrompu, cpiand les citoyens préfèrent leur intérêt particulier à l'inlérêl pu])lic ; cpiand la gloire et le bonheur delà patrie ne les touchent plus; quand ils trafiquent des snlFrages; quand, dans un temps de révolution, ils s'attachent non pas au parti le plus juste mais à celui qui liai te le plus leur intérêt, leur orgiu'il et leurs passions; quand la liberté n'est plus pour eux qu'im vain nom, et qu'il leur est indiiTérent de vivre libres ou esclaves.

Mais toi, ô ma Patrie! (pii viens de recon(|uérir la liberté, à l'rance! sois le sanctuaire auguste de la justice et de toutes les vertus; sois toujours libre; n'oublie jamais ta devise : Liberté, Kijalité, Fraternité, et lu feri>s l'admiration de tous les peuples de la terre.

Imp. 5UCLDE et BENOD, rue Bailleal, 9 et 12.

UÉPllUJQUE FRANÇAISE.

ETAT-JMAJOR GENERAL

DE LA

GARDE NATIONALE

ORDRE Dl JOUR.

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