PRÉSENT
-Frères,
La peur est mauvaise conseillère; elle aveugle l'esprit, elle paralyse le cœur.
La peur sonne l'alarme dans les maisons, elle peuple les caves, elle fait verrouiller les cofTrcs-forts. N'attend( z donc aucun dévouement de ceux qu'elle trappe; ils ne savent que trembler, se cacher et fuir.
Que craignez- vous, gens d'hier?
Vous dites : « Les alfaires sont en suspens : cela ne peut pas durer. » Assurément cela ne peut pas durer. Mais reprenez courage devant la majesté de notre Révolution, appelez en vous le souille divin du patriotisme, donnezvous à la confiance comme vous vous abandonnez à la crainte ; que d'un élan unanime on mette la sécurité à l'ordre du jour : alors vous verrez les affaires reprendre, comme par enchantement, leur cours et leur activité.
a La foi est le salut de l'avenir, » disait saint Paul.
Vin.
La peur a plus d'une allure.
Il y a la peur qui se cache et la peur qui court.
Je veux parler de cette classe de brouillons qu'on nomme les alarmistes.
Si je croyais pouvoir d'un mot les dissiper comme le vent d'automne dissipe les feuilles, je crierais : Guerre aux alarmistes!
Il en est qui parlent de Régence. Il en est qui annoncent que les rois déchus vont revenir. Il en est ijui par des nouvelles mensongères, calomnieuses, s'appliquent à semer la discorde entre les citoyens. Il en est qui entendent d'ici le pas de charge des armées de la Sainte-Alliance. Il en est qui d'heure en heure annoncent la ruine de nos finances. Il en est (car il faut tout dire) qui cherchent à démoraliser notre brave armée. Il en est enfin qui, dans le paroxysme de leur terreur, nous menacent de malheurs imaginaires, dont leur cerveau malade n'est pas encore accouché.
Tous ces gens cllarés, inquiets, vous chuchottentaux oreilles. Ils disent, puis disp.iraissent. Ils sont lespremiers atterrés, tant la peur les domine. Tous les fantùmes que se crée leur imagination les frappent ;\ ce point qu'ils se sauvent d'eux-mêmes.
Tels qu'une volée de passereaux dispersés par une détonation, ils courent paitoul, se mêlent à tous, s'abrilcntdans les lieux publics, et propagent dans les Ames timides l'inquiétude qui les agite.
Mais répondons à ces estafettes de la peur .
Pensez- vous que nous soyons des ignorants, des aveugles et des hommes craintifs?
Quel est le citoyrn qui ne s'indignera, si on lui parle du retour de ceux qui nous ont fait tant de mal? Kien ne reviendra de ce <iui a été.
Qui doute que la Fraternité ne soit un lien indivisible qu'aucune puissance au monde ne saurait bri<er?
Qui peut craindre l'invasion étrangère? On verrait alors un spectacle inoui. On verrait deux armées ennemies, différant par le costume, le langage, les mœurs, la contrée, s embrasser comme deux armées de frères, et les trônes dudespotismes'écrouler sous l'immense acclamation de la Fraternité universelle.
Qu'ils poussent donc, s'ils l'osent, leurs peuples armés contre nous.
Nous leur dirons encore à ces alarmistes insensés :
Désespérer on ce moment des intérêts de la patrie, est un crime de lèse-nation.
Ne pas adhérer au Gouvernement est un crime.
Calomnier l'armée parce qu'elle n'a pas assassiné, est un crime.
Qu'avez-vous à nous apprendre? Ne savonsnous pas qu'il y a des cœurs de lièvre que le son de la trompette jette dans l'épouvante ?
Ne savons-nous pas qu'il y a des tôles malados qui prennent les^ halldcinalions de leur cerveau pour des réalités?
N'avons-nous pas vu, dans les temps les plus calmes, une nouvelle slupide répandre la panique dans une population?
Ne savons-nous pas qu'il y a des gens de mauvaise foi?
Ne savons-nous pas qu'il y a des ambitions ruinées, envieuses de notre bonheur et de notre tranquillité, qui, dans leur puérile colère, appellent l'anarchie de leurs vœ,ux les plus ardents?
Et si nous le savons, vous êtes bien audacieux.
Pour nous, mes frères, rappelons-nous le mot de saint Paul : « La foi est le salut de l'avenir. »
Vous rencontrerez aussi des gens inertes, étrangers à tout progrès, ne profitant d'aucune leçon.
Ignorant les choses et les hommes, ils vivent
coramo les animaux, par une impulsion instinctive. Une nuit profonde pèse sur leur intelligence.
Ils IIP sauraient distinguer l'égide de la Républiiiiie des fers de la royauté.
I.orsiju'ils vir.Mit bulayer un tr(^ne it annihiler la phalange de l'aristocratie, ils pensèrent que la France n'avait fait que changer de litre.
Ils n'ont pas compris dans leur aveuglement qu'el'i' iv lit l'hangé d'dme.
Frères, éclairons ces pauvres d'esprit sur le caractère vrai de notre révolution.
Les uns disent mi'elle est seulement politique, d'autres quelloest sociale seulement.
Disons, pour mieux parler, qu'elle est politique, sociale etspiritiialiste.
Ce sont là les trois caractères de notre révolution, et il n'y en a point d'autres.
Elle est politique, puisqu'on a substitué la forme républicaine à la forme monarchique.
Elle est sociale, puis(iue le peuple a recon-
3uis dans l'Etal la prérogative dont on l'avait épouillé.
Elle est spiritualiste, puisque le peuple a remplacé des abus iniques et grossiers par la probité, le devoir el réquité.
Cette régénération fermentait dans tous les esprits.
L'unanimité qui a présidé au renversement d'une dynastie, usée dés son avènement, est la preuve la plus évidente qu'une ère nouvelle planait sur notre France.
Elle a lui le premier jour de l'alTranchissement, radieuse comme le soleil lorsqu'il éclaira pour la première fois notre univers; et les âmes généreuses ont compris soudainement les bienfaits qu'elle répandra, les moissons que nous récolterons.
Déjà el'e a commencé.
Nous avons vu le gouvernement provisoire à l'œuvre.
Ses décrets sages, énergiques, salutaires, ont rassuré les esprits, rallié les opinimis, fortilié les circonstances, guidé les premiers pas de la République.
Il a paré atonti nécessité présente par une mesure immédiate.
Jamais il n'y eut si peu de trouble ni si peu de danger, jamais on n'eût moins de raison de craindre ni plus de raison d'être rassuré, car le peuple ne s'est pas levé pour détruire, mais pour créer.
A quelle époque du monde vit-on un peuple en armes, délivrant sur la place publique, avoir des idées plus précises, plus saines, plus équitables?
Qui lui dicta ses motions, expressions claires, modérées, irréfutables do ses besoins î
Et qu'a-t-il demandé? Qu'on l'organisât.
En vérité, c'est par une volonté providentielle que s'est opéré le miracle de ces trois journées.
La République est sainte et sacrée.
Knlin, la matière l'a cédé à l'esprit.
La liberté a terrassé la violence.
Le travailleur a voulu assurer ses droits, et il les a discutés.
Chacun a réclamé sa place dans le corps politiijue : celui qui la veille était un ouvrier est devenu un citoyen.
On a décrété la liberté d'exprimer sa pensée sans entraves. Conquête magnifique, car désormais la voix de l'opprimé, si faible qu'elle soit, sera entendue de tous.
La corruption avait gangrené le pays, et l'on a détruit jusqu'au germe de la corruption par le sulfrage universel.
La concussion a fait place à la probité, l'égoisme au dévouement, la servilité au patrioti.rae.
Et lorsque tous ces bienfaits ont été ratifiés, un air de fête a changé la physionomie menaçante de la grande ville, el tous les cœurs se sont épanouis dans l'allégresse.
Que la peur el la méfiance rentrent dans les entrailles de l'absolulisme.
Le souvenir du spectacle de cette grande semaine durera aussi longtemps que la mémoire des hommes.
Que la confiance relleurisse dans les cœurs, car tout sujel de crainte a disparu. La République est immuable.
C'est par le tr.t\'ail qu'on vit heureux ; c'est par la loi dans la République qu'on ramènera le travail.
La Fraternité el l'Egalité ont fait de la France une véritable mère-patrie.
C'est ainsi que, nation rajeunie, nous fonderons une ère nouvelle qui sera le tombeau do la guerre, el que toutes les forces du génie humain concourront à l'accomplissement du bonheur des peuples.