‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 97 sur 295 · L'OPINION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'OPINION PUBLIQUE

Citoyens,

A peine mis en liberté par l'ordre du Gouvernement provisoire , je viens protester contre le juj^ement qui m'a frappé, et faire appel i\ l'opinion des hommes de cœur d lie conscience.

L'î premier j'ai osé prendre corps à corps un gouvernemi-nt corrupteur et corrompu ; le premier j'ai app'Mé, par une protestation adressée à la Chambre des pairs le 3 août dernier, l'attention du pays sur les actes du gouvernement en Al'^rie.

Je demandais une enquête parlementaire. La Chamhre des pairs rne réponditpar un ordre du jour, malgré les observations do MM. Dubouchage, de Boissy, d'Àllon-Shée.

J'eus alors la témérité courageuse de provoquer une enquête ju iiciaire. Je.dénonçai à la justice les laiu <|ne j'avais vainement dénoncés à la Chambre des p;iirs.

On lit un simulacre d'instruction sur ma dénonciation. On entendit les témoins que Ton voulut entendre. On dirigea l'inlorraation dans le sens le plus favorable au pouvoir.

En quelques jours, cette prétendue instruction fut terminée, et il fut décidé à huis-clos que i'adininislraiion algérienne' était pure de toutes les accusations que j'avais portées contie elle.

La loi ne me donnait aucun moyen d'attaquer, devant un tribunal supérieur, cette décision qui avait été rendue hors de ma présence, sans (jue j'eusse le droit de me défendre. C'était, en eflel, une ordonnance de la chambre du conseil rendue sans débat, sans publicité.

Celte ordonnance donnait au pouvoir le moyen d'intervertir les rôles. J'avais dénoncé l'administrationalgérienne. On m'accusa à mon tour du délit de dénonciation calomnieuse.

C'était un habile procédé iina";iné pour faire juger, avec une apparence de légalité, par la police correctionnelle, un délit de presse attrimié par la loi A la juslic' du pays, au jury !

C'était un arlilico poar in'oiiiiuoher di,' faire au grand jour, librement, devant mon pays, la preuve des faits que j'avais imputés au pouvoir.

L'atlitude du gouvernement changea : d'accusateur j'étais devenu accusé, ma liberté me fut enlevée, mes papiers furent saisis, mes moyens de défense et d'existence détruits. Je reconnus, mais trop tard, le piège dans lequel j'étais tombé. Pendant trois mois, je déclinai devant trois juridictions diflérenles la compétence du tribunal correctionnel. Une puissance occulte me poursuivait ; je succombai devant la police correctionnelle et devant les cours royale et de cassation, sur la question de compétence.

Le " février courant, je parus devant le tribunal correctionnel ; tous, vous avez pu suivre les phases de ce procès, vous avez pu voir avec quel acharnement j'étais poursuivi, avec quelle rigueur je lus condamné, on m'appliqua le maximum.

Les témoins m'ont tous abandonné à la vengeance du ministre IILlîERT.... Un seul a osé (■lever la voix en ma faveur.... Colui-là se rappelait I8I0. celui-là est le fils d'un maréchal illustre par son courage et son martyre.... Ls prince de la Moskowu protesta seul... Honneur et gratitude à lui !...

Une pouvais-je, hélas ! contre tant d'ennemis?

Mes amis avaient fui ; quatre mois de détention m'avaient ruiné, anéanti ; mes moyens de

défense n'étaient plus à ma disposition, mes lûnioins s'écartaient do moi, me laissant seul contre tous ; ma sincérité élajt *ltainiée, iiior. dévouement calomnié....

On a prétendu que je n'avais pas de preuves!

M lis alors pourquoi m'a-t-on mis au secret ?

Pourquoi m'a-t-on refusé obstinément la cour d'assises?

Pourquoi a-t-on caché à mes défenseurs es pièces importantes de la procédure?

Pourquoi ne m'a-t-on pas mis préalablement en présence des témoins?

Pourquoi a-t-on repoussé ma mise en liberté sous caution?

l'mirquoi s'est-on obstiné à ne pas entendre trois léiimins cités par moi, savoir : M. le maréchal BUGEAUD, M. le général BOURJOLLY, et M. FILLIASIils?

Pourquoi s'est-on attaché à me ruiner matériellement et moralement?

Citoyens, j'avais dit la vérité !

Je n'avais pas ailaquédes hommes, j'avais signalé des abus, j'avais demandé une enquête générale!

Je la demande encore aujourd'hui; car je n'accepte pas le jugement d'un tribunal aveuglé.

On a écrasé le budget pour implanter en Algérie une armée de dilapidateurs incapables, nés des curées électorales; on a semé le sable du désert des cadavres de nos braves soldats pour créera un fils de roi un royaume indépendant. t,500 millions, cent cinquante mille soldats Irançaisontéléengloutis par ordre de l'Angleterre et pour satisfaire les cupidités in^atiahles de quelques ambitieux.

Citoyens, voilà ce qu'une enquête pouvait seule faire connaître ; voilà ce que je voulais dévoiler !

Vous avez renversé un pouvoir odieux et tyrannique; vous îivez frappé des traîtres, mais aussi vous êtes cléments dans la victoire, dignes dans la puissance.

C'est à vous que j'en appelle, c'est à vous que je viens demander justice !

Soldat énergique et dévoué de la liberté algérienne, j'ai sacrifié mes veilles, mes ressources, ma liberté à l'aci'omplissemenl d'un devoir sacré... J'ai demandé la réunion de rAlgérie à la France, et c'est pour cela ipie j'ai été écrasé.... car l'Angleterre comprend que la France en Afrique, c'est la ilomination hanvaisesur la Médilerranic et les inrles!

Citoyens, j'ai poursuivi le pouvoir corrupteur que vous venez de renverser ; si j'ai attaqué personnellement quelques hommes, alors

tout-puissants, ce n'est ni par haine ni par passion, mais parce qu'il n'y avait pas d'autre moym d'être écouté.

J'ai demandé au Gouvernement provisoire, qui travaille si énergiquemeut pour le pays, la révision de mon jugement; je demande avec instance que la lé{,n^lation en matière de presse me soit accordée, et alors je confondrai ceux qui nront|;oursuivi et les hommes égarés qui m'ont condamné.

Ce n'e,--t pas ici une affaire porsoniielle, c'est une question de moralité publique; il faut que j la vérité se fasse; mais celte vérité ne peut ; apparaître dans tout sou jour qu'avec l'assistance do l'opinion publique et d'une magistra- I tore impartiale et nationale!

JE NE ME SUIS PASRF.TRACTit ; mes conseils, auxquidr, on avait caillé u.ie partie des 1 pièces, et (|ui pouvaient mieux que moi appré- ' cipr la difliculté de l'étrange position légale ■ que l'on m'avait faite, mes conseils oui pensé ' que je n'avais pas de preuves pour un fait qui conqn-onR'lt.iit quelques noms propies, et ils ont rédigé une lettre ipie j'ai signée, espérant être mis en liherléel jiouvoir poursuivre direc- I. temenl le gouvernement.

RoiuaiTjîiez, citoyens, que sur trente-deux faits dénoncés par moi le ministère u'( n a letenu qu'un seul, celui des actiiuis industrielles que Von m'avait dit avoir été réparties entre divers lonctionnaires.

Pour un seul fait, pour une seule accusation j'ai donc été poursuivi, les trente-un autres faits révélés ont été abandonnés par l'accusation : donc j'avais dit vrai!...

Ainsi, j'ai signalé les gaspillages du port d'Alger, *

De la cathédrale d'Alger,

L'allaire scandaleuse des fourrages,

La vente des ollices ministériels par des fonctionnaires de l'administration,

La spdiation de la propriété particulière des colons.

Les déprédations des administrations des subsistunces,

Le produit des razzias non compris en recettes.

Les échanges d'immeubles domaniaux donnés à des favoris, etc.

Tous ces faits n'ont pas été soumis à urie enquête;... ils sont vrais ; c'est pourquoi le ministère n'a pas osé les invoquer-

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