JOHN O'CONNELL
Membre Irlandais du Parlement britannique.
Troyes, imprimerie Anner-André.
AUX ELECTEURS
DU
DËPiRTËilËNT m vmî
Les destinées de la France dépendent de l'Assemblée Nationale.
Si les hommes qui doivent la composer sont des patriotes probes et éclairés, des républicains sincères, ils nous donneront une constitution démocratique sagement pondérée, qui fera le bonheur et la gloire de notre pairie.
L'élection des Représentants du peuple; est donc aujourd'hui l'œuvre première, l'œuvre immédiate à laquelle tous les bons citoyens doivent se dévouer sans relâche.
Je sais quelle est à cette heure l'importance de la mission que les électeurs vont confier à leurs Rej)résentants, je sais les qualités qu'elle exige, les devoirs qu'elle impose, et je reculerais devant une telle n^sponsabilité, si je n'avais au cœur une fermeté que rien n'ébranle, un dévouement au pays que rien ne peut ellVayer.
Fils d'un homme de bien, que vous aviez choisi dans les Cent-Jours pour être l'un de vos Députés;
Élevé parmi vous, je serais, n'en douiez pas, hautement honoré de vos suffrages ; car je les regarderais comme la plus digne récom^nse des maux que j'ai soulferts pour la liberté.
Vous savez quelles sont les rudes ('preuves que Dieu m'a appelé à soutenir ;
En 18"22, alors que la sainte-alliance asservissait de plus en plus les peuples, j'ai tenté de secouer le joug qui pesait sur l'Italie. Arrêté à Milan, incarcéré par les Autrichiens, j'ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, plutôt que de trahir la cause sacrée que je défendais. Dix années de cachot et de fers dans la forteresse du Spielberg, en Moravie, n'ont pu faire courber ma tête sous l'incessante oppression de l'empereur d'Autriche, et j'en suis sorti, sans que la moindre faiblesse ait jamais compromis la dignité de mon caraclère.
Rentre en France en 1832, après une captivité si longue, si désastn.'use pour mes intérêts les plus chers, je n'ai rien demandé, rien reçu du Gouvernement déchu! Ma vie entière est là pour témoigner que ma devise a toujours été et sera jusqu'à ma dernière heure : loyauté, désintéressement, indépendance.
Lorsque survinrent les prodigieux événements des mémorables journées de février, lorsque le peuple, dans sa terrible colère, brisait le trône qu'il avait élevé de ses mains, j'ai pensé que tous les bons citoyens, que ceux surtout dont le nom était une garantie d'ordre devaient se dévouer, pour assurer le triomphe des libertés, en travaillant résolument au rétablissement de la tranquillité publique. '
J'allai donc, je courus le jeudi 24 février, à cinq heures du soir, ollrir ma coopération au Gouvernement provisoire. Chargé par lui de seconder le citoyen Ledru-Rollin au ministère de l'Intérieur, j'ai rempli, j'ose le dire, cette patriotique mission avec la consciencieuse énergie d'un homme de cœur, et je me suis retiré lorsque l'heure des périls fut passée, et l'ordre rétabli.
Aujourd'hui que la grande question à résoudre est celle de l'établissement d'une Constitution par l'Assemblée Nationale, je viens à vous, mes chers compatriotes, avec empressement, avec confiance, et je vous dis, dans la sincérité de mon âme, que je contribuerai, de toutes mes forces, de toutes mes facultés, si j'ai l'honneur de vous représenter, à fonder :
Une République où les droits de tous et de chacun seront proclamés et respectés;
Une République où l'égalité devant la loi sera réelle enfin, parce qu'elle aura pour base la justice et la fraternité chrétienne;
Une République où le travail, assuré à tous, sera suffisamment, justement rémunéré et équitablement réparti;
Une République où d'importantes améliorations seront assurées au peuple agricole, aux cultivateurs, parce qu'ils sont les pères nourriciers, et les clients les plus importants des travailleurs de nos ateliers el de nos usines.
Une République où tous les abus seront détruils, où tous les éléments productifs, abandonnés, gaspillés jusqu'ici, seront recueillis et vivifiés. Une République enfin où toutes les libertés : La liberté entière des élections, La liberté de conscience et des cultes, La liberté de la presse et de la parole, La liberté du domicile et du foyer domestique, La liberté d'éducation et d'enseignement, La liberté du travail et de l'industrie, La liberté de l'individu et de la propriété, La liberté d'association et de réunion, La liberté en tout et pour tous, Seront pleinement et inébranlablement garanties.
Telle est la loi fondamentale d'ordre, de justice, de vérité, telle est la constitution franchement, sincèrement républicaine dont on devra doter la France, et à laquelle je serais heureux et fier devant Dieu et devant les hommes, d'avoir pu coopérer.
Alkxandrl ANDRIANE,
Paris. —Imprime chez Paul Renouard, rue Garancière, n'^ o.
PROFESSION DE FOI
btJ CITOYEN
CHÂNTE-GRELLET.
CHERS CONCITOYENS
La France, après une fatale et dernière expérience du régime monarchique, vient de proclamer la République, comme le seul gouvernement qui puisse à l'avenir assurer ses destinées!...
La République, c'est le gouvernement de tous, par tous et pour tous ; il ouvre à tous les portes de la carrière politique, et, dans les circonstances graves où la nation est appelée à fonder l'édifice de sa constitution, les hommes de cœur et de conviction ne doivent pas hésiter à y entrer.
Quelques amis et compatriotes du département de la Creuse, où je suis né, et auquel je suis attaché par des liens de sympathie et d'intérêt, m'ayant invité à me porter candidat à la représentation nationale, je viens soUiciter vos suffrages, et vous faire, en quelques mots, ma profession de foi.
Dévoué aux idées démocratiques, alors que l'heure de l'avènement de la République n'avait pas encore sonné, je l'ai saluée comme la réalisation de mes vœux politiques; je consacrerai à la maintenir tout ce que je puis avoir d'ardeur etd'é hergie ; j'euToudrai toutes les conséquences politiques et sociales.
Issu des rangs du peuple, j'ai appris longtemps à connaître ses véritables besoins, ses légitimes espérances ; je demanderai la consécration de tous ses droits; l'organisation du travail et de l'industrie est une question grave qui, sous un régime d'ordre et de justice, se résoudra par des institutions sagement combinées qui concilieront les droits et les intérêts de tous.
Outre cette question du travail, il en est une autre qui ne vous intéresse pas moins, ouvriers de la Creuse, qui émigrez de nos campagnes pour aller porter ailleurs l'activité de vos bras, c'est celle de l'agriculture; sous un gouvernement républicain, l'agriculture sera protégée ethouorée.
Mes votes seront acquis aux principes suivants : Souveraineté nationale par le suffrage universel, liberté de la presse, liberté d'association, liberté de religion, liberté d'enseignement, répartition plus équitable des impôts, élection, dans les mesures les plus larges, aux fonctions publiques...
Je combattrai tout ce qui tendrait à nous ramener au régime d'égoïsme, de cupidité et de corruption qui vient de tomber sous l'explosion de l'indignation et du mépris.
Toutes les institutions de la République devront procéder et s'inspirer du symbole inscrit sur son drapeau : Liberté, Egalité, Fraternité: Liberté unie à l'ordre et au respect des droits légitimes de la propriété et de la famille; Egalité par le juste équilibre des droit^ de tous, et l'admissibilité de tous à tout; Fraternité ^tair
l'échange sincère entre les membres de la grande famille humaine, des sentiments de dévouement et d'amouk" dent rÉtangile nous â donnt^ le précepte!!!
Tels sont mes princijDCs, telle sera la ligne de conduite que je suivrai, mes chers concitoyens, si je suis appelé, par vos suffrages, à vous représenter|à l'Assemblée nationale.
Salut et fraternité.
CHANTE-GRELLET (de Jarnages),
Avocat à la Cour d'appel de Paris.
AUX ELECTEURS
Département de Seine-et-Marne,
Citoyens de Seine-et-Marne,
La République française vous appelle à nommer des députés sincèrement dévoués à sa cause, et, dans cette occasion solennelle, j'ambitionne l'honneur de vous représenter.
De même que j'ai été fidèle à l'opposition durant les mauvais jours, de même je soutiendrai fidèlement le Gouvernement que je chét-is; et je ne cesserai jamais ainsi de défendre la sainte cause du Peuple.
Aujourd'hui comme hier, ami de la liberté et de l'ordre, défenseur de la propriété et des fruits du travail, soigneux des intérêts du commerce et de l'industrie, désireux de soutenir ceux de l'agriculture, et partisan dévoué, en un mot, des grands principes qui ont triomphé dans nos trois immortelles et populaires révolutions, je réclame de vous le mandat de concourir avec une énergie persévérante au maintien et à la paix de la République.
Dévouement fraternel,
AuG, PORTALIS,
P^ovibs. Imp. Lebeaii.
PROFESSION DE FOI
DU CITOYEN
CHÂMPESME.
Mes chers concitoyens ,
Vous le savez, depuis plus de vingt ans, je fais des vœux et des sacrifices pour l'établissement d'une République en France : si j*ai persisté dans cette résolution, croyez-le, ce n'est pas sans y avoir mûrement réfléchi. Il m'est démontré que Dieu ayant doué tous les hommes des mêmes organes et des mêmes facultés, les ayant tous assujétis aux mêmes besoins, ils doivent tous avoir les mêmes droits. C'est la privation dec^s droits qui jette la perturbation dans l'univers, qui cause toutes les afflictions de la terre, et, en portant mes regards sur l'immense étendue de cette terre, j'ai vu qu'une vingtaine de tyrans suffisaient pour faire le malheur du genre humain. Pénétré de ces vérités, je refusai publiquement, à Bourganeuf, en 1831, le serment de fidélité au chef de l'Etat. Vous savez si, depuis, je me suis écarté de la ligne de conduite que je m'étais tracée. Cependant, la tranquillité régnait en France, la paix était assurée; la royauté, affermie, s'appuyait encore sur de nombreuses alliances à l'étranger; le taux des rentes publiques s'élevait de jour en jour ; tout semblait prospérer , excepté le Peuple , que l'on pressurait chaque année davantage. Quelquefois alors , dans un moment de découragement, je me demandais si la probité n'était pas une duperie, la vertu un mensonge ; si la corruption , si le crime même pouvaient impunément assurer leurs succès. Mais, lorsque personne ne s'y attendait , Dieu , d'un souffle de sa colère, a renversé en un clin-d'œil le premier trône du monde , et rejeté le souverain sur la plage étrangère.
La République a été proclamée, tous mes vœux étaient accomplis, tous mes désirs satisfaits ; jeme livrais, comme de coutume, à mes paisibles travaux, lorsqu'un grand nombre d'entre vous m'ont proposé la candidature à la Représentation Nationale. Dans les graves circonstances où nous nous trouvons , ce serait une lâcheté de ma part de refuser le concours de toutes mes fiicultés , quand il s'agit de mettre en pratique les maximes que je jîrofesse depuis longtemps. Je viens donc m'offrir à vous comme candidat à la Représentation Nationale ; mais quand vous voterez, interrogez votre conscience: si vous avez une arrière-pensée en faveur des souverains, repoussez-moi; car je veux de toute la force de mon âme la consécration d'une Répul)lique sans réaction , sans violence, sans tache, qui ne fasse couler ni une goutte de sang, ni une larme. La révolution de Février, comme je la comprends, est un baptême cpii efface jusqu'au souvenir des maux passés, qui étaient les dissensions publiques et les haines privées. Désormais, tous les Français seront frères ; les lois saintes de l'humanité, méconnues jusqu'à ce jour, vont assurer le bonheur de la France, en y faisant régner la vertu , c'est-àdire, la Liberté, l'Egalité, la Fraternité.
CHAMPESME , docteur en médecine.
mmn DES VOSGES.
Epinal, le 11 mars \8liS.
Citoyens,
A la nouvelle des événements glorieux qui ont amené la chute du système dégradant sous lequel la France gémissait, des citoyens d'Epinal, voués depuis loiigtcm^îs au triomphe de la démocratie, se sont formés spontanément en Comité, afin de seconder le mouven^ent par tous les moyens en leur pouvoir. La crisp passée, ils sont venus déposer entre les mains du peuple assemblé l'autorité pror visoire qu'ils tenaient des circonstances ; ils lui ont demandé s'ils avaient sa coufiance et s'ils devaient rester à leur poste. Le peuple a répondu que telle était sa volonté.
Il ne manquait plus à notre Comité, pour être partout reconnu comme autorité régulière, que l'investiture du commissaire çlu Gouvernement provisoire ; celte investiture lui a été accordée.
MqhHenq:nt que tputes }es communes de tiotre déj^arte^îienj; oqt adhéré à la République, il nous reste, citoyen, un grand devoir à remplir ; il nous faut maintenir cette grande conquête; il faut veiller à ce qu'elle ne devienne pas la proie des royalistes d'hier, convertis subitement à nos doctrines, qu'ils proscrivaient naguère avec tant d'acharnement.
Les élections de l'Assemblée nationale constituante sont fixées au 9 avril prochaiii; nous ix'avons donc pas de temps à perdre pour nous concerter et déjouer les trames des ennemis de la République,
A cet effet, notre comité vient de se constituer en comité électoral central. Il a décidé qu'il se rftettva|t immécjiatpment eï\ rapport avec les cUefs-Ji^U^^ d'arrondissements et de cantons ; qu'il ne ferait rien sans les avoir consultés et sans leur assentiment, et que, d'accord avec leurs délégués, il serait dressé, dans le plus bref délai, une liste de 11 candidats, qui sera spumise aux suffrages des assemblées électorales.
f; Nous venons, citoyens, en vous informant de ces dispositions préparatoires, vous deman^der votre concours pour l'œuvre solennelle qu'il s'agit d'accompHr, et d'où dépend la sécurité de notre avenir à tous. Que les élections procluiines envoient à l'Assemblée nationale des hommes hostiles ou même indillVrents au nouvel ordre de choses, et les inquiétudes renaissent, et l'agilalion reparaît, et la crise que nousi venqus 4e traverser si heureusement recommence avec tous ses pénis; que les nouveaux élus aient, au contraire, déjà donné des gages de leur dévoùmen|; aux pvinçipesi qui viennent de triomphei', et les résultats de notre révolution ne tarderont pas à se consolider.
Si, comme nous l'espérons, vous partagez ces sentiments, veuillez \ous rendre le 19 de ce mois à Epinal, où une réunion des délégués des trente cantons du département aura lieu dans une des salles de rHôtel-de-Ville, à une heure précise de l'après-midi.
Si quelque motif vous empêchait d'y assister, vous voudrez bien nous en prévenir après avoir fait part de la présente circulâdie aux citoyens de votre canton qui pourraient vous remplacer. 11 est, en elfet, de la plus haute importance que
tous les cantons se trouvent représentés à la réunion, afin d'éviter tout malentendu. Nous regardons également, comme chose très importante, la formation d'un comité électoral au chef-lieu de chaque canton, et celle de sous-comités dans chaque commune. Veuillez, citoyen, vous en occuper immédiatement.
P. S. — On nous apprend qu'un comité, composé en grande partie d'anciens conservateurs, vient de se constituer dans notre ville, à l'effet d'exercer une influence rétrograde sur les élections. Nous croyons devoir vous en prévenir, afin de vous mettre en garde contre les ouvertures qui pourraient vous être faites de la part de ce comité, à la tête duquel se trouve M. Déblaye, notre ex-collègue. L'unité d'action, dans ces moments décisifs, est une nécessité que sauront comprendre tous les vrais amis de la République.
Recevez l'assurance de nos sentiments fraternels,
Les Membres du Comité,
Collenne, Rallon, Honoré, Dutac aîné, Dutac jeune, Guilgot, Dubois père, Chevreuse, Bigeard, Aubel, Dubois (Alexis), Régnier, Gerbaut, Jeanmaire, Buffet, Petot, L'huillier, Génin, Lemarquis, Galtier, Mougin, Papigny, Evon, Cohn.
Voir la Voix des clubs du 16 mars 1848.