DE L'AUBE
C'est avec une vive satisfaction que nous informons nos concitoyens de la détermination que nous avons obtenue de M. Auguste MILLARD (1) de Troyes. Ce citoyen, cédant à nos instances, a consenti à figurer sur la liste des candidatures radicales du Département de l'Aube, pour la Représentation Nationale.
Tous les patriotes du Département accepteront avec bonheur un nom qui se recommande à tous les partis par la loyauté, la noblesse des sentiments et le dévouement de celui qui le porte.
Trojes. — Imp. de Baudot.
(1) N'a pas fait de profession de foi.
Citoyens ,
Quelques connaissances acquises par trente années de travail, d'étude ou de lutte ayant trait à diverses administrations de l'État, me font un devoir de me présenter pour la représentation nationale.
Homme du Peuple, d'ordre et de paix, je dois la continuation démon dévouement à l'intérêt du plus grand nombre.
Reportez-vous à la victoire du Peuple, rappelez-vous qu'il vient encore de se trouver dans la nécessité de faire justice de quelques hommes sans foi politique, qui en avaient fait leur profit au détriment des prolétaire?.
Quels que soient les mandataires que vous croirez dignes de votre choix, obligez-les à demander, en première ligne, ce qui suit :
Souveraineté du Peuple exercée par le suffrage direct et universel, en appliquant le principe électif partout où il pourra l'être ;
La République française, une et indivisible, avec la devise : Liberté, égalité, fraternité ;
Éducation nationale, gratuite et suffisante pour que chaque Citoyen puisse développer ses facultés intellccluelles et arriver à tout ce dont il sera capable;
Liberté des cultes, celle absolue d'association, celle de la presse, sauf répression légitime par un jury populaire ;
Rémunération suffisante du travail industriel et agricole ;
Organisation complète de la garde nationale, de manière à ce qu'elle devienne la force principale de la Nation et à ce qu'aucun Citoyen valide ne puisse se soustraire à l'obligation de défendre personnellement sa patrie;
La justice rendue accessible à tous les Citoyens.
Répartition équitable de Timpôt et modification immédiate pour ceux-ci après :
Remplacement par des centimes communaux des droits d'octrois et de gabelle qui frappent sur le salé, la bière et la piquette de l'ouvrier, sans atteindre convenablement les nourritures succulentes et les vins exquis ;
Application aux voitures de luxe de tout Citoyen, des droits qui frappent celles publiques ou de louage ; j
Taxe équitable sur les portes et fenêtres des hôtels ou châteaux, eu égard à celle qui frappe sur la lucarne de la chaumière de l'habitant des campagnes ou des faubourgs ;
Remplacement par des centimes communaux de l'ancienne corvée seigneuriale rétabhe sous le titre de prestation pour la réparation des chemins vicinaux qui écrase les familles nombreuses peu aisées, sans atteindre aucunement le i millionnaire non-valide ou sexagénaire, ni la riche veuve ou célibataire ; 1
Remplacement par un droit de plantation à l'hectare, à percevoir par le Per- !
ceptcur de l'impôt direct, du produit du monopole des tabacs, qui est contraire à toutes les lois naturelles de la Liberté ;
Progression dans la perception des droits de mutation, en ayant égard au degré de parenté et à l'importance de toute mutation, soit à titre g*"atuit ou onéreux ;
Suppression des sinécures et de tous emplois inutiles, et qui entravent même la marche prompte et régulière des services administratifs.
Béthune, 12 Mars 18/t8.
SALUT ET FRATERNITÉ
DELCLOQUE.
Aire. — Imp. de Poulain.
A nos concitoyens, électeurs dn Puy-de-Dôme.
Je me présente comme candidat à la rej^résentation nationale.
En sollicitant vos suffrages, je vous dois ma profession do foi politique; la voici :
1" Maintien de la liberté et de l'égalité dans toute l'acception du mot;
2° Liberté absolue des cultes ;
3° Dimilltition progressive et rationnelle des impôts ;
/;" Réformation prompte du droit d'action et de l'impôt des boissons ;
5° Réduction dU nombre des fonctionnaires et diminution des gros traitements ;
6" Soulagement assuré de la classe ouvrière en général et des cultivateurs en particulier, sans porter atteinte au droit sacré de propriété.
Enfin, en présence du vœu national si hautement manifesté depuis les derniers événements qui ont renversé un pouvoir impopulaire et tyrannique, je donne Sans hésitation , sans arrière-pensée , mon adhésion j)leine et entière à l'établissement do la république, et je lui prêterai le concours qu'elle doit attendre d'un bon et l^yal citoyen , ami de l'ordre autant que de la liberté.
PIGHOT,
Avocat à Issoîre.
CITOYENS ÉLECTEURS DE L'AtfflÈ,
Je demande à représenter votre département â l'Assemblée nationale. Je suis au milieu de vous un homme nouveau et je vous dois l'exposé de mes opinions et de mes antécédents.
Mon concours sincère est acquis au mouvement actuel. Je regarde la forme ré|)ublicaine comme la seule qui puisse être aujourd'hui adoptée en France. La monarchie a fait son temps ; et parmi tous les régimes qui se sont succédés et usés depuis cinquante ans, le plus loin de nous c'est le dcrnien
Fondée par le soulèvement du peuple, la République devra s'aflfetmir par Une conduite prudente et modérée. Son établissement a été plus retardé par les souvenirs de la terreur que par tous les elTorts des souverains ; elle U'a d'entlemis dangereux que: ses propres excès. Les journées de février, les premièires mesUt^s du Gouvernement provisoire, ont déjà dissipé bien des préventions. Assuréiiienl, dans cette attitude calme d'une population victorieuse, dans ce respect manifesté pour la religion, dans cette répression spontanée des atteintes à la propriété, dans cette abolition de la pe!ne do mort à l'instant du triomphe, tout porte le sceau de la grandeur et de la modération ; il importe que la République persévère dans la Voie qu'elle s'est ouvétte. Faire renaître partout la confiance, améliorer le sort de la classe ouvrière, assurer l'exercice des libertés conquises par le peuple; tels sont, à mon sens, les premiers devoirs de l'Assemblée nationale.
Je dirai quelques mots de mes antécédents.
l)ix années de ma jeunesse se sont passées à l'étranger. J'ai été attaché à plusîe^irs légations. En 18/i3, je fis partie d'une mission dont le but était l'explornlion commerciale de l'Indo-Chine. Mais les nécessités parlementaires, comiiie on disait alors, laissaient peu de place à ceux qui ne se recommandaient par aucune considération de ce genre; et la réprobation, énergiquement formulée contre le ministère déchu par ceux des membres de ma famille qui étaient en position de parler devant le pays, m'interdisaient un avancement que je tiens seulement du Gouvernement provisoire. Peu de jours après son inslallation» le citoyen Lamartine, ministre des alfaires étrangères, me nomma secrétaire d'ambassade à Londres. Je renoncerais aussitôt à ce poste si vos suH'rages m'appelaient à l'Assemblée nationale, afin de me consacrer tout entier à rexécution du mandat que vous me confieriez.
BERNARD D'HARCOtRT.
CITOYENS
A la veille de donner, par votre suffrage, une adhésion définitive au Gouvernement populaire qui vient de succéder à un pouvoir arbitraire et tyrannique, permettez à un de vos frères de venir faire un appel tout patriotique aux sentiments dont vous devez être animés dans une circonstance d'où doit enfin sortir victorieux l'intérêt général, sacrifié depuis plus de quatorze siècles à celui d'un petit nombre de privilégiés
Je ne vous redirai point l'histoire de ces époques si tristes où nos pères n'étaient que les vils esclaves de quelques familles que l'égoïsme, l'orgueil , le désir insatiable de la fortune et de la domination souveraine avaient poussées jusqu'à ravir à l'Etre suprême le titre de très-haut et très-puissant Seigneur ! — Ces derniers mots ne vous en rappellent sans doute que trop; mais je vous demanderai si, bien que tout bornés que vous aient crus les nouveaux despotes qui, pendant ces dernières années surtout , ont fait gémir les dignes enfants de juillet ; je vous demanderai, dis-je, si malgré l'ignorance et la superstition où ces véritables aveugles vous croyaient plongés, vous n'avez pas remarqué leurs efforts incessants pour reconquérir, un à un, les droits iniques de l'ancienne noblesse? Si vous n'y aviez rien vu , il me suffirait de vous rappeler la fameuse loi sur la chasse , et de vous demander, par dessus tout , ce qu'a fait pour nous (gens de la basse classe d'alors) le Gouvernement despotique qui vient de tomber? Ah! votre réponse ne saurait être douteuse !.... Or, maintenant que le soleil n'est plus éclipsé que jDour ceux qui attachaient quelque importance à de ridicules prérogatives , allez-vous , par un vote irréfléchi ou par ime condamnable inaction, remettre le pouvoir dans leurs mains ? Allez-vous vous confier à des personnages qui, il n'y a encore que quelques jours, se seraient crus déshonorés d'abaisser sur vous le moindre regard? Allez-vous , vous , artisans , ouvriers et cultivateurs, tous citoyens modestes et laborieux; allez-vous, dis-je, donner votre mandat à \\n de ces êtres que, jusqu'ici, l'opulence, l'amour des plaisirs et la soif des honneurs et de la puissance, ont empêchés de porter un regard bienveillant dans vos humbles chaumières? Non, rien désormais ne peut vous y tromper ; et, sans reporter les yeux sur le passé, regardez un instant autour de vous, puis, dites-moi ce que l'on a fait pour encourager le travail, l'industrie , l'agriculture et surtout l'éducation des masses? Diles-moi aussi ce que l'on a fait pour soulager ces malheureux vieillards que le poids des années et d'un pénible labeur a réduits à la navrante ressource d'aller, de porte en porte, tendre une main débile et suppliante à leurs frères pour en oI)tenir un chétif morceau de pain? Ne pouvait-il donc y avoir aucun remède à des maux qui, depuis si longtemps, font la honte de l'humanité? Oh ! rassurez-vous : un Gouvernement que la Providence a élevé tout-à-roup , s'efforce journellement et sans relâche d'assurer le bonheur de tous les enfants qui auront acquis des droits à la reconnaissance de la patrie. Or, pour appuyer ce nouveau Gouvernement , qui met en première ligne vos besoins, si longtemps dédaignés, choisirez-vous , pour votre représen-
tant, un homme qui n'aurait d'autre mérite à vos suf^r£^ges qu'un titre, maintenant aboli, de Duc , de Comte , de Baron , etc.; ou bien , si vous préférerez tout simplement un de vos frères , comme vous fds d'artisan , d'ouvrier ou de cultivateur?....
Quant à celui qui a l'honneur de vous parler, son désir le plus vif serait de pouvoir servir la cause de tous , si tel était le bon plaisir des amis, des frères et
concitoyens dont il ose ambitionner l'honorable suffrage Mais, que dis-je ,
j'entends déjà tomber par torrents les sarcasmes , les anathèmes d'une foule de personnes qui vont être stupéfaites en entendant décliner, non mon appellatif , car il est intact, mais la plus humble de toutes les conditions, celle d'instituteur!....
Quoique l'on en dise , ce titre et ceux de fils de cultivateur, de frère d'ouvriers , de manœuvre sont , à mon avis , les plus sûrs garants à offrir à tous ceux qui, comme moi, ont accepté cette noble devise : Liberté, Egalité, Fraternité.
Votre Frère et Concitoven dévoué, MAGNIN (Edme-Valentin),
Instituteur communal à la Chartre-sur-Loir (Sarthe)*, né à Confracourt (Haute-Saône), 2 /"e'rrjer 1848.
Alençon de l'imp de Poulet-Malassis, Sic.
Paris, le 12 mars 1848.
M. LEYRÂLD
M, les électeurs du département de la Creuse.
Mes chers concitoyens,
Vous connaissez le passé de ma vie politique, vous avez été initiés parla tribune au secret de mes pensées. Lorsque l'empereur abolissait l'ancienne noblesse et maintenait, par l'acte additionnel, celle qu'il avait créée, je proposai à la chambre des représentants, le lendemain de sa constitution, l'abolition des qualifications nobiliaires au sein de l'assemblée. Je m'exprimais ainsi :
« Mandataires du peuple, voulez-vous être dignes de votre mission ? Soyez
« peuple un moment, soyez nos égaux, que le lie^i ^e la fraternité nous unisse « et n^ soyez plus que nos collègues. »
Ce n'est pas aujourd'hui que l'op me reprochera ces vieux sentiments d'égalité.
Depuis 1831 jusqu'à ce jour, vous m'avez toujours vu combattre les tendances libcrtipides du pquvoir ; c'est moi qui avais proposé de consacrer dans la loi des associations le droit de réunion, ce droit si tardivement contesté par l'amourpropre d'un gouvernement fraj^pé de vertige.
J'ai voulu amender la loi sur les crieurs publics, que le gouvernement provisoire vient d'apéantir. Mon amendement fvit repoussé après deux jours de vive disçqssion.
J'ai été des premiers sur la brèche avec MM. Gustave de Beaumont et Lacrosse pQ^r demander une loi sur la corruption électorale ; à la séance du 20 janvier 1840, je n'ai pas craint de donner Je premier à la tribune, au ministère, le nom que l'histoire lui infligera* Voici mes paroles :
«J'ai pu dire jusqu'ici que le ministère était corrupteur, parce que j'en avais « la conviction ; mais je dis aujourd'hui que le ministère est corrupteur, parce « que je le s^is. »
Ce n'est pas l'ambition qui m'a inspiré le désir de représenter mon pays ; deux fois en échange de cet hopneur, j'ai donné ma démission de fonctions salariées ; à l'arrivée du ministère qui vient de tomber sous le coup du mépris, je n'avais pas hésité à quitter le poste élevé que j'occupais au ministère de la justice pour ne pas m'associer à un système d'avilissement et de dégradation.
Voilà mon passé.
Je dois ajouter franchement qu'au moment de la victoire du peuple, je ne croyais pas l'idée républicaine mûre ; jelavaisvue repoussée en 1815 et en 1830; mais je déclare, avec la même franchise et avec tous les hommes honnêtes, qu'il faut se rattacher sans arrière-pensée au gouvernement républicain ; c'est un besoin d'ordre, c'est une nécessité d'existence.
Mes chers concitoyens, notre département ne puise sa richesse que dans les économies du salaire de nos tyentq-ch^q mijle ouvriers qui émigrent tous les ans ; il faut travailler à l'amélioration de leur sort , au progrès de leur instruction , tout en consacrant dans le même intérêt, dans le même respect, les droits de la propriété, de l'industrie, du commerce, et les droits de la famille.
Si vous me trouvez digne de vos suffrages, je mets au service de votre patriotisme une vieille expérience et 1^ fermeté çle mon déyoùmen|;.
LEYRAUD, Ancien député de h Creu^.
Extrait du ConstUutionnel du 13 mars 1848, p. S col. 6,
AUX CITOYENS