ET PARTICULIEREMENT
DE l'arrondissement DE NOGENT-SLR-SEINE.
Citoyens ,
Une nouvelle ère vient de s'ouvrir pour la France, une monarchie perfide et corrompue a fait place en quelques heures à une République loyale, généreuse et pUf-edetout excès...
Celle République, Citoyens, nous l'appelions de tous nos vœux depuis bientôt dixhuit ans : nous l'avions rêvée dès le collège, et en juillet 1830, dans uncheMieu d'arrondissement de rAid)e , à Nogenl-sur-Seine , èh arborant son drapeau (1), nous jetions son nom avec enthousiasme sur la place publique... Il y avait alors, permetlez-mol de le dire pour glorifier des citoyens dont plusieurs sont morts aujourd'hui, (juelque courage à crier vive la république : le roi parjure n'était point eiicore vaincu....
Depuis 1830, nous pouvons le dire haut et ferme, sans crainte de démenti, nous n'avons point changé d'avis. Le fiel de la raillerie, l'aigreur de la discussion , la persécution même ont épuré, complété et fortifié nos convictions.
Depuis 1830, autant que nous l'avons pu, nous avons pris une part active aiJx lutiesde la liberté. La tyrannie nous a trouvés dès longtemps parmi ses plus acharnés, ses plus implacables ennemis : datis les ateliers, entre le correcteur Martin Bernard , condamné
{{) C'est de r imprimerie de mon père, le citoyen Lemaîfre , ancien militaire , qu'est sorti le premier drapeau tricolore qui fut planté à Nogent-sur- Seine.
de mai, le sculpteur Corbon, le compositeur Danguv (de VAtelier), le cordonnier Savary [de iii Fraternité), — dans la rue, au combat, à côté de GodelVoy Cavaignac, de Guinard, de Barbes, de Caussidière ; — dans le journalisme, à côié de Louis Blanc, de Pierre Leroux ou de Dupoiy(l). Vaincu'* dans la rue en plein jour, nous avons dressé [)ar tous moyens des embûches à la royauté.
Pendant notre dernière révolution, en février, écrivain et soldat, nous avons personnellement concouru à la fois à la rédaclioh de l'un de ces Moniteurs d'insurrection qtli relèvent l'énergie des combattants, puis à l'érection des barricades d'où est sorti la liberté. .
A l'attaque du Palais-National (autrefois Royal), le 24 février, les dernières balles de la royauté venaient de tuer à nos côtés un généreux enfant de notre pays, Cléophas Paimbaut, âgé de 20 ans, né ii Jaucourt.
Le même jour, après la victoire du peuple, à quatre heures du soir , dans les salles de IHôlel-de-Ville, à la tèle de 25 hommes délégués par les sections de barricades des rues Moutmartre, Faubourg-Montmartre, .Monlorgueil et Rambuteau , nous proclamions la République et nommions les citoyens menibres de ce Gouvernement provisoire qui , vieux à peine d'un mois, laissera à la grande nation le souvenir éternel de son dévouement et de son patriotisme.
Il) Au Bon sens, l\\i\ Revue du Progrès, Ixhllevue indépendante, au Joittnal du Peuple et h la ttélonne.
Soldat, ouvrier, homme de presse, enfin, nous n'avons eu de ré[)'!t que le jour où la grande ville, glorieuse et libre , a crié vive la République!
Notre tâche, certes, n'est point finie : elle recommence aujourd'hui plus difficile, plus délicate, plus laborieuse: le soldat vient de déposer les armes, c'est au citoyen d'apparaître pour discuter et établir ses droits et ses devoirs.
Achetée par tant de sacrifices, cette République, qui a étouffé la monarchie sous les cadavres de ses plus purs , de ses plus braves enfants , cette République , il faut la maintenir, il la faut cousoUder.
La royauté constitutionnelle a été legouveinement de tous par quelques-uns. La République doit être le gouvernement de tous par tous. Pour cela , Citoyens , il est indispensable que chacun et tous soient consultés, que tous et chacun émettent librement leur avis sur toutes choses.
Après une révolution , Citoyens , ne l'oublions pas, il y a beaucoup à faire, tout est remis en question, depuis le règlement de police qui fixe l'heure où s'ouvre le marché, jusqu'à la l(ji qui limite, mais seulement au profit de la nation tout entière , la liberté pourtant inaliénable du citoyen.
C'est tout un pacte social , loute une coi^.stitution qu'il s'agit aujourd'hui d'établir. Une assemblée choisie par vous , commissionnée par vous , Citoyens, peut seule accomplir cette grande tâche.
Cette assemblée, à mon avis, devra solennellement, aussitôt sa réunion, reconnaître la République française, une et indivisible. Celle proclamation sera suivie de la déclaration de ces principes généraux :
Liberté cumplète de la pensée dans toutes ses manifestations : orale , manuscrite, imprimée et artistique. Répression des délits de la pensée par des jurys populaires.
Liberté religieuse; — chaque culte salarié par ceux qui le professent.
Liberté d'association.
Liberté du travail , — c'est-à-dire abolition de toutes les lois d'entraves et de monopole.
Transformation complète, sinon suppres-
sion, de cet insolent et vexatoire impôt appelé Vexercice.
Liberté de l'enseignement qui sera gratuit, obligatoire, donné en commun, et sous la sur? veillance du Gouvernement.
La plus grande extension possible dans l'application du grand principe constituant de l'élection aux fonctions publiques, aux juridictions criminelle et civile.
Suppression du cumul des fonctions et des appointements. — Incompatibilité des devoirs du représentant du peuple avec les fonctions de préfet, d'employé de ministère., de militaireen activité, de membre des cours et tribunaux attachés à des sièges fixes , autres (jue les membres de la cour de cassation.
Abaissement progressif des taxes sur tous les objets de première nécessité.
Impôt sur les objets de luxe.
Citoyens du département de l'Aube, je viens vous demander l'honneur de vous représenter à cette granJe Assemblée Nationale.
Point de modestie fausse ou inutile , vous pourriez penser qu'elle cache l'hypocrisie. Citoyens, il me reste à vous parler de moi, de ma vie privée; je vais lâcher de le faire avec la brièveté, la netteté qui distinguent la franchise.
Voici quel homme j'ai été , quel homme je suis, quel homme je veux être.
Ma seule fortune est celle des pauvres et honnêtes gens, la probité et le courage du travail.
Prenez-moi donc , Citoyens , pour un homme de labeur , non pour un aristocrate.
0 jvi ici', correcteur d'imprimerie ou journaliste, l'on peut facilement, dans les ateliers comme d.ms les lettres , suivre ma trace ; l'on ne trouvera derrière moi, à Nogent-sur- Seine, à Troyes, à Paris, que d honorables souvenirs.
Durant les dix-huit années qui viennent I de s'écouler, je défie que l'on puisse surprendre dans ma vie privée ou publique aucun fait, aucun acte contraire à la foi républicaine, que j'ai partout hautement confessée.
Elevant ma famille simplement et avec mon seul travail, — sans engagements d'au-
cune sorte ; — sous la garantie de mon passé sans reproche , de ma probité intacte , de mon indépendance complète et de mon dévouement absolu à la chose publique ; — je viens demander au pays tout onlior et nux Citoyens du département de l'Aube, qui peuvent si facilement me juger en connaissance de cause; — ^je viens,dcman(ler, dis-je, l'honneur de les représenter à l'Assemblée Nationale.
Citoyens, il est impossible de se dissimuler son insuffisance en face des graves et difficiles devoirs qu'impose le mandat de con- Bance que je sollicite; mais j'ai la ferme volonté d'y apporter tout mon temps, toute mon intelligence, tout ce que je puiserai do lumières dans les explications loyales ol franches qui auront lien entre nous; tout ce que j'ai pu recueillir d'expérience des hommes
et des affaires dans ma carrière de journaliste.
Les bases de notre jeune République sont . Liberté, Egalité, Fraternité, Lnité. (jtovens , en mellani mon courage, ma persévérance, ma bonne foi surtout au service de celte noble et sainte devise, de cette sublime personnification à laquelle nous allons donner la vie, ma conscience me dit que je suffirai à cette œuvre patriotique.
Vive la République !
Amable LEMAITRE.
Ancien ouvrier imprimeur, journaliste.
Paris, mats 1848.
Balthazard REYNAUD, a ses concitoyens.
Citoyens ,
Héritier des principes de mon père, je viens, avec les mèaies sentinaenls de patriotisme qui lui valurent le suffrage de vos pères en 1789, me présenter à vous, afin que vous jugiez si je suis digne d'obtenir le môme honneur.
Ma vie se résume en deux mots : amour de la patrie, tout pour elle. Comme militaire de J79o, dès l'âge de 16 ans, je me dévouai à sa défense; après ma première camjDagne, arrivé au grade do maréchal-des-logis chef, je fus nommé, par le choix du soldat, lieutenant, et depuis C(^ moment j'ai continué de servir mon pays jusqu'en 1815, époque ou je rentrai dans la vie civile. Mes concitovens m'ont prouvé leur estime en m'appelant deux fois au commandement de la garde civique à cheval. Mes opinions politiques sont connues; je n'ai jamais varié. Si vous me choisissez pour votre représentant, aujourd'hui soldat lahoureur, je voterai pour les libertés et les franchises de tout genre ; je demanderai aide et protection pour l'agriculture, réduction des charges énormes qui la grèvent ; il est temps que les cultivateurs, nos nourriciers, jouissent des mêmes avantages qui sont accordés à l'industrie et au commerce; je voterai aussi pour la liberté des cultes et pour le respect qu'on leur doit.
Je suis arrivé à un âge où tout sentiment d'ambition serait chimérique; ma seule ambition est de voir \v. peuple heureux et de contribuer à son bonheur, si vous m'en croyez digne. Autrement, je m'estimerai heureux en pensant que vous avez trouvé des citoyens jjlus énergiques que moi.
Agréez, citoyens, l'hommage de mon sincère et fraternel dévouement.
Balthazard REYNAUD, chef d'escadron en retraite.
VIVE LA REPUBLIQUE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Le Comité républicain du Canton d'Antibes ,
Convaincu de la nécessité deconservpr intact dès le principe le vî*aî caractère de la Révolution ;
En présence de l'arrêté du Gouvernement provisoire, qui fixe au neuf avril proph3in l'époque de la convocation des assemblées électorales ; DÉCLARb: :
Le patriotisme est la première des vertus civiques.
Il est urgent que chaque citoyen se pénètre bien de l'étendue du drqit qu'il va être appelé à exercer.
La Révolution de 1848 s'est faite au nom de la probité politique; elle ne doit pas mentir à son origine.
Le choix des Représentants du Peuple Français doit exprimer l'opinion libre des Citoyens de chaque ville, de chaque bourg, de chaque village.
L'organisation d'un Comité dans chaque canton, et la division delà population par centurie, sont les moyens les plus sûrs pour atteindre ce but.
Los Membres du Comité s'attacheront à expliquer aux Citoyens placés dans leurs centuries, tout ce que la République a le droit d'attendre du civisme de chacun de ses enfants.
Le Comité se mettra en rapport et correspondra journellement avec tous les Comités du département, pour discuter le mérite des candidats qui seront présentés, et réunir les suffrages sur ceux qui auront été adoptés.
Le Gouvernement provisoire, dans sa sagesse, a fait la part de chacun, en établissant le vote direct et universel. Sa pensée a été de créer une Représentation vraiment nationale.
Les patriotes de chaque canton sont donc engagés à s'entendre et à réunir tous leurs efforts.
Le grand jour des Élections est près de nous.
11 n'y a pas un seul instant à perdre, si nous voulons donner à la France, des Représentants dignes d'elle.
Antibes, le 11 Mars 18/t8.
Les Membres du Comité républicain, délégués,
%n^ ; BONNAVIE, P. GA1R4UD, JAUBERT, Notaire;.!. REYBAUD, M. BOURGAREL. QUAY DIT BOUCHARD, COLLOBRIÈRES, ÏIOUSSET, F. REYBAUD.
Grasse. — Imp. de Dufort, aîné.