‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 108 sur 236 · PAR LE CITOYEN AUGUSTE LUCHET · texte numérisé non relu

PAR LE CITOYEN AUGUSTE LUCHET

Gouverneur du château national de Fontainebleau, candidat à la députalion de Seine-et-Marne.

Au Bapqnet national de la \Hle de Fontainebleau

Le Dimanche A2 mars 1848.

Citoyens !

Il y a dix-sept jours, le peuple de Paris qu'on croyait piort comme dit le ppèl^, p^rce qu'il dormait depuis dix-sept ans, s'est tout q coiip réveillé ; il a soufflé sur la ftipuarchie constitutioppelle, et la République Fr^nçaisp est yep\ie au mondp.

Quoiqu'on dise çt que l'on fasse , c'est là u^ fait j^cçompji.

Si vous avieï vu fpus comme uioi, Citoyens, cette graqde ^t tpule puissante yjlle ouverte jpsque dans ses entrailles, souleva c jusque dans ses fondeipenls. Si vous aviez entendu ce formidable chœur, de cinq cent mille j^ommes squs armes, qui arrêtait les balles et faisait (oml^cr les fusils au cri subliu^e de Mourir pour la patrie! Si voiis aviez vu ks citadelles dont Paris est entouré, douter de |a pjerre 4p lp"ï's murs, du fer de leurs portes, et s'éteindre docilement, une à une, à la sommation d'un citoyen désarmé. Si , mieux encprp, vous avjez pu jouir, une heure seulement, de la paix majestueuse et profonde qui a succédé à ce troublp immpnse...., vous auriez tous, Citoyens, le pceur fort comme je Tai , et la tête coi>v£^incue.

La République, njes frères, pst un enfant de dix-sept jours, mais cet enfant nous vient de Dieu, et le sang d'un peuple de héros l'a baptisée 1 La République vivra.

Aycrz donc confiance, et acceptez franchement le nouvel état de choses. D'ailleurs que gagnoripz-vous à lui Résister? Repousse-l-on la tempête? Enipéche-l-on la mer de monter?

Citoyens, la République qui se lève est l'avènement du bonheur vrai parmi les hommes. Généreuse, parce qu'elle est divine, vous ne la trouverez séyère que pour ses ennemis Et, jusqu'ici , nous np lui en avons p^s yu.

Peut-être en a-t-elle qui se l^iseut et qui se cachent! Si yo^s e^ copnai^sçz, conseillez-leur de se taire et de se cacher toujours.

Elle a de faux amis, sans doute, qui la servent aujourd'hui par crainte et rêvent le jour possible de l'abandon; mais la République sera si grande, que les trahisons les plus hautes ne lui viendront pas au genou; elle sera si bienfaisante, qu'elle forcera tous les hommes à l'aimer.

Je ne parle pas des rois ; les rois ne sont pas des hommes.

La République ne craint donc ni ses ennemis qui n'ont j3oint encore paru, ni les traîtres qui déjà rôdent autour de son berceau. Dieu, qui l'a faite, saura bien la conserver.

Ce qu'elle craint, c'est la tiédeur, c'est l'hésitation de ses enfants.

Mes frères , je vous en conjure , chassez de vos esprits , les fantômes que leur crée une tradition menteuse. Ne voyez pas dans la République nouvelle ce qui fut : cherchez ce qui est et ce qui sera. La République de nos pères a pu être terrible, car il fallait qu'elle le fût : sanglante, car de toutes parts elle était déchirée.

Notre République, à nous, sera douce et pleine de bonté : car elle pourra l'être. Au dehors, rien ne la menace. L'Europe n'a plus debout que quelques rois qui tremblent. Que l'Italie continue, que l'Allemagne s'allume; et demain l'Autriche tombe en poudre, l'Autriche, clé de voûte du despotisme européen; demain l'Italie est fédérée; l'Allemagne est fédérée; la Russie recule refoulée dans son nord ; l'Angleterre , qui n'a plus d'intérêts en Europe , nous salue ; l'Espagne , aussi , devient république et change en cantons ses royaumes : et la grande prédiction du martyr de Sainte-Hélène se réalise : Avant cinquante ans l'Europe sera républicai7ie nu Le second mot n'est plus à prononcer.

La République de nos pères avait contre elle tout ce que la nôtre a pour elle. La République de nos pères venait d'une révolution d'esclaves : la nôtre vient d'une révolution d'hommes éclairés. Que peut-elle craindre, et que craignezvous? La guillotine? — Citoyens , la guillotine a suivi la monarchie : aucune des deux ne reparaîtra!

Allons, frères, que vos cœurs s'ouvrent, que vos visages rayonnent! Aux portes de ce château qui a pour hôtes aujourd'hui des hommes libres , lui qui n'avait jamais vu que des faces de courtisans, vous avez lu notre immortel symbole : LIBKRTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ.

La liberté , vous l'avez; nul temps , nul pays ne se la firent plus grande.

L'égalité règne: les titres ont disparu; la livrée tombe. Mais la fraternité, citoyens 1 la fraternité , principe et vertu tout à la fois , la fraternité, c'est-à-dire l'amour fraternel, la fraternité sans laquelle la liberté devient chimère , et l'égalité mensonge, l'avons-nous?

Pas encore. Ne nous en étonnons pas. 1

Le gouvernement qui est mort vivait d'intrigue, de ruse , de fiction , de con- | currence anarchique , de corruption des hommes les uns par les autres. C'est j pour cela qu'il est mort, et bien mort, car la putréfaction s'est déjà mise dans j son cadavre, et les émanations putrides qui s'en élèvent nous piquent les yeux | en y montant. j

Le gouvernement qui est né veut vivre de droiture , de loyauté , de vérité, de i l'association , de l'élévation, de la vertu des hommes. C'est pour cela qu'il vivra , et qu'il vivra longtemps.

Voilà le passé , voici le futur. ...

Mais le présent?

Le présent est fait des débris du passé et des éléments du futur. Le présent est l'entrechoc des intérêts favorisés ou lésés par le gouvernement défunt. Le présent se frotte les yeux et croit à jjeine , tant le passage a été imprévu et rapide. Le présent ne sait pas la langue que l'on parle, et raisonne d'après ce qui n'est plus, quand il peut raisonner. Le présent croit qu'on le trompe, quand on lui présente comme son ami d'aujourd'hui, son ennemi d'hier.

Débrouillons ce cahos, mes frères.

La France est notre mère, n'est-ce pas? La voilà veuve d'un bien mauvais mari qui l'a laissée bien en désordre. Eh bien, quand la mère est veuve, que doivent faire les enfants? Ne faut-il pas que tous viennent s'unir et former la chaîne autour de celle tendresse craintive qui les appelle à sa défense ? Ne fautil pas qu'alors les haines cessent , les divisions s'éteignent, les jalousies se changent en amour? La succession, ici, n'est pas de droit d'aînesse, vous le savez bien ; elle n'a pas, non plus , à faire rapparier^ pour parler comme la Justice. A chacun ce qu'il j^ossède, mais à ceux qui n'ont rien quelque chose. Que la propriété soit sacrée ! mais que la grande famille de la veuve ait confiance en ellemême, afin d'amener les frères qui ont à prêter à ceux qui n'ont pas. le pain comme l'habit, comme l'abri, l'argent comme le savoir. Soyez tranquilles, tout cela sera restitué ! Les dettes du mauvais mari sont énormes, mais l'héritage de la veuve est bien plus grand. Le fonds de la France suffirait à nourrir vingt millions d'hommes de plus qu'il n'en compte.

Frères, soyons confiants! Frères, soyons généreux! Frères, aimons-nous! Soyons unis pour que notre mère soit heureuse. Que le passé tombé derrière nous ne se relève jamais entre nous, pour troubler l'œuvre à laquelle notre patrie nous appelle. De la grandeur, mes frères : nous sommes si forts ! Pardon à ceux qui s'étaient égarés de bonne foi; surveillance, mais indulgence pour les autres. Combien de nous , dites-moi , ont traversé sans pécher les dix-sept années qui viennent de finir?

Toutefois, Citoyens, que ces vertus que nous vous prêchons n'affaiblissent point votre action dans le grand travail d'éleclions qui va s'ouvrir. N'excluez point, MAIS SACHEZ CHOISIR ; et défiez-vous surtout des mauvaises habitudes qu'ont prises les hommes qui s'imaginaient vous représenter autrefois. Vous êtes un peuple nouveau , songez-y !

Et maintenant, amis, l'union fait la force! C'est vulgaire, mais éternel à dire. Je bois avec vous à la confiance réciproque, à l'oubli des injures privées, à la réconciliation franche des intérêts. Que les forts soutiennent et portent les faibles; que les grands s'abaissent pour entendre les petits! Au concours de tous ! Au bon vouloir de tous ! A la fraternité de tous tes enfants de la République Française !

Fontainebleau, inip. de E. Jacquiu.

RÉPUBLIQUE FRANÊAISC,

Liberté i Égalité, Fraternité.

AUX HABITAIS DE KOHAKT-¥ICO.

CITOYENS

Le gouvernement de la République vient de me nommer pour diriger l'administration de la commune de Nohant-Vicq, en attendant la loi qui doit être publiée dans quelques mois et qui appellera tous les citoyens âgés de vingt-un ans^ sans distinction deCortune, à choisir eux-mêmes celui d'entre nous qui leur paraîtra digne et capable de conduire les alFaires delà commune. Je comprends tous les devoirs que m'impose la décision du gouvernement provisoire. Soyez assurés que je saurai répondre à cette marque de confiance.

Vos intérêts me seront toujours plus chers que les miens. Toutes les fois que vous aurez besoin de moi vous me trouverez j^ï'ét à vous aider selon mon pouvoir.

Vous aviez été jusqu'à présent presque tous, privés des droits du citoyen. ÎIs vous sont rendus. Le gouvernement de la France avait été confié aux riclies ; ils en ont abusé pour faire tourner à leur profit le bénéfice des lois qui doivent servir au bien de tous. Aujourd'hui c'est vous-mêmes qui ferez vos lois, puisque vous nortimerez vous-mêmes vos députés.

Nous somines donc taus appelés dorénavant^ pauvres ou riches, à faire de bonnes lois. C'est de nous tous que dépendent Is bonheur de la commune et celui de la France. Pensez-y; votre justice, votre raison et votre patriotisme me retidenl certain que le sort de la commune, comme celui de la nation, sera bien placé dans vos mains.

Croyez-hioi, ciioyens, dévoué pour toujours à vous et à la Réptibliqttê.

Le Maire de Mianl-Vkq, Maurice DUDEVANT.

Nohant, le 12 mars 18/t8.

Lu Chaire, typographie de A. Arnault, successeur de sou père.

Paris. — top, Ucqur et Ce, rue Sçufflot, 16.

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