‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 112 sur 236 · ELECTIONS DE L'ORNE · texte numérisé non relu

ELECTIONS DE L'ORNE

Mortagne, 12 mars 1848.

Chers Citoyens et Camarades ,

Pour satisfaire au vœu de quelque» amis, ainsi qu'à un l)esoia personnel j'ai dû négliger un instant mes laborieux travaux pour aller à Paris serrer la main de ce noble et généreux peuple, qui vient si vaillnmment de nous retirer du précipice où nous allions être incessamment tous engloutis.

Je ne vous parlerai pas des grands événements de février; c'est un fait désormais accompli, qui a fait l'admiration de la France et peut-être de l'Europe entière ; je ne vous entretiendrai que du présent et de l'avenir.

Un mot sur les huit jours que je viens de ])asserà Paris : dans les salons, dans les clubs, sur les places publiques, dans les rues, souvent au milieu dégroupes, sinon menaçants, du moins toujours animés, partout j'ai remarqué un ordre parfail et la plus grande confiance dans l'avenir. Ce peuple, si farouche dans l'oppression, se fait à lui-même la police; il y a dans sa conduite et son maintien un désintéressement qui le rend sublime et exemplaire.^

Comme en 1830, époque à laquelle il confia sa victoire à des mains parjures, ce grand peuple a été brave, digne et généreux ; mais il s'est surpassé en résolution ; ce pouvoir (ju'il a reconquis, toujours au prix de son sang, il l'a gardé pour ne le remettre, celte fois, qu'en des mains sures, n'ayant qu'un vœj, le bonheur de la France.

Gloire donc à de tels sentiments, gloire à ces hommes de génie qui cnt bien voulu s'en charger au péril de leur vie ; honneur à leur dévouement désintéressé; hommage à leur vertu.

A nous donc, chers Citoyens, de répondre à tant de courage et de bienfaits, par le maintien de f ordre, le respect aux hommes et aux biens, ainsi que par la ferme résolution d'user de tous nos moyens pour arriver à l'amélioration des masses, tant par l'économie politique que par la diminution des charges qui pèsent sur elles et les écrasent.

Pardon et oubli complet aux misérables qui, depuis trop longtemps, n'ont fait usage du pouvoir que pour nous persécuter et nous anéantir. Oue notre méj)ris soit notre seule vengeance, et sachons ne plus nous occuper que de la chose publique, delà grandeur de notre belle patrie, pour en recueillir les fruits au temps de la maturité.

A vous en particulier, nobles habitants des campagnes, (jui savez si bien faire fleurir les champs ; sachez aussi faire fleurir la liberté. Que le mol de république

que quelques insensés vous représentent comme un signe de terreur ne vous effraie pas, qu'au contraire il vous rassure, puisqu'en réalité il ne renferme que celte noble devise : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

A nous tous, enfin, de veiller à ce qu'il ne sorte de l'urne électorale que des noms bien connus par leurs principes patriotiques, purs d'arrière-penséc et d'ambition, incapables de trahir leur mandat, dignes de faire une loi pour tous, une constitution qui soit toujours respectée et inébranlable. De tels choix seront bénis parla France et nos représentants sortiront de l'Assemblée nationale aux cris de VIVE LA RÉPUBLIQUE 1

Salut,

GAUTIER-DUFAY, Cidlivateur, fermier.

Mortagne. — Imp. de Glaçon.

Page 1