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AUX ÉLECTEURS DU DÉPARTEMENT DE L'AURE

Chers concitoyens,

Les circonstances clans lesquelles nous nous trouvons imposeront sans doute à vos représentants des d(;voirs difficiles. Je me croirais indigne de la confiance que le département de l'Aube m'a tén)oignée depuis onze années, si, en présence de ces difficultés, je renonçais volontairement à la vie politique.

Vous n'attendez pas de moi, messieurs, que je vous fasse l'histoire de mon passé qui se résume, d'ailleurs, en peu de mots. Destitué en 1831 d'une fonction honorable et lucrative pour n'atoir pas consenti à effacer ma signature de la liste des membres de l'association nationale, j'ai combattu constamnKîut, depuis cette époque, un gouvernement dont les actes blessaient la dignité du pays et pervertissaient sa moralité. Pendant ma carrière politique, je n'ai pas cessé un seul jour de voler avec l'opj^osition. Je n'ai pas manqué une seule occasion de proclamer le principe de la souveraineté nationale. J'ai fait, comme protestation et comme avertissement, tout ce qu'il m'était permis de faire. C'est peu sans doute, mais plusieurs de mes professions de foi et quelques-uns des discours que j'ai prononcés à la tribune de la chambi-e des députés, prouvent que, depuis longtemps, j'avais porté mon attention sur les questions économiques et sociales qui excitent aujourd'hui de si vives préoccupalions; aussi n'ai-je aucun eflfort à faire pour me mettre au niveau des événements; il me suffit de rester fidèle à moi-même.

Les habitudes de ma vie entière témoignent de mon amour de l'ordre, de mon respect pour la propriété, pour la sécurité des personnes, pour les droits des citoyens. Je n'insisterais pas sur ce point, s'il n'était nécessaire de ne laisser entre nous aucune équivoque. Toutes les monarchies qui se sont succédé en France depuis cinquante ans, nojis ont toutes promis l'ordre et la sécurité. Aucune n'a tenuparole, car toutes ont abouti à une révolution. Nous de. ons profiler de cette expérience et renoncer définitivement à la forme monarchique dont le retour ne pourrait avoir lieu qu'au travers des plus tristes calamités. Une autre expérience encore a été faite: depuis longtemps on nous donne des libertés restreintes, limitées, entourées de précautions. On était principalement elfrayé de l'abus, et pour prévenir l'abus, on entravait l'usage. Ce système préventif n'a pas réussi. Ayons alors le courage d'aborder de front toutes les libertés et de les donner pleines et entières; liberté déparier, liberté d'écrire, liberté de s'associer, liberté de conscience, liberté d'cuiseignement. On ne peut en refuser aucune, car la République est la consécration de tous les droits et de toutes les libertés, dont la siudc limitation est l'obligation pour chaque citoyen d'exercer son droit et d'user de sa libert»' sans porter aucune atteinte au droit et à la liberlé d'autrui. Mais pour vouloir la République, pour l'afiermir, pour l'organiser, il faut être Républicain sincère et sau:? aucune arrière-pensée. Je ne distingue pas ici entre les républicains de la veille et ceux du lendemain; sous le régime de l'égalité, on ne peut reconnaître à personne le droit de se créer une position privilégiée; mais je demande que le soin de constiluer la République ne soit donné qu'à des citoyens qui la veu-

lent sérieusement, sans regret pour le passé, sans espérance coupable pour l'avenir, mais aussi sans esprit de réaction, sans appel à la violence, avec les garanties qui doivent assurer à tous les citoyens l'exercice régulier de leurs droits.

Telles sont, messieurs, les règles qui doivent diriger vos choix, telles sont celles qui dirigent ma conduite. Je me présente donc à vos sulFragcs avec la confiance d'un bon citoyen qui n'a jamais manqué à aucun de s(;s engagements et qui, dans plus d'une occasion, a manifesté son profond dévouement aux intérêts du peuple.

Sur ce mot de peuple^ je vous dois encore une explication qui ressort également de l'expérience du passé. La société, jusqu'à ce jour, a été fondée sur des distinctions de classes qui se plaçaient en dehors du peuple ou à la tête du peuple. Ces distinctions, établies parla loi ou par les mœurs, n'existent plus. Le peuple, c'est la nation entière soumise à V égalité et à la fralernité qui ne sont pas de vains mots écrits, comme une lettre morte, au frontispice de nos monum*^nts, qui ne sont pas non plus une simple prescription morale sans action sur la vie politique. Ces deux mots, égalité et fraternité, sont le principe et le but de la société nouvelle proclamée par la République. Ils doivent être la règle de conduite de tous les citoyens, le mobile du gouvernement, Timpulsiondu législateur, la base de notre ordre social. Nous devons tous concou'ir à celte œuvre longue et laborieuse qui consistera à faire pénétrer dans noUe législation et dans nos mœurs une égalité vraie, une fraternité sincère. Voilà le terme auquel nous devons nous eÛbrcer d'atteindre si nous voulons clore la révolution. J'ai la conviction très profonde que la fraude, que la mauvaise volonté, que l'hésitation même dans l'application des devoirs que nous imposent l'égalité et la fraternité, seraient une source de malheurs publics.

Craignons d'imiter les fautes de l'ancien gouvernement, qui s'est perdu par les efforts qu'il n"a pas cessé de faire pourescamoter ou fausser les principes auxquels il devait l'existence, et restons pénétrés de cette pensée, qu il n'y a de sécurité que dans la franche obs. rvatiD.i et dans le développement constant des principes sur lesquels est assis le gouvernement nouveau.

STOURM, ancien député.

Voir le journal la Paix, mars 1848.

PROCLAMATION

Le Commissaire du Gouvernement provisoire, convaincu que l'amélioration des mœurs doit marcher avec celle des institutions;

Convaincu enfin que les hommes les plus capables de bien remplir les places sont ceux qui ne les demandent pas ;

A l'honneur de prévenir ses concitoyens qu'il ne sera donné aucune suite aux demandes d'emplois.

Nîmes, mars 1848.

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