TEULON
COMITE CENTRAL
D'declions républicaines pour ledëpariemenlde Naine-et' Loire AUX COMITÉS RÉPUBLICAINS DU DÉPARTEMENT.
Messieurs,
Nous vous remercions cle la fraternelle adhésion que vous donnez à notre manifeslî», et du concours que vous nous offrez pour arriver à de bonnes et franches élections républicaines.
Notre comité se propose, avant tout, d'éclairer l'esprit public. Pourle nouveau monde dans lequel nous entrons, que d'abordla lumière se fasse ! Aussi, nous n'avons encore arrêté aucune candidatin^c. Nous vous engageons à faire de même, et à procéder avec lenteur et maturité à des désignations d'une si grande importance. Evitons les engagements personnels, les entrainemenis d'amitié et la considération étroite d'intérêts de localité, il s'agit du bien de la société tout entière; Ce ne sont donc pas des noms et des personnes, mais des idées et des principes qu'il faut maintenant présenter aux électeurs, et leur faire accepter de conviction, autant par intérêt que par dévoùment. Ils reconnaîtront mieux ensuite, parmi les hommes qui solliciteront leurs suffrages, ceux qui peuvent le plus solidement assurer le triomphe de ces idées et de ces principes.
Kt d'abord il faut s'attacher à persuader à tous, que si nous avons un gouvernement jDrovisoire de la République, il ne peut y avoir, pour tous les vrais amis (\r leur pays, de république provisoire. C'est ici le cas de proclamer bien haut la raison suprême qui domine la situation ; que le salut du peuple soit la suprême loi, à nos yeux, la république, c'est-à-dire le gouvernement de tous par tous et pour tous, était de droit; elle est aujourd'hui de fait. Elle seule, désormais, ])eut garantir la liberté, l'ordre et la paix. Nous l'avons, nous la garderons. Sur ce terrain, point de transaction, point de sous-entendu, point de réserve. Arrièr:' toute pensée qui ])réîendrait que c'est à l'Assemblée nationale à décider la question. \i\\c est tranchée, définitivement tranchée parla voix une, forte, irrésistible de la nation, spontanément ralliée autour du drapeau de la Répul)liqu<'. Plus de retour possibh», plus de dynastie, plus de pouvoir héréditaire ou à \ie; le gouverncnjcnt de la nation par elle-même, sans autre magistrature suprêin<r que. celh* que conlère temporairement une libre élection, avec la responsabilité j):ir{o»il et à tous les d(^grés. Quant à la forme à donnera notre Républitjue. c'est ui^o (|U(>stir)u tout entière réservée à l'Assendilée nationale.
C.eri l)i('n él.il»li. il sera facile de faire comprendic cpu' pour arriver à de bons
I choix, pour avoir vraimenl des représentants du peuple, il faut prendre des
j hommes qui ne puissent pas même être soupçonnés, d'une arrière-pensée anti-
i républicaine. Nous ne refusons aucun concours, mais nous ne consentirons à
aucune transaction qui compromettrait nos idées, et nous vous engageons à vous
tenir, comme nous, à cet égard, sur le pied d'une extrême réserve.
11 n'importe pas moins de bien persuader aux électeurs, (ju'en passant de
la monarchie à la répul)lique il ne s'agit pas seulement de chauf/er le iiow, mais
i la chose. Derrière la question politique, se dresse, bien autrement grande, la ques-
j tion sociale. Elle est immense; mais malheur à ceux qui croiraient qu'il estpos-
I sible de l'éluder! Il faut savoir, il faut surtout vouloir l'aborder, avec une sage
mesure, sans doute, mais aussi avec une ferme résolution. Elle doit se mouvoir
entre deux écueils également à redouter et à éviter. La précipitation impatiente
des esprits novateurs d'une part et de l'antre (c'est même là, suivant nous, le
i plus grand danger) l'inertie ou l'imprudente résistance des esprits conservateurs.
! Pour ces derniers, en cfTel, les questions que notre révolution a descendues sur
j le terrain de la discussion des voies et moyens, s'étaient jusqu'alors agitées bien
j au-dessus de leurs têles, dans des régions qu'ils traitaient hier de fabideuses et
I de chimériques. En comprendraient-ils bien aujourd'hui la réalité? Cependant,
à moins d'être aveugle , on ne peut nier qu'en fait de réformes sociales, il y a,
1 comme on disait naguère pour la réforme j^olilique ; oui, il y a (juehiue chose à
I faire, et nous ajoutons quelque chose, heaucoup même, doit être fait par l'Asseni-
I blée nationale, ou bien elle périra à la peine, mais nous avons, à cet éi;ard, pleine
i confiance dans l'avenir, si nous ne nous manquons pas à nous-mêmes. On peut
dire aujourd'hui que tout problème que s'est sérieusement posé rintclligence
humaine sera infailliblement résolu , mais il faut pour cela que tous les esprits
appelés à le résoudre s'en soient préoccupés, et qu'un représentant du penplr»
n'arrive pas à l'Assemblée nationale avant même d'en avoir compris l'énoncé.
Altachons-nous donc encore à faire bien comprendre que \i\dn'alcrnilc ne doit pas être un vain mot inscrit sur notre drapeau comme celui de charte-vérité sur le programme de rilôleî-de-Yille. Il faut que le dogme de la frateriiité ne soit | pas en nous une foi morte, mais se traduise au dehors en actes et en (cuvre. j Persuatlons-nous donc ])ien et persuadons aux autres, qu'avant tout, il s'agira pour l'Assemblée constituante de jeter les bases dln^tiliilions fraternelles; d'oiyaviscr le travail et de vivifier, par l'esprit noi'.veau, le principe de Vassociulion et de la solidarité i^nirii tous les enfants de la commune patrie. Nous n'avons cléjusquici associés et solidaires (jiic pour la misère et la souffrance, nous le serons désormais-aussi pour la jouissance du bien-être physique et moral. Tout cela se fera, car ce doit être un véritable progrès social, sans porter atteinte à la propriété et à la liberté individuelles, sans lesquelles le travail, seule source de la richesse, manquerait de cette activité spontanée qui est le plus puissant ressort de la vie industrielle et commerciale.
Yoilà les idées que nous croyons utile de populariser. Agissons tous dans celle direction et étendons de plus en plus notre sphère d'action. Il ne faut p.is s'endormir: ce serait une illusion de croire que ces élections populaires pourront être préparées et dirigées comme les élections précédentes, par de siujples influences personnelles. C'est à la toute puissance des idées qu'il faut ici recourir.
Les idées seules peuvent mouvoir et faire marcher de concert ces masses à Viastinct généreux et intelligent que notre République appelle à donner leurs suffrages. Pas de petits moyens, pas do voies détournées, tout au grand jour. Répandons des manifestes, des adresses. Causons, discutons dans nos comités et dans les réunions parliculitres. En un mot, faisons, par tous les moyens légitimes, de la prédication et de la propagande au profit de nos idées. C'est dans cet esprit que nous venons nous unir à vous avec la plus cordiale fraternité.
Signé : FàRRAN,
Président de l?i commission du comité central d'élections républicaine»
pour le département de Maine-et-Loire.
AUX ELECTEURS
DD