‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 128 sur 236 · DU CITOYEN LAGR\NGE · texte numérisé non relu

DU CITOYEN LAGR\NGE

Porté à la candidature de Colonel de la 6* légion

CITOYENS

A cet appel fraternel et spontané qui m'honore et me touche au cœur, mais auquel je ne m'attendais jias, voilàce que je réponds : ma profession de foi est écrite dans mon passé. Ma vie privée, je la livre à l'invesligation de tous, depuis l'âge de douze ans; à dater de cette époque, c'est à mon travail, à mon travail seul, que j'ai dû le pain de ma famille, et celui que nous avons partagi';. Ma vie politique : 1830 et 183/|. ; les rues de Lyon, la Chambre des pairs et les cachots de Doullens en témoignent. Ma profession de foi , je l'ai renouvelée le 21 février à la Réforme. Mes amis , ai-je dit , ce n'est pas nous qui porterons devant Dieu le poids du sang du peuple, s'il coule à flots au guet-apens des Champs-Elysées.

Mais, dans cette circonstance suprême, vojlà ce que doivent faire les vrais républicains, et voilà ce que je ferai.

Si un seul cheveu du peuple est touché, je me jetterai dans ses rangs , et je ne quitterai mon, fusil que mort, ou la République proclamée.

Le 23, ma voix criait partout la guerre sainte , et jetait mon nom aux échos innombrables de la police, ma tête à la guillotine de ses maîtres.

La nuit, le lendemain, le peuple a continué de faire son devoir... voilà tout.

Maintenant , il s'agit pour lui de consolider le sublime ouvrage dû à son héroïsme.

Il a scellé de son sang le principe sacré de la souveraineté du peuple : c'est à lui de veiller les yeux grands ouverts, et l'arme prête, avec amour et vigilance , sur ce dépôt sacré de sa conquête dont il est responsable vis-à-vis de la France , vis-à-vis du monde, vis-à-vis de la postérité.

Citoyens , les ennemis, audacieux hier , hypocrites aujourd'hui , conspirent sous le masque, «'en douiez pas.

Les armes puissantes et empoisonnées que votre longanimité chevaleresque a laissées à leurs mains vaincues, leurs mains parricides à la patrie, sont prêtes à les tourner contre son sein, prodigue de tendresse et de pardon...

Citoyens, serrons nos rangs. — Travailleurs de la charrue , de la pensée, du comptoir, de l'industrie honnête, comme de l'atelier, les mêmes sentiments nous lient, les mêmes soulïVances nous pèsent, les mêmes dangers nous mena-

cent, le même dévoùmont nous anime, la même victoire nous impose. ... Tous, nous voulons la sincérité dans la Constitution, la consécration de nos droits, l'intégrité de nos libertés, toutes les conséquences morales et matérielles que la France et l'humanité réclament et attendent de la révolution et de la République,

Liberté^ égalité, fraternité. Que cette sainte devise, écrite dans nos cœurs, comme sur nos drapeaux, soit enfin une vérité.

Et pour cela, que la garde nationale, cette sentinelle permanente et éclairée, à qui sont confiées les destinées de la Constitution, que la garde nationale soit également une vérité.

En résignant des titres et des fonctions révolutionnaires , par conséquent, momentanées, j'ai dit que je me conservais toujours au servic(3 du peuple souverain une tête de républicain sincère, un cœur d'honnête homme et un bras de soldat.

Et je répète encore, citoyens et soldats de 1^ république, je ne choisis j^as mon j^oslc là où le peuple m'a donné d'aller; je marche tôle baissée sans consulter mes goûts, sans prendre la resj^onsabilité de mes forces, dans la conscience de mon dévoùment et de ma bonne foi.

Soldats citoyens de la 6"" légion, je n'ai pas sollicité vos suffrages; beaucoup d'autres, plus dignes et plus caj)ables, appellent votre attention et votre choix ; mais si vous persistez à me mettre à votre tête, je ferai mon devoir. Je sais bien que vous ferez le vôtre. VIVE LA RÉPUBLIQUE !

Voir la Voix des Clubs du 22 mars 1848, p. 2, col. 1''p.

A MM. les électeurs' en dépaileiiient de la Creuse.

Messieurs, •

Le bruit s'élant répandu dans le département que je me désistais de ma candidature aux élections prochaines, j'ai besoin de protester, et le meilleur moyen de le démentir, c'est de faire appel à vos suffrages, si vous m'en jugez digne.

Je n'ai rien à renier de mon passé; j'ai la conscience d'avoir rempli jusqu'au dernier moment, avec zèle et indéjiendance , le mandat politique que j'ai reçu deux fois de mes commettants, et je serais heureux d'obtenir de vous le nouveau témoignage d'estime et de confiance que je sollicite. Je n'ai pas de profession de foi, mon passé répond de l'avenir.

Dans la situation grave et difficile où se trouve le pays , tout bon citoyen doit être sincèrcuKMit résolu à consolider l'œuvre de la dernière révolution populaire, en prêtant un concours freine et loyal au gouvernement républicain ; mais il doit aussi faire tout ses efforts pour le préserver de l'entraînement des mauvaises passions, si on était tenté de leur faire appel; ellc^ conduiraient la France à l'abîme, en portant atteinte à tous les principes d'ordre et de liberté sur lesquels reposent les droits de la famille et de la propriété. — Telle sera toujours la règle de ma conduite. Agréez, Ah^ssieurs, l'assurance de mon dévoùment,

F. RÉGNAULT, ancien député de la Creuse. Mars 1848.

LE COMITÉ ÉLECTORAL

Page 1