AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE ET AU PEUPLE FRANÇAIS
i6inarai84S.
As-tu été appelée étaut esclave ?
ne l'en fais point de peine : mais aussi si tu peux être mise en liberté, profitesen, St-Paui,.
Autrefois un concile s'assemblait pouF décider celte grande question , savoir, si la femme a une âme. La réponse affîrinative ayant passé à la majorité de trois voix, la femme fut, sur ce point, déclarée par le saint concile, la compagne et l'égale de Vhomme. Cet exemple, puisé dans l'iiistoire. nous engage à vous prier de vouloir Lien, aujourd'hui , vous prononcer sur cette autre question ; la fe.nme pciU-elle jouir des droits politiques et sociaux , et Scra-t-clle reconnue l'égale de l'homme, dans toutes les fonctions qui ne sont pas, de leur nature, l'apa-iagc exclusif de la force?
Nous ne doutons pas de la justice de voire décision, croyez-le bien. Messieurs, et nous ne saurions vous blâmer d'avoir attendu, pour vous prononctT, que la femme, appréciant d'elle-même l'événement providentiel qui doit changer la face de la terre, veuille prouver au monde qu'elle veut, plus que jamais, se rattacher au mouvement des grandes et saintes choses. Vous avez voulu qu'elle comprenne bien qu'un tel miracle ne saurait s'accomplir définitivement pour une seule moitié de l'espèce humaine. — Eh bien! comme ces saintes femmes qui croyaîent en la toute puissance du Christ avant d'en avoir eu des preuves, nous voici devant vous assemblées , représentant le peuple, car nous croyons que, si les motifs de notre foi pouvaient être œuvre d'édilication pour les femmes et les faibles de la terre, nous les exprimerions ainsi :
Vous dites que notre glorieuse révolution s'est faite pour tous; or, étaut la moitié du tout, comment ne croirions-nous pas?
Vous dites que l'application de la sainte devise : liberté, égalité, fraternité, sera appliquée dans toutes ses conséquences; or, notre part pouvant s'accroître en proportion de nos besoins, de nos aptitudes , comment ne croirions-nous pas?
Vous dites que cette sublime devise est une et indivisible; or, le reconnaissant comme vous, et reconnaissant, en outre , ([ue cliacun tle si's ternies l'est aussi, il ne peut, par conséquent, y avoir deux libertés, deux égalités, deux fraternités, donc, la liberté, l'égalité vl Id fraternité de l'homme soni l)ien évidemment celles de la femme, comment ne le croirions-nous pas?
Vous dites que la royauté est appelée à se transformer sur toute la terre, e que voici venir lero nouvelle, l'ère sacrée du peuple-roi; or, le peuple étant un composé des deux sexes, comme la royauté elle-même, pour que toutes les sympathies saient acquises à votre noble vœu, et qu'il soît destiné à franchir de toutes parts nos frontières à côlé ilu peuple-roi, il faut de toute nécessité proclamer le peuple-reine ou mieux encore les comprendre tous deux dans Je peuplesouverain' Le peuple, alors, étant vousqI nous, comment ne croirions-nous pas?
Vous dites que les incapacités qui existaient en France n'ôtenl point les droits d'inscription sur les listes électorales* or, cette déclaration nous donnant déjà droit à l'élection, comment ne croirions-nous pas?
Vous dites que les peines afïlictives et infamantes , les condamnations et les jugements, les cas de démenco^ constatés , peuvent seuls priver du preWiier des droits civiques; or, la qualification de femme ne rentrant d'elle-même, que nous sachions, dans aucune de ces catégories, et le droit électoral lui appartenant dès lors par toutes ces preuves, comment ne croirions-nous pas?
Messieurs, notre foi en vous, immuables de nous-mêmes, nous avons compris que l'idée de l'universelle Providence ne se manifesterait pas en vain.
Et, d'ailleurs, si la femme n'a fait défaut dans aucune des grandes choses; si, avilie par une position sociale dépendante et sans dignité ; si, privée de ressources, d'iiislruction, d'emplois divers et honorables, elle s'est relevée à ses propres yeux, si elle a su même s'illustrer par de nombreuses et notables exceptions qui lui présageaient et lui garantissaient a la fois sa valeur virtuelle et son avenir ; en un mot, si malgré tout, elle s'est associée aux gloires comme aux malheurs de la France, à ses héros comme à ses maflyrs, que n'aurez-vous pas à attendre d'elle quand ses fers seront brisés ! En associant désormais la femme à l'homme dans l'immense travail humain, vous compléterez l'œuvre de la créaliou, car ces paroles éternelles : // n'est pas bon que l'homme soit seul, retentissent douloureusement sur cette terre; ne vous y trompez pas , rien ne devait s'accomplir pour le bonheur général avant que fût créée socialement, j)arle souffle divin, la compagne de l'homme. De la solidarité des liens nouveaux et naturels que vous établirez entre l'hoinme et la femme, résultera, vicii doutez pas, le maritt^e par cxcelleucc, le mariage social, trinité matérielle, intellectuelle et morale dans le travail; ce mariage enfin, régénérateur du monde, pour lequel le Christ a dû dire avant tout : Ce que Dieu a joint ainsi, que l'homme ne le sépare point,
(Suivent de nombreuses signatures de femmes artistes, ouvrières, littérateurs, professeurset autres.)
A.NTOMmrA-NDRÊ'DE SAINT-GIELÈS.
Paris, le 16 mars 1848.
Voir la Voix des Femmes du 23 mars 1848, p. l^e.
Iii. du 20 mars, p. If, arl. l'rofossiuu de loi du journal, partie politique; et de TEducatioa des femmes, p. 2, PcUlion du 2 mars.
Id. du 25 mars, p. irc^ art. Constitution définitive de notre association fraternelle.
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERxMTÉ.