A MESSIEURS LES ELECTEURS
DU DÉPARTEMENT DÉ l OISE,
Beauvais, 16 Mars 1848.
Dieu et la Patrje.
M ESSIEURS ET CHERS CONCITOYENS
La France est appelée à nommer ses représentants. Son avenir, quel qu'il soit, dépend, après Dieu, des Elections qu'elle va fa're.
Si, comme nous le souhaitons avec l'ardeur que nous inspire un dévouement sans bornes, les Elections sont vraies, pures de toute cabale et de toute intrigue, de to»U esprit de parti comme de toute passion égoïste, la Roprésenlation nationale sera vraie aussi, pure de tout alliage funeste ou simplement dangereux , étrangère, par conséquent, à tout autre intérêt qu'à celui de la Pairie. La Constitution qu'elle nous donnera sera l'expression réelle , la satisfaction complète de tous les besoins de notre époque. Dans le cas contraire, la Représentation uationale, viciée dans son origine, nous donnerait une Constitution de même nature qu'elle, qui, impuissante à réaliser nos vœux les pluschirs, nous conduirait fatalement, un peu plus tôt, ou un peu plus tard, vers deux abîmes dans l'un desquels nous finirions par nous engloutir, le despotisme et l'anarchie.
Tout Français ami de son pays, tout Citoyen digne de ce beau nom, doit donc concourir, selon la mesure de ses forces, à procurer la sincérité , la vérité des Elections; l'indllférence , dans une circonstance aussi solennelle, serait un crime, l'esprit départi, une trahison. Tous, nous ne devons, nous ne pouvons avoir qu'un but, le salut de la Patrie ; qu'un moyen, la concorde et l'union.
C'est pour cela, Messieurs et chers Concitoyens, que nous venons \ous exprimer loyalement toutes nos pensées, vous révéler, comme à des frères, avec simplicité et franchise, ce que nous voulons. Nous pouvons nous tromper , mais nous sommes sincères; sans dissimulation aucune, sans arrière-pensée quelconque. Et si, clans l'aveuglement de la passion , quelqu'un osait nous accuser de mensonge et de duplicité , nous protestons d'avance , et de toute l'énergie de notre âme, contre celte odieuse calomnie.
Nous voulons, en premier lieu , la République. Autant que qui ce soit , nous avons en horreur le régime sanglant de 93; et si , contre toute attente, on essayait de le rcssusciterparmi nous., nous nous sentons assez de courage pour tout sacrifier, même nos vies, plutôt que d^ le souUrir. La vraie République, celle que nous aimons, "à laquelle no.is nous rallions complètement, c'est un Gouvernement régulier, pacifique, fonctionnant pour le bonheur de tous, dans la sphère d'une Constitution sage, à la fois juste et libérale. L'Amérique du Nord, grâce'à la France qui a si généreusement contribué à son émancipation, ne possède-elle pas, depuis plus de 70 ans, un Gouvernement semblable? Et le monde ne voit-il pas chaque jour, avec un sentiment d'admiration et d'envie, toutes les prospérités comme tous les progrès , naître , s'épanouir et mûrir, aux Etats-Unis, sous le soleil de la République?
La Monarchie, selon nous, a fait son îemps. Une institution qui, sous nos yeux, a succombé trois fois en moins d'un demi-siècle, peut être regardée comme ayant péri sans retour. D'ailleurs, le Peuple français, qui , aujourd'hui surtout, marche à la Icte des autres Peuples , est assez avancé en civilisation , nous le croyons du moins, pour n'avoir plus besoin que de lui-même dans la gestion de ses'allaires. Or, qu'est-ce que la République, si ce n'est le Gouvernement du Peuple et pour le Peuple?
Nous voulons, en second lieu, l'Ordre en tout et partout. Et pour cela, nous demandons, d'une part, la consécration des droits acquis conformément aux principes (Hernels de la justice, de l'autre, la réalisation des droits méconnus ou opprimés jusqu'à ce jour. Nous voulons, en conséquence :
1° Le maintien de la Famille, telle qu'elle est constituée aujourd'hui d'après les lois en vigueur, qui ne sont elles mêmes , au moins dans leurs dispositions fondamentales, que l'expression d'une Loi plus haute, l'Evangile;
2" Le maintien de la Propriété sous toutes ses formes, dans les Lettres et les Arts, dans les Services et OfTices, dans les Rentes et les Caisses d'Epargnes, aussi bien que dans les Immeubles , l'Etat ne pouvant en exiger le sacrifice que pour cause: d'utilité publique, et moyennant une indemnité suflisante;
S" La diminution et la juste répartition des charg(>s publiques;
h" L'amélioration du sort des Travailleurs , et cela , non d'après des théories impraticables, mais par des Lois équitables qui devront régler les droits des Ouvriers et des î\laîtres, sans porter atteinte à la liberté des uns ni des autres.
Nous voulons, en troisième lieu, la Liberté. Don sacré du ciel, elle fait la grandeur, la dignité du Chrétien et du Citoyen. Nul ne pourrait, sans crime, essayer maintenant ni jamais, de la ravir au Peuple Français; il l'a définitivement con-
qiiise; elle est le prix glorieux de son courage, de son intelligence et de son sang.
Nous demandons, en conséquence :
1° La Liberté de Religion et de Culte;
2* La Liberté de la Pensée dans toutes ses maniCeslations, la Parole, la Presse, l'Enseignement.
En ce qui touche l'Enseignement, nous.n'avons jamais demandé ia suppression de l'Université; nous ne la demandons pas davantage aujourd'hui. Non, que celte Institution subsiste; qu'elle grandisse même sous la protection de la République, nous n'y meltuons pas le moindre obstacle. Mais, en même temps, défenseurs des droits des familleset des droits non moins inviolables des croyan-' ces religieuses , nous demandons qu'il soit permis à tout Citoyen d'établir, sous la surveillance directe et immédiate de la République, des maisons d'éducation où les jeunes générations viendront puiser, avec l'amour de la France, la science et la vertu. Sans cela, point de liberté dans le domaine de l'intelh'gence, mais la servitude; sans cela, point de concurrence dans l'Instruction publique, et, sans concurrence, point de progrès ;
3' La liberté d'Association pour l'établissement, la conservation et la défense des intérêts religieux, politiques, littéraires, industriels, commerciaux, agricoles.
Un mot sur les intérêts agricoles. Le premier des arts par sa nécessité, le plus favorable au bien-être physique et moral des populations, l'art nourricier, l'Agriculture languit encore , à l'heure qu'il est , dans plus de soixante départements. Le sol, sur la plus grande surface du pays, reste stérile ou à peu près, et pourtant il renferme dans ses entrailles des trésors ipimenses. A 1 association à le fertiliser; à elle à tuer la tyrannie de la routine, à propager les méthodes perfectionnées dont nous sommes redevables à la science moderne, à multiplier dans nos campagnes les miracles du la production, à assurer partout, non-seulement le pain de chaque four, mais la riclu^sse et l'abondance.
Le Gouvernament provisoire annonce, à cet égard , des intentions généreuses et des vues élevées que la République ne manquera pas d'accomplir. L'Association, en lui prêtant un concours dévoué, réalisera, par son active coopération . des biens incalculables, dont le présent ne recueillera, il est vrai, que les prémices, mais dont l'avenir, tl un avenir prochain, possédera infailliblement la plénitude.
li'* Enfin, la Liberté en tout, sans autre limite que le respect des droits d'autrui, égale pour tous, enlière.pour tous, tout privilège, tout monopole étant ruine à toujours.
Telles sont. Messieurs et chers Concitoyens , nos pensées, nos vues, nos espérances. Aidez-nous, noiis vous en conjurons, à les réaliser. Formez, dans chaque canton, sinon dans chaque commune, des centres d'action patriotique et de légitime influence, des Comités chargés par vous de corres])ondre avec nous; cherchez et indiquez-nous des hommes probes , éclairés , dévoués, supérieurs aux misérables calculs de l'égoïsme et de l'ambition ; avec vous , nous examinerons, nous discuterons leurs litres à la Représentation nationale, et nous les présenterons ensuite avec confiance à vos suifrages, aux sullrages de ce Peuple
Français, que Dieu , par un coup à jamais mémorable de sa souveraine Providence, vient de faire l'arbitre de ses destinées.
Surtout, Messieurs et chers Concitoyens, gardons-nous de nous diviser, de nous isoler; il n'en faudrait pas davantage pour nous perdre elle pays avec nous. L'union, et l'union seule fera notre force ; l'union , et l'union seule assurera le succès des Elections, en envoyant à l'Assemblée nationale des Représentants dignes de la sublime mission dont no.us les aurons investis; l'union, et l'union seule fera le triomphe de nos eiforts et préparera une nouvelle ère de paix, de bonheur et de gloire pour la Patrie.
Recevez, Messieurs et chers Concitoyens , les sentiments de fraternité avec lesquels nous voulons être
Vos fidèles et dévoués serviteurs,
L'abbé GELLÉE, Curé de la Cathédrale.
FARIGNON, Juge-suppléant.
RAZIN, fds aîné, Licencié en Droit, Rachelierès-Sciences naturelles, Professeur d'Agriculture, au Mesnil« Saint-Firmin.
P. S. S'adresser , pour la correspondance, à celui des signataires ci-dessus que l'on jugera à jDropos de choisir.
Une liste de candidats à la Représentation nationale se prépare : nous atten" drons, pour la discuter et la clore, les renseignements que l'on voudra bien nous donner.
bEAUVAlS.— laiijnmene d'Ach. DESJARD^S.
AUX ELECTEURS
DU
FINISTERE.
Cédant à des offres honorables, je me présente à vous comme candidat politique. La seule pensée que j'ai pu être regardé par un grand nombre do citoyens, comme digne de soutenir les intérêts delà France dans notre Assemblée nationale, est pour moi une gloire préciuuse.
Aucun lien ne m'attache au passé; dans le présent, mon indépendance est absolue. Homme de religion et de liberté, j'accepterais avec recueillement le mandat qui me serait confié par vous; je le remplirais avec fermeté.
C'est le sort de la Patrie qui va sortir de l'urne. Avant de vous parler, j'ai Interrogé ma conscience; je l'ai trouvée forte et libre.
Je veux dans la République l'ordre et la paix.
Je veux la justice rendue aux travailleurs , la protection pour les chefs d'industrie, l'aide au commerce qui chancelle, la garantie pour les propriétés.
Je veux la révision sincère de nos lois de finances, la liberté de l'ens-'ignement, l'indépendance des cultes.
Je veux la vérité de l'émancipation politique, le vote débarrassé de toute influence, la sincérité grande et absolue de l'élection populaire.
La situation est nouvelle et imprévue. Electeurs du Finistère, vis-à-vis de cette situation , ce n'est pas une ambition égoïste et vaine qui peut pousser les hommes de cœur à se mettre en avant. Choisissez, car de votre choix dépend l'avenir.
Breton comme vous, je me présente à vous, et au lieu d'allonger un progranniie inutile, j'inscris sur mon drapeau le mot d'ordre des vrais citoyens : liberté pour tous, dévouement à la Patrie, triomphe de la paix publique.
Paul FÉVAL.