A UN ÉLECTEUR DU DÉPARTEMENT
C'est après une longue hésitation que je me décide à accepter la candidature à l'Assemblée nationale. J'ai été pressé, et je puis dire même sommé de le faire par plusieurs des différents collègues de mes travaux antérieurs. Serai-je accepté comme représentant de mon département? Je l'ignore. Un fait est certain , c'est qu'il n'y a chez moi, ni ambition personnelle, ni vain désir déjouer un rôle sur une nouvelle scène politique, ni intérêt de parti.
Je suis maintenant convaincu qu'il n'y a, pour un homme d'intelligence et de cœur, d'autre parti que de se rallier avec franchise et loyauté au Gouvernement provisoire et à la répubhquc sagement et honnêtement conduite.
Je veux donc : la liberté en tout et pour tous; ce qui comprend la liberté de conscience et des cultes, celle de la science et de la pensée , celle de la presse et de la parole, du domicile et du foyer domestique, celle du travail et de l'industrie, celle de l'individu et de la propriété, enfin celle de l'association et des réunions. J'adhère sans doute aux mesures répressives, que le bon ordre réclamera; mais je repousse les voies préventives qui n'ont tourné finalement qu'au profit des tyrannies de ministère ou d'antichambre, ou plutôt n'ont même , en fin de compte , réellement servi personne.
Sous d'autres rapports, je veux une moralité austère chez les dépositaires de la puissance publique, de larges économies dans les dépenses à la charge de l'Etat.
Je demande un respect absolu et sincère pour le droit de propriété ; mais je veux impérieusement aussi que, par des études et des mesures pratiques , on veille aux besoins du peuple, afin qu'il obtienne par le travail , par cette voie noble et tout à fait conforme à la véritable dignité humaine , les secours divers que tout homme est, comme chrétien, en droit d'espérer de ses frères, et comme citoyen, en droit d'attendre de ses semblables.
Voilà, monsieur et ami , ma profession de foi sans restriction , sans arrièrepensée, et j'ose garantir que j'y serai toujours fidèle. J'ai eu souvent l'occasion, comme avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation, de soutenir ces doctrines d'une sage et vraie liberté, et je ne paraîtrai pas sur un thécUre nouveau avec l'idée d'en faire l'abandon.
Vous pouvez communiquer cette lettre à tout venant, la rendre publique, si vous le jugez à propos.
Agréez, etc. MANDAROUX-VERTAMY,
Ancien avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation.
P. S, Je serai à Clermont à la fin du mois, et quelques jours après, à Auzon.
Puy, typ. deJ.-B. Gaudele.
AUX TRmiLLElRS DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE,
CITOYENS, Liberté, Égalité, Fraternité ne sont pas pour nous de vains tnots. Eclairés par de nombreuses déceptions, par la violation ou l'oubli des promesses qui ont précédé ou suivi toutes les révolutions auxquelles ils ont prêté leur force, les travailleurs ne doivent rien négliger pour obtenir, par l'exercice du suffrage universel, des garanties qu'il ne soit plus possible de leur enlever.
La plus efficace de toutes, c'est leur participation directe à l'œilTte de la constitution et les lois qui doivent en découler.
11 faut donc qu'ils envoient à l'Assemblée nationale des hommes dont l'intelligence, le caractère et la vie passée soient un gage certain de leur dévouaient à la République, c'est-à-dire aux intérêts des travailleurs, qui composent l'immense majorité du peuple.
Les candidats soussignés s'engagent à consacrer tout ce qu'ils ont d'intelligence, de courage et de dévoiiment à la plus sainte des causes, celle de ramélioration du sort des travailleurs, par tous les moyens que leur fournira l'organisation du nouvel état social.
Il est temps enfin que le peuple, véritable capital, capital positif de la produc tion, obtienne, en sa qualité de producteur, la satisfaction de ses besoins physiques, intellectuels et moraux.
Pour sortir triomphant d'une lutte électorale, dont tout leur avenir dépend, que les travailleurs abdiquent donc toutes les susceptibilités de candidatures entre les divers corps d'état, et qu'ils votent comme im seul homme.
Cela est d'autant plus important que, plus les candidats des travailleurs réuniront de voles, plus ils auront de puissance.
Travailleurs! sachez-le bien, unis vous serez invincibles; mais tie votts faites pas illusion, divisés vous êtes perdus ! 1 1
Courage donc, réalisons le faisceau, emblème de la République, en tïnissant nos volontés, nos cœurs et nos bras.
Travailleurs! ne vous croyez pas plus petits que vous n'êtes : le monde, entendez-vous, le monde a les yeux fixés sur vous, et vous avez en vos marns. non-seulement vos.pro2:)rcs destinées, mais les destinées de l'humanité toitt entière. Vive ta République !
Auguste ANTOINE, menuisier en fauteuils, rue Amelot, 28;
DORGAL, ouvrier facteur de pianos, rue Crussol, 20 bis;
CARTIGNY, tisseur, rue Ménilmontant, 73 ;
LAMOTTE, ferblantier-lampiste, rue Jean-Robert, 21;
DUR ET, mécanicien, rue de Chaillot, 51;
BOILEAU, labletier, rue des Couronnes, 76, à Belleville;
DAVID, tourneur en cuivre, rue Montmartre, 63;
GUANDMENIL, rue Hautefeuille, 12;
Charles ROUVENAT, secrétaire du citoyen Albert;
DELBARRE, instituteur, faubourg Saint-Denis, l/t9.
BLANCHET, avocat à la cour d'appel, rue Rougemont, 12.
Paris. — Typ. Schneider, rue d'Erfurth, 1.
Paris. — Imprimerie Lacour et Comp., nje ^Qufflot, 4«.