AUX HABITANTS DES CAMPAGNES
Citoyens,
Une colorie intéressée et peu généreuse n'ayant aucune idée de la fraternité qui doit à jamais unir les habitants des campagnes aux citoyens des villes , s'est plu à outrager indignement le caractère du citoyen AUBERT-ROCHE. commissaire-général du gouvernement pour quatre déf)arlemenls , el candidat de l'arrondissement de Vilry à l'Assemblée nationale.
Elle a représenté, dans la plupart des conmiunes, le citoyen AUBERT-ROCHE, comme un extravagant, un exalté, en un mot, comme un homme sanguinaire, et cela pour briser sa candidature ; la calomnie est l'arme des lâches, n'y croyez pas, citoyens !
Les membres du comité de Vitry, vivement indigné"^ des propos outrageants que cette coterie malveillante a tenus sur son compte, se font un devoir de vous faire connaître le caractère honorable de ce haut fonctionnaire.
Le citoyen AUBERT-ROCHE est bienveillant, grand , généreux, désintéressé, ami sincère de l'ordre, ardent défenseur de la propriété privée que la sueur de nos pères et la nôtre nous ont à jamais acquise ; lafermelé, l'énergie el le courage dont il a fait preuve, ainsi que l'honorable conduite qu'il tient dans les hautes fonctions dont il est investi , en sont jïour nous, soyez-en bien convaincus, la meilleure garantie.
Personne de vous n'ignore que Paris entier aurait été fier de le compter parmi ses représentants à l'Assemblée nationale, s'il n'eût lui-même manifesté le désir de tenir son mandat de ses concitoyens.
Adjoignons-nous donc aux arrondissements de Rheims, deChalons, deSaintc- Ménehould et d'Epernay, qui tous, satisfaits de la sagesse de son adniinistralion et de ses principes d'ordre et de conciliation , l'appellent de tous leurs vœux à l'Assemblée nationale.
Nous avons, citoyens, obéi à notre conscience, et fait une noble application du dogme de la fraternité, en vous signalant l'atteinte calomnieuse portée au caractère de notre concitoyen AUBERT-ROCHE; c'est de vous maintenant que nous attendons la consolation de voir la vérité triompher du mensonge et de l'odieuse calomnie.
Les membres du bureau, LACOMBE, président ; MARCÏLLY et OU DART, bâtonnier, vice-président; BOMPARD et DURAND, secrétaires; MORELET, trésorier.
Vilrv. — Inin. .1.> E. Il iraul!.
BULLETIN DE LA RÉPUBLIQUE
Liberté, Égalité, Fraternité.
MINISTERE
DE L'INTÉRIEUR
Paris ^ le il mars 1848.
N'en croyez pas les gens qui YODS disent que la République est impossible; — que le gouvernement républicain est impraticable.
Nulle forme de gouvernement, au contraire, n'est plus simple dans son organisation, — plus aisée dans sa marche.
Les fictions fondamentales de la monarchie enfantaient raille mensonges dans l'administration publique; — et chacuu de ces mensonges avait pour but de cacher le vol fait au pays tout* entier, pour le profit de quelques privilégiés, de quelques serviles favorisés.
Avez -vous jamais calculé ce que nous coiitait ce marchandage odieux qui s'exerçait de la base au faîte de l'administration? — ces ventes des suffi âges d'électeurs aux Réputés vendus, — et ces .ventes des députés aux ministres et à la royauté?
Que se donnaient donc les uns aux autres tous ces trafiquants?
— Avec quoi se payaient-ils mutuellement,—sinon avec l'argent du peuple?
Veut-on voir le plus clair résultat de cette vente publique, universelle, des richesses de la France ?
On n'a qu'à lire le rapport du Ministre des finances, Garnier- Pdges , qui expose en quel clat la monarchie a laissé les finances du pays.
Comment, en efîet, donner une direction juste et droite aux intérêts généraux , qui résument tous les intérêts, au travers de cet échafaudage de fiiponneries échtiloiiiieci)?
Cummetit tracer d'une main fi;riiio cl habile le plan des grandes voies nouvelles de communi-
cation qui devaient doubler et féconder toutes les forces productives, quand chaque lis^ne de ce plan éiait disputée, effacée , détournée, tronquée au gré des cupidités individuelles qui dirigeaient la politique?
Comment songer aux grandes innovations qui pouvaient introduire dans l'agriculture les capitaux et les mille ressources de l'industrie, quand les trésors de l'État se dissipaient en faveurs particulières?
Gomment donner aux institutions publiques de crédit qui auraient fertilisé et l'agriculture, et la petite, et môme la grande industrie, des ressources qu'on prodiguait à l'entretien d'une armée, réservée alors exclusivement à détendre une dynastie sans appui dans l'opinion Y
Si fertile que soit l'imagination de ceiixquicalomuientlaRépublique, parviendrunt-ils à combiner dans leurs rêves un système plus ruineux que celui dont le Gouvernement républicain reçoit le triste hériiacre?
Concitoyens , croyez-en votre raison plus que ces alarmistes absurdes.
La République ne vient pas bouleverser vos légitimes intérêts; — elle vient mettre fin à cet indigue pillage de la fortune publique.
Elle vient rendre la vie à toutes les grandes forces productives du pays, eu les mettant au service (les idées générales et des intérêts réellement nationaux.
C'est un régime simple, î.icile, où tout se Coordonnera |)aisibleincnt, sans bruit, sans secousse, p(jurvu que chacun la-se son devoir honnêtement, use de son droit avec courage et fermeté.
N'en croyez pas ceux quf-vont chercher dans l'histoire des souvenirslointains pour vous effrayer sur l'avenir.
A l'époque dont ils parlent, la démocratie était à peine dans les mots : elle est aujourd'hui partout : dans les intérêts, dans les idées, dans les mœurs.
La démjjcratie française était alors menacées par toutes les forces organisées. des vieilles monarchies féodales. — Aujourd'hui , c'est elle qui l'emporte dans l'équilibre des forces. Ciiai^ue jour ajoute un poids nouveau en sa faveur. Pour étouffer la liberté, si nous savons aux yeux des peuples soutenir son drapeau avec une calme énergie, il faudrait désormais des catastrophes impossibles : — le massacre de deux ou trois millions d'hommes sur les champs de bataille ; le meurtre violent de tous les hommes éclairés, non - seulement de la France, mais de la Suisse, de l'Italie, de l'Allemagne même!
Non ! l'avenir ne verra pas ces invraisemblables horreurs ! Le despotisme, en eiît-il l'audace, n'en aurait pas la force.
Paix au dehors.— Paix, liberté, prospérité au dedans, vnjlà donc noire avenir.
11 dépend de nous, de nous seuls-
Que chacun de nous le sente et élève son cœur au niveau de cette grande situation.
Que, grâce à l'union des citoyens dans le sentiment républicain , l'assemblée appelée à constituer le gouvernement définitif résunie en elle celte noble pensée, I'Égalité, qui résume, elle, tout le liavail inlellectunl et moral de la France dans le passé et sa tâche dans l'avenir !
En donnant son vote, chaque
citoyen va dispioser, pour sa part, du destin de la patrie.
Choisir des hommes qui ne sentent pas dans It^ur cœur cet instinct de l'égalité; — qui n'ont pas dans l'esprit cette notion claire de la justice sociale ; — qui rêvent des distinctions d'un ordre quelconque ; — qui , avant toute réflexion , (n'éprouvent pas l'ardent besoin de réunir, de concentrer toutes les forces de la France dans la fraternité ; ce serait de vos propres mains préparer la ruine de la pairie, les déchiremenîs des panis, la guerre civile peul-èlre !
Élire des hommes de privilège, emprunter aux régimes précédents les éléments f'iibles ou corrompus qui ont [irécipité leur chute, ce serait semer les seuls ferments de discorde qui soient désormais à redouter.
La concorde, au contraire, naîtra de l'unanimité du sentiment populaire et républicain.
C'est donc votre amour de l'ordre qui doit vous inspirer.
Vous'êtes libres; nul pouvoir opp:e>seur, nulle influence corruptrice ne viendra peser sur vous et forcer ou gagner vos suffrages.
Mais que cette liberté même vous fasse sentir l'immense responsabilité qui pèse sur vous. •
Vous îjIIcz disposer du sort , non-seulement de la France, — mais de celui de tous les peuples libres ou qui aspirent à l'cîre.
Vous allez décider si la F;ance a eu raison de s'affranchir de toutes les tyrannies et de toutes les co'Tuplions du passé, et d'offrir aux peuples son exemple à suivre.
Si , par malheur , vous vous laissiez aller aux frayeurs puériles que veulent vous inspirer les ennemis de la République :
— si vous écoutiez d'autres ir;flueuccs que celles d'un patriotisme courygeux, sincère, iuflex'ble ; — par celte faiblesse vous prépareriez à la patrie de longues calamités; vous déshonorerez à jamais aux yeux du monde la justice, la liberté, l'égalité, ces grands principes pour lesquels sont morts nos glorieux pères !
Vous déshonoreriez nos pères
eux - mêmes jusque dans leur tombe ! — Car vous auriez décidé qu'ils ont versé leur sang pour ne vaines illusions, et remué le monde pour courir après de puérils fantômes!
MM. les Ministres de la justice et de riniérieur ont décidé qu'aucune suspension ne serait prononcée directement à l'avenir contre la magistrature assise par les commissaires du Gouvernement. Si les plus impérieuses nécessités d'ordre public semblent à un de .MM. les commissaires commander la suspension, il s'adressera à M. le Ministre de l'intérieur, qui en référera luimême à M. le Miui>,lie de la ju>tice, chargé de statuer. Les commissaires n'ont d'ailleurs pas reçu le pouvoir de révoquer les magistrats.
Nous publions quelquesextraits d'une lettre au Peuple, publiée par George Sand.
Bon tT GRAND Peuple,
Un abîme où ton sang a coulé sépare ton existence d'hier de celle d'aujourd'hui. Hier, tu semblais écrasé, anéanti par la souffrance : la patrie était en danger plus qu'elle ne le fut jamais à l'aurore de notre République, car la honte pesait sur nous, et la honte est mortelle à cette nation qui s'appelle la France. Hier, luut semblait perdu, et ceux luèrats qui voyaient de près la puissance du mal, la croyaient établie pour l.jnglempsentO! 0. Rien peu triomphaient dans leur d'niencc;lteaucoup s'a'armaieut vaguement du lendemain; i'.ncun ne se sentait la force de te résister. La plupart de ceux mêmes qui pratiquaient cette puissance impie étaient plus près d'applaudir à sa défaite que d'aider à son triomphe; car Dieu en soit loué , brave P«?upl« , tes vrais ennemis ne sont pas nombreux : partout l'impie est un être d'txception, et celui-là seul qui ne connaît pas Dieu méconnaît son semblable.
Tu as été grand! tu es héroïque de ta nature ; ton audace dans le combat, ton sublirao mépris du danger, n'éionnent personne.
Personne au monde n'tùt osé nier hier les prodiges que les vieillards, tes femmes et les enfants savent accomplir. Mais , hier encere, toutes les aristocraties du monde avaient peur de toi, et, doutant de la clémence, pensaient qu'il fallait arrêter ton élan, ceux-ci par les armes de là violence, ctiix-là par les armes de Id ruse. Tu avais prouvé cependantdéjà que tu savais vaincre et pardonner; mais on avait accumulé tant de maux sur la tète, depuis dix-hurlans surtout, on avait laissé commettre tint de forfaits contre toi , qu'on regardait ta vengeance, sinon comme légilitne , la vengeance ne peut jamais l'èire, mais comme inévitable. Tu as prouvé une fois de plus au moude, et d'une manière plus éclatante qu'en aucun des jours consacrés par l'histoire , que tu étais la race magnanime par excellence. Doux comme la (jrce! ô Peuple, que tu es fort, pusque lu es si bon! Tu ts le meilleur des amis, et ceux qui ont eu le bonlieur d« te préférer à toute affection privée , de meure eu toi leur couliance , de le sacrifier , quand il l'a fdiiu , leurs plus intimes alfettion?, leurs plus cliers interéis , eiposé leur amour-propre à damerez railleries ; ceux qui uni prie pour toi et soulftMl avec loi, ceux- a sont bien récompenses , aujourd'hui qu'ils peuvent être tiers de loi, et voir ta vertu proclamée *ritin à U face du ciel. Venez tous, morls illuslres, maîtres et martyrs veiicrés, veutz voir ce qui se p'jsse maintenant sur la terre ; viens ie premier, ô Christ! roi des victimes, et , à la suite , le long et sanglant corlege de ceux qui ont vécu du souffle de ton esprit et qui ont péri daus les supplices pour avoir aime ton jieuide! Venez, venez en foule, et que votre esprit soit parmi