ELECTEURS DE L'AUBE
Troyes, mars 1848.
Citoyens ,
Dans les circonstances solennelles, mais critiques, où la révolution du 24 février place en ce moment la France, il est du devoir de tout Français , dans la mesure de ses forces, de dévouer à la mère patrie toute son énergie, toutes ses pensées, toute son intelligence.
Pour moi, je m'arrache sans hésitation à une retraite sanctifiée par la méditation et par l'histoire, et je viens vous dire : Pour l'édifice dont nos frères ont cimenté la base de leur sang, il est besoin d'ouvriers courageux et patients que ni la dureté du labeur, ni les dangers du dévouement ne rebutent, ne découragent. Eh bien! me voici. Mon bras, ma tète , mon cœur, tout est à vous. Laissez-moi monter à la brèche, et vous verrez si, parce qu'il est jeune , mon patriotisme en sera moins fervent, moins inébranlable.
J'aime la France avec enthousiasme , la Champagne avec piété. Dans tout ce que j'ai dit, fait ou entrepris, je n'ai jamais eu pour but que la gloire de la Champagne dans le triomphe de la France , et je voudrais que les sept représentants que le département doit élire, formassent comme une phalange dont le drapeau héroïque pût rappeler à tous que nous sommes bien les fils, les héritiers de cette génération qui, en 1792 et en 1815. a tout fait pour ensevelir dans nos plaines ces hordes étrangères dont les pas sanglants déshonoraient notre territoire.
Voilà dans quels sentiments, Citoyens, je m'adresse à vous. Quanta ma devise ne pressentez-vous pas qu elle est Caite de ces trois mots dont l'explosion vient d'ensevelir un trône : liberté, égalité, fraternité?
Je crois à la République, non pas avec cette foi turbulente d'un jeune homme pour qui toute opposition est bonne, parce qu'elle est le mouvement et le bruit mais avec cet enthousiasme réfléchi, avec cet amour recueilli d'un esprit consciencieux, hnbitué à s'interroger, à compter avec lui-même, et que l'expérience formée par l'étude historique, met en garde contre toutes les subtilités de l'imagination.
Je crois à la Piépublique, non pas comme cà un fait accidentel, comme au triomphe, au hasard d'une révohition ; mais comme au développement réguher , providentiel , inévitable d'une idée jetée par mon père dans le monde , et épanouie en moisson, après cinquante ans d'espérances déçues et de tempêtes !
La France a essayé de toutes les monarchies, et toutes lui ont paru odieuses, futiles ou méprisables : quel est l'audacieux ou l'aveugle qui tenterait l'essai d'une autre? D'ailleurs, laquelle offrir ? celle du génie , de la force? Demandez à Sainte-Hélène ! Celle du droit divin ? demandez à Goritz ! Celle qu'on est convenu d'appeler constitutionnelle ? demandez au roi qui vient de fuir en répétant à chaque pas dans sa course : Comme Charles X 1 comme Charles X! Oui, comme CharlesX, comme tout ce qui s'établit sur l'orgueil, sur les préjugés, sur les conventions factices ; comme tout ce qui n'a pas devant soi les droits éternels et imprescriptibles de la nature et de l'homme.
L'éducation du peuple a marché depuis 1790; il intervient aujourd'hui dans ses propres affaires , et il ne souffrira plus de spoliation. Aujourd'hui qu'il a vaincu avec une magnanimité chrétienne, avec une modération héroïque, il attend, mais il regarde et il veut qu'on lui donne le salaire de 1830 avec le salaire de 18/i8. A-t-il tort et sa défiance est-elle injuste? je ne le crois pas. Mais voyez, et c'est là surtout que pour moi la providence se fait visible. Le peuple , après avoir enseveli le trône sous ses Tagues, s'est arrêté tout-à-coup comme sous une main divine. 11 a compris que c'était assez pour manifester sa force , mais qu'aller au-delà serait une violence coupable et sacrilège. Gloire éternelle lui soit rendue l La République de 1848 n'aura pas la sanglante auréole de son aïeule ; ce qui pouvait être autrefois une douloureuse nécessité , serait maintenant une cruauté monstrueuse.
La révolution qui vient de s'accomplir est plus qu'un fait politique , c'est un fait social. Tous les peuples l'ont senti et ont tressailli d'aise , et les rois , s'inclinant devant cette majesté nouvelle, se hâtent de la saluer, pour n'en point être renversés. Elle a l'acclamation des penseurs; et les prêtres chrétiens s'associent pour la première fois à un mouvement dont le sens fraternel et religieux vient de leur être révélé.
Telles sont les raisons de ma foi. La République , comme je la veux , comme je la rêve, c'est celle dont Lamartine s'est fait le pontife , et sur le front de laquelle il a mis l'auréole de son génie. Ce qu'elle prétend , ce qu'elle demande , c'est la sainte égalité pour tous; c'est le pain du corps et de l'âme pour le peuple ; c'est le travail réparti avec mesure, c'est un peu d'air, un peu de repos à ces enfants, à ces femmes que nous étouffions dans nos manufactures; c'est la terre cultivée librement; c'est le commerce devenu probe; c'est la justice restant juste; c'est enfin tout ce que nous n'avions pas, quand l'égoïsme d'une dynastie et l'ambition de quelques hommes présidaient à nos destinées ; quand les intérêts matériels, excités et enflammés outre mesure, était le but et le mobile de toutes les actions humaines. Eh bien ! ce programme est-il impossible à remplir, et la République le remjDlira-t-elle ? Certes ! mais à une condition, c'est que les hommes auxquels vous allez remettre le droit de travailler à l'œuvre commune auront une foi sincère qu'ils pourront communiquer , et ne nourriront pas des regrets insensés ou des espérances dangereuses.
Ce qu'il vous faut, citoyens, c'est tout une milice jeune, mais mesurée dans son enthousiasme, forte, mais prudente, ne relevant que de vous , républicaine sans égarement, voulant la France organisée par des institutions libres, mais la voulant tout d'abord émancipée de la misère et florissante par son travail; car
le peuple peut se passer deux jours et plus de gouvernement régulier, mais ne saurait se passer d(.'u\ jours de travail et de pain.
Si vous croyez qu'un di vouement sans borne à Aotre cause, qu'une intelligence encouragc(î en mainles occasions par vos apj)laudissements , qu'une vie simple et sans ambition sont des litres sullisants à votre estime, citoyens , je m'olFre sans hésiter, assumant toutes les responsabilités quelcjue terribles qu'elles soient. Je suis pur de tout serment (même de ceux qu'on prête en se réservant l'occasion d'y manquer), je n'ai jamais rien servi, ri<'n trahi. Tenant au peuple par des racines profondes et respectables, je sens en moi le contre-coup de toutes ses douleurs. Enfant de ce pays, élevé, instruit par vous, je serais fier de recevoir un mandat qui me permît d'acquitter ma dette de reconnaissance
Forcé de j)arler de moi avec une sincérité qui exclut toute modestie, je me sens, par la hauteur de mes aspirations , par l'ardeur de mon zèle , sinon aussi capable, du moins aussi digne que (jui ce soit de vous servir. Je ne me dissimule pas l(;s dangers de la situation; ils sont grands , mais ils sont glorieux , je les adopte ; et j'irais avec moins d'empressement à l'assemblée, s'il y avait moins de périls à braver.
Louis ULBAG.
Ciloycus Eliidianls, Ouvriers, Gardes Mobiles.
Le citoyen Victor SCHOEbCIIER , sous-secrétaire d'Etat nommé par le Gouvernement provisoire au ministère de la marine cl des calonies, se présente à vos sullVages. *
Voici ses titres :
Fonrlateur du Journal le Peuple, rédigé parle citoyen Dupoly;
I''ond;«leur. aver son ami f.ediu-Rollin, dr la Réforme, jouvimA quia si puissamment contribué au triomphe de la cause ])opulaire;
Auteur de nombreux ouvrages sur la cause du peuple édités parle citoyen Pagnerre.
il a fait alFranchir cent mille de nos frères noirs des colonies françaises, qui vivaient sous le joug odieux de l'esclavage.
Votons donc pour le citoyen Scho-lcher.
]j. Descorps , l'iudianl en méd(*cine , mulâtre de la (>ua(lelou])e; (î. Durand, médecin de la (luadeloupe; Sainte-Ooix Loyseau , de la Guadeloupe ; Pilel. ouMier «Ixniste ; Rol)ert, ouvrier tailleur; l'elro/. , <'tu(iiant <mi médecine; G. lilagny , «'tudianf en droit ; Labadie. professeur au collège Hollin; Maréchal, ouvrier terrassier.
pAWf. — Imprimerie Lacotji et Comp., rue Soufllot, i%.
DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE
REPUBLIQUE FRANÇAISE
ÉLECTÏOIVS.
CHERS CONCITOYENS
Vous allez dans quelques jours exercer les droits que vous avez conquis, vous allez nommer vos Représentants à l'Assemblée Nationale.
C'est la Républiquo que vous voulez, car elle seule peut vous sauver , elle seule vous a rendu votre dignité d'iiomme et de citoyen. J'ose .ilonc me présenter a vos suffrages parce que j'airno la République , parce que je veux fermement son établissement et sa durée.
Pas de transaction avec les Rois en fuite , pas de Régence surtout, celte iliusio)f trompeuse d'un passé honteux et corrompu.
Républicain d'autrefois, je le suis et je le serai toujours.
Enfant de la ville, vous me connaissez tous; la plupart d'entre vous sont mes amis et mes camarades.
J'ai vécu obscur, mais dévoué an peuple. Médecin des pauvres, je ne suis comme eux qu'un laborieux ouvrier qui connaît leurs profondes douleurs, cachées si noblemefit; les misères que leur vertu supporte!
Quant à mes titres politiques, les voici : J'ai arboré, l'un des premiers, le drapeau tricolore en 1830 ; j'ai concouru à la défense de nos libertés , dans la rédaction du Vigilant el du Journal du Peuple.
Nommé à Paris Capitaine d'une compagnie , j'ai constamment répandu dans nos rangs les idées sacrées de V Indépendance et de la Fraternité.
Dans ces glorieux jours, j'ai concouru à la noble défense de nos libertés , et quand le peuple a pu se reposer, je suis accouru près de vous , chers concitoyens, pour consacrer, à vos intérêts, et mon ardent amour de la Patrie et mon dévoûment à la République
Pendant quelques jours le Gouvernement des Châteaux de Versailles et de Trianon m'a été confié , et j'ai fait tous mes efforts pour ne pas démériter de ses énergiques défenseurs.
J'ai visité, comme délégué du Citoyen Commissaire du Gouvernement, tous les établi ssemens d'inléréls jmhlics ; je connais tous les besoins de notre chère cité : sa prospérité sera mon but, et ma gloire serait de réussir. ' Enfin, chers concitoyens, je n'ai jamais rempli d'autre fonction publique que la mission qui m'a été confiée en 1833, lors de l'invasion du choléra. Je puis l'avouer et j'en suis fier.
D'autres auront sans»doute des titres plus élevés , mais nul ne voug aimera plus que moi.
Quant à ma devise , j'aurai toujours pour principes : la Justice , V Égalité et la Fraternité, I'Op.dre partout, le respect à la Propriété, le maintien de la Famille, la Liberté absolue de Conscience et l'intégrité des Droits de tous. Versailles, le 18 mars 1848.