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VIVE LA RÉPURUQUE! G. PLACE

Versailles. — Imp. de Dufaure.

BULLETIN DE LA REPUBLIQUE

Liberté, Égalité, Fraternité.

MINISTERE

DE L'INTÉRIEUR

No 4.

Paris, le 19 mars 1848.

Le Gouveriieiucnt provisoire au Iteiiplc fruuçaiai.

Citoyens,

A toiîs les grands actes de la vie d'un peuple, le Gouvernement a le devoir défaire ontendie sa voix à la nation.

Vous allez accomplir le plus grand acte de la vie d'un peuple : élire les représentants du pays, faire sortir de vos consciences et de vos suffrages, non plus un Gouvernement seulement , mais un pouvoir social, mais une constitution tout entière!

Vous allez organiser la Républiipie.

Nous n'avons fait, nou-, que la proclamer; portés (l'acclamation au pouvoir pendant l'intorrcgne du peuple, nous n'avons voulu et nous ne voulons d'autre dictature (jue celle de l'absolue nécessiié. Si nous avions repoussé le poste du péril , nous aurions été des lâches.

Si nous y l'estions une heure de plus (jue la nécessité ne le coinuiandc, nous serions des usurpateurs.

Vous seuls êtes forts !

Nous comptons les jours.

Nous avons liùte de remettre lu République à la nation.

La loi électorale provisoire que nous avons faite est la plus large qui, chez aucun peuple de la terre, ait jamais convoqué le peuple à l'exercice du suprême droit de l'homme, sa propre souveraineté.

L'élection appartient à tous sans exception.

A dater de cette loi il n'y a plus de prolétaire en France,

Tout Français en âge viril est citoyen politique. Tout est égiil et absolu pour tous.

Il n'y a pas un citoyen qui puisse dire à l'autre : « Tu es plus souverain que moi !»

Contemplez votre puissance, préparez-vous à l'exercer, et soyez dignes d'entrer en possession de votre i-ègne !

Le règne du peuple s'appelle la République.

Si vous nous demandez quelle République noas entendons par ce mot, et quels principes, quelle politique, (juelles vertus nous souhaitons aux républicains que vous allez éhre, nous vous répondrons : » Regardez le peuple de Paris et de la France depuis la proclamation de la République ! »

Le peuple a combattu avec héroïsme.

Le peuple a irionaphé avec humanité.

Le peuple a brisé l'anar-

chie dès la première heure !

Le peuple a brisé de luimême, aussitôt après le combat, l'armedesa juste colère.

Il a brûlé l'échafaud. Il a proclamé l'abolition de la peine de mort contre ses ennemis.

Il a respecté la liberté individuelle en ne proscrivant personne.

Il a respecté la conscience dans la religion qui! veut libre, mais qu'il veut sans inégalité et.sans privilège.

Il a respecté la propriété.

Il a poussé la probité jusqu'à ces désintéressements sublimes qui font l'admiration et l'attendrissement de l'histoire.

Il a choisi, pour les mettre à sa tète, partout les noms des hommes les plus honnêtes et les plus fermes qui soient tombés sous sa main.

11 n'a pas poussé un cri de haine ou d'envie contre les furtiities.

Pas un cri de vengeance contre les personnes.

Il a fait, en un mot, du nom de peuple le nom du courage, de la clémence et de la vertu.

Nous n'avons qu'une seule instruction à vous donner.

Inspirez- vous du peuple, imiiez-le ! Pensez, sentez, votez, agissez comme lui !

Le Gouvernement provivisoire, lui, n'imitera pas les gouvernements usurpateurs de la souveraineté du peuple , qui corrompaient les électeurs, et qui achetaient à prix immoral la conscience du pays.

A quoi bon succéder à ces gouvernements, si c'est pour leur ressembler! A quoi bon avoir créé et adoré la République, si la République doit entrer dès le premier jour dans les ornières de la royauté abolie! Il considère comme un de ses devoirs de répandre sur les opérations électorales cette lumière qui éclaire les consciences sans peser sur elles. Il se borne à neutraliser l'influence hostile de l'adnjinistralion ancienne, qui a perverti et dénaturé l'élection.

Le Gouvernement provisoire veut que la conscience publique règne! il ne s'inquiète pas des vieux partis ; les vieux partis ont vi(Mlli d'un siècle en troisjours! La République le convaincra, si elle est sûre et juste pour eux. La nécessité est un grand maître. La République, sachez-le bien, a le b^aheur d'être un gouvernensiî ia nécessité. La réflexion e.*t pour nous. On ne peut pas remonter aux royautés impossibles. On ne veut pas descendre aux anarchies inconnues; on sera républicain par raison. Donnez seulement sûreté, liberté, respect à tous. Assurez aux autres l'indépendance des suffrages (jue vous voulez pour vous.

Ne regardez pas quel nom ceux que vous croyez vos

ennemis écrivent sur leur bulletin, et soyez sûrs d'avance qu'ils écrivent le seul nom qui psut les sauver , c'est-à-dire celui d'un républicain capable et probe.

Sûreté, liberté, respect aux consciences do tous les citoyens électeurs ; voilà l'intention du Gouveinement républicain, voilà son devoir, voilà le vôtre ! voilà le salut du peuple! Ayez confiance dans le bon sens du [)ays, il aura confiance en vous; donnez-lui la liberté, et il vous renverra la République.

Citoyens, la France tente en ce moment, au trtilieu de quelques difficultés linancières léguées par la royauté, mais sous des auspices providentiels, la plus grande œuvre des temps modernes :

la fondation du gouvernement du peuple tout entier, l'organisation do la dé:nocratie, la république de tous les droits, de tous les intérêts, de toutes les intelligences et de toutes les venus !

Les circonstances sont propices. La paix est |)ossible.

L'idée nouvelle peut prendre sa place en Europe sans autre perturbation ([uc celle des préjugés qu'on avait contre elle. H n'y a point de colère dans l'âme du peuple. Si la royauté fugitive n'a pas emporté avec elle lous les ennemis de la République, elle lésa laissés iinpuiss.mts; et quoi qu'ils soient investis de tous les droits que la République garantit aux minorités, leur intérêt et leur prudence nous assurent qu'ils ne voudront pas eux-mêmes troubler la fondation paisible

de la constitution populaire.

En trois jours, celle œuvre, que l'on croyait reléguée dans le lointain du temps, s'est accomplie sans qu'une goutte de sang ait été versée en France, sans qu'un autre cri que celui de l'admiration ait retenti dans nos départements et sur nos frontières. Ne perdons pas cette occasion unique dans l'histoire; n'abdiquons pas la plus grande force de l'idée nouvelle, la sécurité qu'elle inspire aux citoyens, l'ctonnement qu'elle inspire au monde.

Encore quelques jours de magnanitnilé, dedévoùment, de patience , et l'Assemblée nationale recevra de nos mains la République naissante. De ce jour-là tout sera sauvé ! Quand la nation, par les mains de ses repré^sentants, aura saisi la République, la République sera forte et giaiide comme la nation, sainte comme l'idée du peuple, im[)érissable comme la patrie.

Les membres du Gouvernement provisoire,

Dupont (de 1 Eure). L.\maii-

TlNIi, MaRRAST , GaRMEU-

Pacès, Albert , Mauie. Le- DRU-RoLLix . Flocon, Crè- MiEL'X, (.ouïs Blanc, .Aiîago.

Le secrétaire général du Gouvernement provisoire.

Pagnef.re.

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