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LE CITOYEN THORÉ AU PEUPLE DE PARIS

Citoyens ,

La grande révolution sociale vient de commencer.

Hier, nous étions esclaves; aujourd'hui, nous sommes souverains.

Hier, malgré notre asservissement, nous avions le droit imprescriptible ;

Aujourd'hui, nous avons la puissance ;

Demain, nous aurons le fait;

L'ancienne société, gouvernée par la force, subissait le privilège et l'anarchie;

La République nouvelle , gouvernant par l'intelligenec, produira l'ordre et la justice.

Mais la jeune société républicaine est encore comme un martyr garrotté et percé de flèches. Les saintes femmes qui viendront arracher les flèches et parfumer d'huiles bienfaisantes les blessures du peuple martyr sont : la Liberté, l'Égalité, la Fraternité.

Qu'est-ce donc que celte République idéale que notre amour poursuit depuis si longtemps? Nos pères l'ont bien aperçue ; mais elle ne s'est point arrêtéeparmi

eux.

Comment donc consacrer les fiançailles de la Vierge adulte avec le peuple régénéré, devant Dieu et devant les Hommes, devant la Patrie qui espère, devant l'Europe qui regarde?

Le caractère saillant de la Révolution de 1848 est le socialisme, c'est-à-dire l'établissement de la solidarité entre tous les citoyens et dans tous les ordres de leurs rapports.

Ainsi, par l'éducation publique, commune et gratuite , les hommes doivent participer à l'intelligence et s'élever fous ensemble aux bonheurs de l'Esprit;

Par le suffrage universel, par la vie collective, par la liberté de la pensée et de l'expression, par toutes les communications publiques el privées, les citoyens doivent entretenir leurs sentiments généreux et s'élever tous ensemble aux bonheurs de la Vertu.

Par l'organisation du travail , par l'émancipation définitive de l'agriculture et de l'industrie , par l'augmentation des produits et la justice de la répartition, les travailleurs, profilant de la fécondité de la nature, doivent s'élever tous ensemble à l'aisance et à la Liberté. — A bas la misère et l'esclavage !

La grande œuvre de la République populaire, son œuvre originale et véritablement moderne, sera l'institution de la solidarité dans l'ordre économique.

Comment abolir le prolétariat et réaliser à la fois , parmi les travailleurs , la Liberté, l'Égalité, la Fraternité?

Aujourd'hui, l'immense majorité des hommes travaille en dehors de ses aptitude» et au-delà de ses forces, et consomme au-dessous de ses besoins, — tandis qu'une minorité imperceptible consomme au-delà de ses besoins , et produit , quand elle produit, en dehors de ses aptitudes et au-dessous de ses forces.

Ce fait actuel, résultant des lois monarchiques, est-il conforme à la justice?

Si, au contraire , on supposait un milieu social où chacun , travaillant selon ses aptitudes et dans la mesure de sa force, consommât selon ses besoins légitimes, la Liberté, l'Égalité, la Fraternité ne seraient-elles pas satisfaites?

C'est là le sens de l'avenir républicain.

La Révolution doit donc considérer les instruments de travail comme un moyen pour tous les hommes de se développer chacun selon sa nature. L'Etat, c'est-à-dire Tout le monde, a donc le droit et le devoir de socialiser pacifiquement la terre et le crédit, afin d'en assurer le bienfait à tous les citoyens de la patrie.

De même , la consommation n'est qu'un moyen de vivre. On ne vit pas pour consommer, mais pour se consacrer aux devoirs envers la patrie, envers la famille , envers soi-même.

Après avoir décrété la souveraineté du Peuple et la forme démocratique , l'éducation publique et la liberté de la pensée, la Constituante aura pour mission l'établissement de cette République sociale, une et indivisible.

Citoyens,

Ma vie entière a été dévouée à la Révolution.

J'ai lutté , par la presse , par la parole , par la conspiration , par la révolte , jusqu'au triomphe du Peuple le 2[i février.

J'ai fait des livres et des brochures révolutionnaires , et , après le prospectus d'un nouveau journal républicain, la Démocratie, j'ai subi un an de prison pour attaque à la royauté et aux lois iniques de l'ancien régime.

J'ai lait de la politique dans la Revue républicaine, de Dupont, dans le Réformateur, de Raspail, dans le Journal du Peuple, de Dupoty et do Cavaignac, dans \e Dictionnaire politique, de Garnier-Pagès , dans V Encyclopédie populaire, la Revue indépendante clla. Revue sociale, de Pierre Leroux, dans la Revue du progrès, de Louis Blanc, dans la Réforme, de Flocon et de Ledru-Rollin. J'ai lait de la littérature et de la critique républicaines dans tous les journaux où fut possible la guerre en faveur de l'Avenir.

C'est pourquoi le prolétaire intellectuel, l'ouvrier de la pensée, aspire à représenter le Peuple à l'Assemblée nationale , qui décidera du sort de la patrie.

Vive la République l

T. THORÉ, RÉDACTBVR DE LA Vraie République.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

Le Commissaire du Gouvernement provisoire dans le département du Rhône ,

Considérant que la perturbation qui existe dans les relations commerciales se lait sentir particulièrement dans la ville de Lyonetlcs-communes suburbaines;

Considérant qu'il y a urgence de parer autant que possible à la suspension du travail, d'ouvrir des chantiers nationaux pour les ouvriers sans ouvrage, et que les ressources ordinaires sont insuffisantes ;

Considérant que les mesures exceptionnelles qu'il importe de prendre à cet égard doivent s'appliquer à tous , et que les charges ^extraordinaires qu'il s'agit de créer doivent être supportées proportionnellement par les citoyens qui en ont été exemjDtés jusqu'à ce jour,

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