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A SES ELECTEURS

A sa Garde oalionale.

Une ère nouvelle commence : le mouvement accompli h Paris d'une manière, où l'on voudrait nier en vain l'influence d'une volonté providentielle, ce mouvement établissant en France la République, lance l'humanité dans une voie nouvelle. Mouvement qui tient du prodige, car amen.mt le bouleversement le plus inouï, il e«t colnio ; ébranlant toute l'Europe, il est pacilique. Le perfectionnement semble en être le but, l'amour et la fraternité en sont les moyens. Moyens moraux, but idéal! d'autres pourraient errer facilement dans l'emploi pratique de ces subiimes théories ; i^ais la France, avant la conscience de la ditïioulté ot la lorle volonté de la vaincre, la France, portant partout le flambeau de la vérité, remplira la sublime tâche que la Providence semble lui imposer, et entraînera à sa suite le monde étonné de sa course, ellrayé da l'abîfne qu'il aura à franchir. Il n'y a pas de doute, le monde est au bord d'un abîme, et la société humaine, emportée par le tourbillon de Février, doit marcher vers tous les perfectionnements ou risquer de périr dans l'abîmo d'une dissolution prochaine. Mais peut-on douter de l'issue de ce Iravad gigantes^que? Non, car le perfectionnouier.t repond seul aux vues de la création, tandis que la dissolution les combat, les arrête, les repousse. Cependant, la conviction, les intentions

j seules ne suffisent pas, et Ils individus ' comme les masses n'obtiennent le bien dont ils sont épris que par le t'^avail. le zè!e, la vigilance et des sacrifices proportionnés au but qu'ils veulent atteindre. Ici encore, la vérité est l'unique boussole qui doit régler la marche de la nation à fjui il e>i donné de régénérer l'humanité. C'est ccHie boussole que le gouvernement déchu a abandonnée ; il a fait fausse route, il a marché contre les sympathies et contre les intérêts de la France; il s'est heurté contie la destinée du pays, et il a péri. Le Gouvernement actuel, résultat de l'honneur national indigné, a rompu avec des errements qui blessaient tous les sentiments français. Aussi son premier pas a été dans une direction nouvelle ; il a fait connaître à l'Furope entière que la France ne maintiendra les rapports de bonne harmonie qu'avec « les puissances qui voudront, f comme elle, l'indépendance des nations et « la paix du monde. y>

H faut que ces deux conditions soient réunies pour être une vérité : sans la picmière. la seconde ne serait qi'un menso:ii;e odieux et atroce, elle ne lormerait que la paraphrase du mot cynique : c L'ordre règne à Varsovie. » C'est donc aux Electeurs, aux Gardes nationaux, a l'Assemblée nationale, à toute la France, chargée non-seulement des ses destinées, mais encore peut-être de

celle de l humanité entière, à constaler, par un voie solennel, les «Iruils impcescriplibies (les udlions in^lépcnJanles, qui/iipie courbé«;s nionienlimémenl sous le jong Je la con(]UÔle, et nutaniment de consl.tier les droits de la Pologne, ;inlique et fidèle alliée do la France. Volie Gouvernement, en dccrélani la ('oimalion d une Irgion polonaise, va aii-devani de vos désirs : aduplcz celte création par un vœu national, en cxpi imant au Gouvernement cpi'il a bien compris vos symftathies pour la Pologne.

Sans propagande contre l'absolutisme, ce qui est une (juestion d'iniéiieur, que la France et ses représentants s'élèvent hautement contre le joug de la conquêle, qui, véritable traiie d'esclaves, enlève a 1 homme non-seulement la libei té collective et individuelle, mais encore la fui et toutes les propriétés morales et mtellcctuelles. Si les mots inscrit-; sur les drapeaux de la France sont une vérité, si la fraternité est le nouveau lien des peuples, les hommes sont frères, et les nations sont gardiennes solidaiies de ce dépôt sacré.

Le gouvernen)cnt déchu, lui aussi, protesta souvent contre les attentats commis contre la Pologne; mais oubliant les instincts et les giands intéièls nationaux, il rechercha les bons rapports et l'haruionie avec ceux qui, av^c une audace inouïe, foulaient aux pieds l'indépendance des nations et la paix du n.onde. Gardes n<ilionaiiX, Electeurs et Elus de la giande nation, faites, par rexpres>iun d'une nàle volonté, qu'une p()liti(iuc faible ou aveugle ne puisse plus méconnaître la force de vos sympathies, de vos instincts cl des grands intérêts nationaux. Aloi'S la monstruosité de voir la France étieindrc la main sanglante des bourreaux de la Pologne ne se répétera plus. Une conduiie dictée par votre volonté, digne de la France, sera le meilleur eneourageiuent pour cette nationalité polonaise qui, nu pouvant ôlre appelée à une n^anlfe^lalion matérielle d'exi.>lence, vous demande, comme un droit, de la soutenir par tous li;s moyens d'une sympathie éncrgifjue, efïicace , et cependant conforme a la légalité du droit des gens.

Le devoir que vous avez à remplir envers la Pi»logne. e.-.t d autant plus impérieux, que c'est le seul moyen de la faire patienter, de l'empêcher de hure un nouvel ajipel aux armes, toujr.urs sanglant et jus(pi'à f)résent inutile. Auj.-.urd'hui même, la Pologne élecirisée par le mouvement sublime de la France , se prépare peut-être à quelque tentative inconsidérée. Un tel mouvement, mal combine, tenté sans accord, couvriiait de deuil la Pologne, et cependant il proliterait à la France, en in(]uiéiant ses enneim's. La France voudrait-elle jouir oisivement d'un si triste avantage? voudra t-elle exploiter le sang des Polonais? spéculer sur les larmes et les malédictions de toute une nation, avec le froid dédain du temps passé?

La spéculation sur le sang, dernier degré de I avilissement et de la corruption, ne pt-ut qu'être repou--sée avec indignation par la grande et généreuse nation française ; mais, en oi.tre, une telle conduiie serait contraire aux inléréis directs de la France; car dos efforts inutiles épuisant la Pologne, ses ennemis atteindrdient leur but, l'extermination de la nation polonaise. Ceux doue qui croient qu'elle les couvre aujouid hui , lui doivent plus que des phrases de sympathie, et surtout lorsque le moment si ra venu où cette Pt)logrie, loujouis opprimée, mais jamais abatiue, en ap[)ellera à une lutte suprême. A ce moment, se renfermer d.ins Je cercle ég( ïsle, chacun chez soi, chacun pour soi, selait lenier son drupeau, iaiie dédioir la France, avaiil que l.i pratique des grands principes (ju'elle inaugure ait illuslic l'aurore de sa régénération. 11 faut que la France ne l'oublie jamais, nouveau menibre de la société européenne, la forme républicaine de son gouveinement n'y sera longtemps que tolérée. La royauté de juillet n'a été admise que par l'eUVoi qu'elle inspira à son apparition, elïroi (jue jamais l'Euiope absolutiste ne lui pardonna, malgré toutes les concessions qu'elle lui lit depuis. Ce grand enseignemenl ne saurait être perdu pour la France actuelle ; elle ne peut oublier qu elle est entourée d ennemis, qui, s'ils ne l'attaquent pas, lui feront cependant une guerre sourde, mais qui n eu bcra pus moins uclive.

Pour n'y pas succombe»', il faut snvoir l.i soutenir et accepter franchement la haute mission qu'on exerce.

Fiançais, dans vos nouveaux et sublimes débats, vous ne vous oublierez pns, vous resterez fermes et imis; mais n'onbliez pas aussi la Pologne. Ce n'est pas seulement une nntion.'ililé, c'est un princi[)e, c'est le principe (le la fraternité, celui de l'indépendance des nations, que vous venez de pioclumer et que vous avez à défendre. Resiez-Iui fidèle'^, soyez viai-, aiilez par tous les moyens l'émancipation ;taci(iiiue, rmdépcndance de>< nationalité-;. Votre gloire, votre prospérité* et votre liberté en dépendent. Le joug qui comprime une naiionalilé quelconque sei ait toujours pour l:i France le glaive de Dauioclès, l'obligeant à no va(|uer à ses alT.iires (pie d'une main, à ne les suivre que d'un œil ; car l'autre main devrait rester sur la garde de son é[)ée, car l'autre œil devrait rester (ixé au-delà de ses fronlièies. M;iis en outre de cet intérêt matériel, il se [)asserail quelque chose de plus désastreux, si des prévisions pareilles pouvaient se réaliser : une nouvelle déce[)tion viendrait confondre les plus belles espérances du monde. Français, votre conscience ne vous le peraiellra pas;

1 la conscience du ppur^le fr.inça'S ne p^ot mentir- au monde entier; vous commencez un'* ère nouvelle, vous y ferez «nlrer l'humanité, f.a Pologne allenil rjonc avec ci>nfianre ré:ussiun ilu vœu par letiuel. [irocl-jm;int à la fiice du monde voire svo»p.iihie po'ir elle, vous exigerez de votre Gouvernement de veiller sur les intérêts de votre ancienne et (idèle alliée, en évoqtiant cette iinmensa qiie>.iion devant un iiibnual européen. Celte làch-; ilevieni aujouriThid beau coup plu< facile, depuis rpie le^ grands piincipesde libellé, proclamés ii P<iri«:, trouvent de si glorieux échos dans toute l'Allemagne. Ce grand peuple roinfiaiit les entraves iIg l'opp' cssiou in;érieuie. ne vomira pas IcNercer à l'exiérieur, et faisant respecter sa liberté et son indépendance, il la respectera aussi chez les Polunais.

Les traités de 1815 n'existent plus : la Fivmce est dimc en droit d'exiger l'établissement d'une loi internationale en h ni. orne avec la justice, avec les chaniieinciils et les progiës(pii s'accoinplisseuten tlir»)pe. \lt>rs elle pour ra jouir enîin d'une paix prospère, réelle et durable, car elle sera b;i>ée sur le bonheur et l'indépendance des peuples.

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