POURRAT ALOF
Ingénieur civil, Propriétaire rue des Francs-Bourgeois, 8 et 14.
Aux Electeurs du dcparleiuent de la Seîiie.
CITOYENS
Je viens vous demander une place à l'Assemblée nationale.
Une double tache est imposée aux RejM'ésentants de la France. Ils n'ont pas seulement à donner une forme définitive à la Républiqu3, ils ont à reconstituer la Société.
Ceux qui sollicitent vos suffrages cloivent doue s'expliquer sur ces deux problèmes.
En politique, voici ce que je désire :
Une Assemblée de Représentants sortie directement du suffrage universel. Un Conseil d'Élat chargé de la première discussion des lois et clioisi par les conseils généraux démocr^tiqiiiement reconstitués.
Un président temporaire, chef responsable du pouvoir exécutif, élu directement par l'universalité des citoyens.
Un pouvoir judiciaire inamovible, recruté dans chaque division par le concours des corps électifs et des tribunaux.
Je crois qu'une constitution basée sur ces principes rallierait l'assentiment de toute la France, ne laisserait aucun prétexte aux factions.
Tels seraient donc les principes que je chercherais à faire prévaloir ; maÎB quelle que soit la forme donnée à la République, je déclare que je respecterai la constitution votée librement parla majorité de l'Assemblée, que je pratiquerai loyalement, sincèrement, celte constitution ; que j'attendrai pour la juger, non pas l'expérience éphémère de quelques jours , mais l'expérience des années.
Car, à mes yeux , la constitution politique n'est et ne sera jamais qu'un moyen, un instrument.
Le but à atteindre, c'est le développement des intérêts moraux et matériels de tous les citoyens sans distinction de classes, car les intérêts de tous les citoyens sont solidaires.
Sur le but à atteindre, mes convictions sont entières, absolues , inflexibles. Je veux d'abord que les intérêts du coeur et de l'intelligence soient pleinement garantis.
Je veux pour tous la liberté sincère des croyances et de la pensée , La liberté sincère de la parole ;
La liberté sincère de l'Association sous la condition que nul ne se servira ni de la parole, ni de l'association contre l'honneur, la vie ou les droits d'aucun des
Je veux, par conséquent, Tentière liberté des cultes.
Conséquent avec moi-même, je veux que la société assure au travail sa juste rétribution, mais en lui maintenant sa liberté, sa moralité ;
Je veux qu'elle conserve au talent ses droits, car le talent, ce n'est autre chose que la siipi riorité du bon travailleur sur le mauvais, et cette supériorité est le résultat de plusieurs années d'étude, d'appUcation, de morahté ;
Je veux qu'cîllc conserve au travail des droits sérieux, que le gain de l'ouvrier soit réellement à hii , qu'il le puisse transmettre a ses enfants ; (^est^u ûom (luftravail que je veux la propriété héréditaire ; Contre ces bases nécessaires de l'édifice social , nul n'aura jamais de moi un vole direct ni indirect, jamais un acquiescement, même tacite.
J ai toujours pensé (pie l'iinpôl ne doit en aucune façon atteindre ce qui est nécessaire a la vie, et doit atteindre tout ce qui n'est pas indispensable dans une juste proportion. Si le syslènK; de l'impôt progressif -sUr les revenus n'est qu'une lornuile «l»- celte ])ensce , je l'accepterai sans tenir au mot; mais si sous ce nom ou sous tout autre, on veut arriver par un détour au communisme, je le repousserai de toutes mes forces.
Et maintenant, mes Concitoyens, si c'est bien là le drapeau que vous voulez faire porter à l'Assemblée par vos Pieprésentants ; quelques mots sur celui qui sollicite l'honneur de le défendre cn^otre nom.
Petit-fils d'un constituant, je suis resté fidèle ù l'esprit de nos pères.
Je pouvais m'aflVanchir de la nécessité du travail , j'ai tenu à l'honueur d'être quelque chose par moi-même.
Entre les professions, j'ai choisi celle qui me paraissait la plus indépendante et du pouvoir et du public, je suis entré dans la carrière de l'enseignement par le concours.
J'avais des relations avec une partie des hommes qui approchaient le pouvoir ; j'ai eu dans le pays légal une de ces influences qui se vendaient cher quelquefois.
Qu'en ai-je fait ?
J'occupe encore parmi mes collègues la position la plus modeste, je n'ai jamais obtenu, je n'ai jamais sollicité que trois faveurs ;
De ma compagnie de garde nationale l'honneur d'êlre son délégué.
Des autorités de mon arrondissement les fonctions gratuites et obscures de commissaire de bienfaisance et celles de délégué du comité local d instruction primaire.
Ceux qui m'ont connu , comme ami, ou comme maître dans nos lycées , comme camarade dans les rangs de la garde nationale, savent si j ai dévié un instant de la voie où doit marcher le citoyen d'un pays libre.
Ceux qui voudront lire mes écrits (1), résumé des études assidues et des observations d'une jeunesse sérieuse , sauront que je n'ai pas attendu la lumièrti des derniers événements, pour comprendre, pour défendre les vrais intérêts de tous , et jugeront si je suis capable de les défendre dans le poste élevé que je vous demande.
F. DUCELLIER, Agrégé d'histoire.
(1) 1. Essais sur quelques Questions sociales, 1847, publiés de nouveau en 1848. 11. Quelques mots sur les Relations du Capital et du Travail, 1848.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
jm^^^JZSiSL :aÊB2: