AUX ÉLECTEURS DE M MARNE
CITOYENS
L'honneur de représenter le département de la Marne, à l'Assemblée nationale, m'a été offert, je l'acompte non-seulement comme un honneur, mais comme un devoir.
Nommé par le Gouvernement provisoire Commissaire général pour les départements de la Marne, de la Haute-Marne, de l'Aube et des Ardennes, chargé de prendra toutes les mesures de salut public, de maintenir l'ordre et de faire triompher les princijDes réjDublicains ; cette haute position, eu me présentant a vos suffrages, exige quelques explications : je le dois, afin que les pouvoirs temporaires qui m'ont été confiés ne soient pas paralysés, afin que mes paroles et mes actes ne soient pas suspectés.
Le Gouvernement de Ja Fiépu]>Iique veut que la liberté des votes soit pleine et entière; il veut que la France constitue elle-même son Gouverneineut. Si la République a été proclamée, c'.est que sous ce mot se trouvent renfermés les droits de la Nation en général, et les droits de chacun, en pariicuLier; maintenant. Citoyens, c'est à vous d'organiser l'exercice de ces droits impivscriplii)les, inaliénables. Pas d'autiHî GouverneaBent que la République, pas d'autre& gouvernants que ceux qui seront choisis par vous.
Ce que le Gouvernement I provisoire vous demande aujourd'hui pour fonder la République, pour développer progressivement, régulièrement et avec o/y/ïv?, ces trois grands principes :
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
C'est d'envoyer à l'Assemblée nationale des hommes véritablement républicams, des hommes calmes, fermes et courageux.
Si vous m'honorez de vos suffrages, ne me considérez donc pas comme Com-
missaire général, comme investi de grands pouvoirs, mais comme un simple citoyen, comme un enfant du peuple, un enfant de la Marne, qui a voué son existence à la République.
Citoyens ,
Une profession de foi m'a été demandée non pour les Citoyens qui me connaissent, mais i)Our ceux qui ne savent pas qui jesuis. Cette profession, la voici : ce sont des principes et des actes.
Ce que je veux et ce que j'ai toujours voulu :
C'«sl la souveraineté du Peuple exercée par le suffrage direct et universel.
Le droit de réunion et d'association publiques, sans lequel la souveraineté du Peuple n'est qu'un mensonge.
la liberté de la presse, sans entrave, et la manifestation de la pensée, quelle que soit la forme, sous la responsabilité personnelle des auteurs.
La liberté des Cultes.
L'Éducation nationale, commune, gratuite et obligatoire.
L'incorporation et l'armement de tous les Citoyens dans la Garde nationale.
La répartition équitable de l'impôt, et l'impôt lui-même équitable.
Le j)rincipe de lelection introduit partout où il pourra être appliqué.
Le droit au Irr.vail,
L'orgaiilsaliou progressive du travail industriel et agricole.
Enfin, LE DROIT DE PROPRIÉTÉ, droit constituant de la Famille et de la Société.
Etconinie garantie de tous les droits, de toutes les libertés, de tous les principes, la s lidariié sociale.
Des ^rics.
En 183/i, dans le Procès d'avril, la Cour des Pairs m'a honoré de dix années de détention pour avoir tenté de proclamer la République, ,1e n'ai échappé à la prison qi.e par l'exil.
Après quatre années de ?éjonr en Orient, je suis rentré en France de par l'amnislie générale; pour y piopager les principes républicains, j'ai eu recours à la presse, au journal la Rélorme, je suis encore un de ses collaborateurs.
Enfin, au jour i\\i combat, aux grandes journées de Février, j'étais sur le champ de bataille, je remplissais mon devoir de citoyen. Dans ces jours de gloire et d'aîriirtion, car des Français s'entretuaient, si je ne revendique qu'un seul a<te c'est celui d'a^oil fiji évacuer les Tuile, ies, par-là d'avoir empêché reffusion du sang et terminé le comb; t.
Tels sent mes priiripes et quelques-uns de mes actes.
In denier mol, r;to\et)H,
Au nom du salut de la Patrie, choisissez des Républicains, songez qu'il s'agit d'établir une Constitution, de fonder la République, de constituer la Société par la EilxM l(', l'Égalilé la Fratei nilé, et surtout par tordre.
Comme Républicain, comme enfant de la Mari.e, par mes principes et par mes acirs. je sollicite vos suffrrges ; mais si vous connaissez un Républicain qui vaille mieux que moi, choisissez-le.
VIVE LA REPllRLlQUE! AUBERT ROCHE,
Commiêsaire général pourUs départencnlê delà J^'^arne, DautiMamc, A<.be et Ardenneê.
Tyt>. de Dorlu Deullia.
l^aris. — Imprimerift F,ACOUR el r;omp., rn<> Soufflot. 4 6.