CZ.UB DE I.A FRATERNITÉ
ancien Clul) de la Révolulion.
(ïMe au (ûï/û'^e'n Parrains! | Les Vice-Présidents,
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Le Cit. qui troublera l'Ordre sera exclu de l'assemblée.
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AUX ELECTEURS
DU
Département de la Seine.
Proposé et adopté à l'unanimité comme candidat à l'Assemblée nationale par le Club des intérêts du peuple, je ^iens, citoyens, vous faire connaître les principes qui ont fait adopter ma candidature.
01)li^'é de commencer par parler de moi, je le ferai en termes aussi courts que possible, afin de ne pas abuser de vos moments. Petit-fils et fils de cultivateurs, je connais les besoins de l'a^^aicultureet de ses travailleurs. A l'agriculture j'avais joint la profession de commissionnaire de roulage : cette seconde profession me mettait quotidiennement en rapport avec les différents chefs de ritidustrie, et m'a mis à même de connaître également leurs besoins et ceux de leurs ouvriers. Nous y reviendrons tout à l'heure.
Aux deux professions dont je. viens de vous entretenir, j'en avais ajouté une troisième qui ressortait d'une vocation toute particulière, celle dobserver les astres et pnncipalenienl ces météores ignés que vous voyez dans les belles nuits d (te parcourir le ciol en tous sens. Leur observation a exigé de ma part une longue suite de nuits sans sommeil, et lorsque arrivé à des résultats très importants pour la science, il m'a fallu de toute nécessité abandonner Aion établisseniciil pour venir à Paris m'établir avec ma famille afin d'y puiser les renseignenieiits qui me manquaient en province, je n'ai point hésité à sacrifier ma position de fortune acquise, à l'avaiicemenl des sciences. J'eus le bonheur, citoyens, (1 obtenir l'appui des savants et le suffrage des membres de l'Institut.
l-itovcns, des l'âge de seize ans, j'ai été par ma position particulière mêlé aux discussions politiques. J'ai pris part aux travaux des comités électoraux et ai contribue pour ma part à envoyer à la chambre des députés de l'opposition la pins avanrre. Je pourrais vous citer des actes qui vous prouveraient que dans Dieu ties circonstances j'ai fait preuve d'une force et d'une indépendance de ' .'ïacl( re peu (ommune. Mais comme il s'agit de moi, je vais passera des objets Miii nous iMlcrcsscni ir.us. 'J i J
^>n nous a pari.-, rjiou'ns. de faire proclamer la République par l'Assemblée
nationale. La République n'a pas besoin d'être proclamée, encore moins d'être reconnue. La sanction de la République a été gravée d'une manière ineffaçable sur les barricades de février. Les élections sont faites de par la République. Nous li'avons donc plus à nous occuper de sa proclamation ; puisque c'est un fait accompli, je vous entreliendrai seulement de son organisation.
Il faudra mettre en tête de la Constitution la consécration des droits de l'homme et du citoyen. Ces droits «sont distincts, puisque les uns regardent la liberté naturelle de l'homme et les autres la liberté du citoven qui doit toujours être en rapport avec les lois imposées a la conservation de toute société.
On décidera aussi, citoyens, s'il est nécessaire de créer deux cliambres • l'une sous le nom de Sénat ou autre dénomination ; l'autre sous le nom de Chambre des lieprésenlants delà Nation. Sur cette importante question, mon opinion est celle ci: pourquoi instituer deux chambres qui ne peuvent être que le produit de l'élection du peuple ; ce serait donc un double emploi. En d'autres termes est-ce l'aristocratie qui nommera le Sénat? il n'y en a plus. Puisque nous sommes tous une seule et même famille composant un seul et même peuple, ce serait donc, comme je Tai dit, une superfluilé. par conséquent un embarras, passezmoi le mol, un bâton dans la roue. Comme je veux, par conviction bien arrêtée que le pouvoir gouvernemental n'éprouve jamais d'obstacle dans sa marche, je
demanderai de n'insérer dans la Constitution que l'existence d'une seule Chambre.
Maintenant, citoyens, j'arrive à la composition du pouvoir exécutif. Les uns parmi vous, veulent un consul ou président de la République, parce qu'ils pensent que ce magistrat élu par l'Assemblée nationale pour trois ou quatre années consoliderait le pouvoir exécutif en le mettant à l'abri des oscillations de la majorité de la Chambre des représentants. Cependant beaucoup d'autres craignent que le président ou consul ne veuille dans certaines circonstances données usurper le pouvoir exécutif et en user tyranniquement envers ses concitoyens. Quelques-uns d'entre vous, pour plus de sûreté, désirent confier ce pouvoir exécutif à trois ou quatre membres ; je ne crois pas, citoyens, ce svstème convenable, et pour ma part je ne donnerais jamais la main à une pareille création. Car l'un souvent voudrait une chose, l'autre en voudrait une autre. D'ailleurs pourquoi mettre trois ou quatre citoyens pour exercer le pouvoir exécutif quand un seul suffît à la besogne ; ce serait, comme je l'ai déjà dit, se créer des embarras et enrayer le char gouvernemental.
En conséquence de tout ce qui vient d'être dit, je vais vous proposer, citovens, un mode de délégation par l'Assemblée nationale au pouvoir exécutif, qui ralliera, je le pense, l'opinion de la très grande majorité des citoyens. Que l'Assemblée nationale délègue ce pouvoir à un citoyen sous le nom de présid(>nt du conseil des ministres, qu'il soit tenu de prendre ses ministres dans le sein des hommes quiaient la sympathie delà majorité de l'Assemblée nationale, sans toutefois lui désigner ou lui imposer des choix qui entraveraient sa politique et la marche du pouvoir. Le président du conseil des ministres ainsi élu, s'il avait perdu dans l'intervalle des sessions la confiance de l'Assemblée nationale, se verrait remplacé au début de la session de l'Assemblée par un autre président, et l'équilibre serait ainsi rétabli entre le peuple et le pouvoir exécutif sans perturbation aucune.
La liberté, c'est le libre arbitre laissé à chaque citoyen de suivre et d'embras-
scr la profession qu'il aura cru le plus convenable à ses goûts, à ses intérêts particuliers, en un mot, à ses forces morales et physiques, sans jamais dépasser la j
limite de la licence. . „ , \
L'éffalilé, c'est la vaste carrière ouverte à tous les talents plus ou moms élevés; I à toutes les' aptitudes, ayant tous le même point de départ, qu'on soit plus ou j moins riche. Pour arriver à ce but, que l'obligation de l'éducation soit décrétée, et qu'elle ne cesse jamais d'être surveillée par les inspecteurs du Gouvernement ; que les inspecteurs indiquent au Gouvernement les sujets qu'ils auront trouvés j dans les écoles primaires, remplis des qualités naturelles, et qui, développées ! dans les écoles spéciales, leur fourniront le moyen de rempHr des fonctions si | hautes qu'elles soient ; et les citoyens rendront alors les services qu'on est en | droit d'attendre des qualités naturelles dont ils auront été doués. En un mot, j que les charges et les profits de la société soient toujours répartis avec la plus | entière égalité. j
La fraternité, c'est l'accord qui doit toujours régner entre tous les citoyens, ! et qui seul est capable de leur imposer les plus grands sacrifices, même ceux j d'une conviction politique personnelle, qui ne serait point en rapport avec les | opinions professées par la grande majorité de leurs frères. C'est cet accord, qui j doit nous porter à nous aimer, à nous aider et à nous secourir les uns les autres, ainsi que l'a si bien dit le Christ. '
Je vicms vous signaler en passant les embarras que se créent les diverses indus- j tries, qui, mieux avisées, s'éviteraient souvent à elles-mêmes des malheurs, et aux ouvriers des moments de détresse. I
Une industrie nouvelle vient-elle de se créer dans un centre de fabrication, i aussitôt qu'elle est en voie de prospérité, les fabricants, par de forts 2:)résents, | encouragent le déplacement d'une masse d'ouvriers qu'ils attirent à eux. Tout \ va bien tant que les débouchés subsistent, mais aussitôt que les demandes se ralentissent, les producteurs, au lieu de ralentir leur fabrication, la continuent 1 avec la même activité, parce qu'ils espèrent que dans deux ou quatre mois au ■ plus tard les demandes afflueront de nouveau. C'est un grand tort d'en agir ! ainsi, mais ce n'est pas le seul qu'on peut leur reprocher ; ils aggravent encore j la situation anormale en diminuant le salaire des ouvriers, quelquefois des trois 1 quarts de ce qu'il était avant. Je vous le demande, citoyens, si cette conduite i est selon les lois de la prudence pour les maîtres, comme pour les ouvriers. ]
Voici, au contraire, la conduite juste, équitable qu'il faudrait tenir, i.c maître ' dirait à ses ouvriers: je suis obligé, vu la modique somme des demandes qui [ m'arrivent, de réduire ma fabrication, afin de ne pas encombrer mes magasins, car si 'y- continuais, il i)Ourrait nous arriver aux uns et aux antres quelques cataslro- I phes qui nous priveraient, moi de mes moyens d'exécution, vous de vos moyens d'existence. Il importe au plus haut degré que nous obvions à ce double inconvénient. Je vous payais à raison de cinq francs par journée comptant l!2 ou 1/t h(Min's de travail, maintenant, vous serez toujours payés sur le même prix de la i journée, mais seulement proportionnellement au nombre d'heures que je pourrai vous occuper. Je vous le demande , citoyens, si celte conduite ne serait pas mille fois préférable à celle suivie jusqu'à ce jour, et qui, dans un temps donné, | nous jette sur le pavé des milliers d'ouvriers en détresse qu'il faut bien nourrir.
Cet état de choses finit souvent par être aussi fatal aux maîtres qu'aux ouvriers.
J'ajouterai maintenant une dernière considération , c'est qu'il faut que les centres de fabrication qui ont l'habitude de tel ou tel genre d'industrie suivent avec le plus grand soin les progrès ou l'extension qu'on peut donner à leurs produits habituels dans d'autres pays , parce qu'ils doivent toujours être prêts à modifier ou même à changer leurs industries pour ne pas être exposés, eux et leurs ouvriers, à une ruine complète dont ils ne pourraient jamais se relever.
Il faut maintenant, citoyens, s'occuper de l'agriculture, notre mère commune. Le salaire des ouvriers des champs est-il en rapport avec leurs besoins? 11 faut bien s'avouer que non. Les plus habiles d'entre eux ne gagnent souvent que vingt-cinq francs par mois, et ils ont aussi très souvent à nourrir une femme et quelquefois six ou huit enfants. Pourquoi ce modique salaire? Parce que les propriétaires ou fermiers ne connaissent pas leurs véritables intérêts. Pour que le travail que vous confiez à un ouvrier quelconque soit bien exécuté, il faut que vous le choisissiez convenable par ses capacités aux fonctions auxquelles vous le destinez. Une fois ce choix fait et éprouvé, ne craignez pas de donner à cet ouvrier, à cet autre vous-même qui vous remplace dans le travail qu'il vous est impossible de remplir, un salaire en proportion des services qu'il vous rend ; par ce movea vous l'associez de fait à vos travaux, il y prend intérêt comme s'ils étaient les siens, et votre produit double vous récompense bien au-delà des sacrifices que vous avez cru vous imposer. Dans une exploitation d'agriculture, un seul hectare de terre vous remboursera de la somme que vous aurez employée à rémunérer convenablement les ouvriers, depuis le jdÎus mince emploi jusqu'au plus élevé, et le restant de l'exploitation sera tout bénéfice pour le propriétaire ou fermier, et lui donnera par conséquent plus d'aisance.
Tous savez, citoyens, que toutes les bonnes terres sont entre les mains des cultivateurs cl déjà très divisées par le nombre immense de propriétaires qui les possèdent, ce que je suis loin de regarder comme un mal. Je vous fais celle seule remarque, citoyens, pour vous faire comprendre combien la tâche du (iou>ernemenl qui devra s'occuper des défrichements, des dessèchements, des reboisements, en un mol, de tous les moyens à faire rendre au sol tout ce que nous devons en espérer pour notre plus grand avantage, sera immense. En efl'el. il ne suffit pas, comme beaucoup d'entre vous le croient, de mettre la charrue, la pioche ou la bêche dans un terrain quelconque pour lui faire produire à souhait tout ce qu'on désire. Je vous ai fait voir que toutes les bonnes terres étaient occup»'es, qu'il ne restait plus que les mauvaises. Pour rendre ces terres très bonnes, il faut beaucoup de temps et surtout beaucoup d'argent. Car il faudra dépenser pour bâtir les fermes, nourrir les cultivateurs, fournir des engrais, des nourritures pour les bestiaux, et cela, non pas pour une année, mais, le plus souvent pour dix ou quinze années. Ce sera donc avec le plus grand soin que le Gouvernement devra procéder, et, pour réussir, consulter plus souvent les hommes pratiques que les tlu'oriciens, car poin' qu'une fondation quelconque dure, il faut que la théorie s'allie avec la pratique.
Je vais vous entretenir, citoyens, un moment de l'Algérie, celle terre déjà arrosée de laiîl de sang et d'argent; il Aiut que le gouvernement s'en occupe sans relâche et lui procure les moyens d'une bonne et solide colonisation. Pour arriver
cet utile résultat, il importe que le gouvernement ouvre un livre d'inscriptions dans chaque arrondissement, où tous les cultivateurs puissent se faire inscrire. De cette manière, quand on en connaîtrait le nombre, on les ferait passer en Algérie suivant qu'on aura eu le temps de leur assigner le canton et le village où on devra les installer. Il faudra aussi, pendant un certain temps, leur faire quelques avances, soit pour leur procurer les animaux nécessaires à leur exploitation et à leur nourriture, avance qui serait bientôt remboursée à l'Etat. En agissant ainsi, dans un temps plus ou moins proche, nous aurons deux à trois millions de colons en Algérie; alors elle pourvoira elle-même à sa défense contre les attaques extérieures, et'nous assurera la paisible jouissance d'étendre notre commerce dans l'intérieur de l'Afrique qui est ouvert devant nous, et nous assurera également la paisible jouissance de la Méditerranée, non pour nous en faire un avantage exclusif comme l'Angleterre l'a si souvent tenté, mais seulement pour nous en assunr'la libre jouissance, ainsi qu'à toutes les nations amies et alliées de la République. .
La politique extérieure devra également appeler toute 1 attention de vos législateurs car il faudra sans cesse surveiller les intentions des puissances qui nous avoisinent, examiner si leur progrès dans la pratique de la liberté et dans la fraternité des peuples est suffisant pour nous garantir de leurs attaques sourdes ou patentes, être toujours prêts soit à traiter franchement avec eux, ou même prendre l'initiative de l'attaque une fois que nous aurions acquis la conviction bien certaine de leur désir de nous attaquer lorsqu'ils croiraient l'occasion favorable de le faire pour eux avec profit. Que les nations qui nous avoisinent sachent bien que c'est notre désir de n'intervenir chez aucune d'elles, à moins que leurs peuples n'aient réclamé, au nom de leur émancipation, pour jouir des libertés qui ppartiennent au genre humain tout entier, notre appui soit moral ou physique, suivant l'opportunité, et qu'ils nous aient donné par la force de leur lutte la connaissance de leurs désirs et la ferme volonté de tout sacrifier pour y parvenir; que nous aurons toujours l'œil ouvert sur leurs desseins secrets ou avoués, et que, prompts comme l'éclair, nous saurons, en les frappant à temps, les punir de leurs projets liberlicifles.
(iilovens, unissons tous nos efforts pour que notre belle République soit, par les lois immortelles dont nous avons le désir de la doter, un exemple offert à tous les peuples, et qu'ils aient le désir sincère de nous imiter et de nous demander dans un jour qui, je l'espère ne sera pas trop éloigné, d'établir entre tous les peuples une sainte alliance dont lt3 congrès siégerait dans notre belle ville de Paris, et que dans son sein, si laborieux, se discutent et s'adoptent toutes les lois nécessaires au bojiheur du genre humain. Pour arriver à un tel résultat, ne suivons pas les nïaximcs aristocratiques et oligarchiques, mais bien les maximes toutes républicaiin's et démocratiques qui veulent, qu'au lieu de diviser pour régner, nous nous réunissions pour gouverner.
COULVIER-GRAVIER,
Administrateur du bureau de bienfaisance et président de la commission des subsistances du douzième arrondissement.
31, rue de l'Est.
De l'imp. (i<: Crapclet, rue de Vaugirard, 9.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Le Citoyen Philippe-Auguste JEAAROK