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AUX RÉPUBLICAINS DE LA SEINE

CITOYENS

Je me présente à vos suffrages.

Je dois donc vous dire d'où je viens, oii je vais et qui je suis.

Je suis fils d'ouvriers; mon grand-père a monté à l'assaut de la Bastille, et , peu de temps après, il est allé mourir dans les défilés de l'Argonne, les deux cuisses emportées par un boulet.

Mon père, encore apprenti, orphelin abandonné à quatorze ans, a été accueilli parmi les volontaires de la République, et, jusqu'à 1815, il a été soldat.

Pendant sept ans, il a été prisonnier de guerre sur les pontons anglais. Mon enfance a partagé sa dure captivité. 11 m'a appris son métier dans les prisons de l'Angleterre; il m'y a voué au travail, aux bonnes mœuRS, à l'amour de la pairie, au dévoùment et à l'espérance.

Depuis, sous ses yeux, sans secours aucuns, sans maîtres, sans école, sans dépense d'argent, j'ai appris, comme j'ai pu, dans la pauvreté, deux arls difliciles; tous mes tableaux et tous mes écrits ont été consacrés à la cause populaire.

k\ ant 1830, j'appartenais déjà à l'armée des patriotes militants.

En 1830, j'ai été décoré de la croix de juillet.

J'ai été appelé à tous les conseils et à toutes les luttes de l'opinion républicaine par Buonarotli, Voyer-d'Argenson , Trélat, Guinard , Charles Teste, Arago, Récurt, Marrast, Flocon, Beauséjour, Bûchez, Audiat, Lebon, Cahaigne , et tous les énergiques citoyens qui sont morts ou qui vivent pour la Liberté.

J'ai été l'ami de Godefroy Gavaignac; j'ai vécu pendant vingt ans sous l'inspiration de cet homme intègre et héroïque. En toutes les occasions de ma vie, il a été mon témoin , et j'invoque ici , à défaut du sien, le témoignage de sa mère et de son frère.

Aujourd'hui la confiance du citoyen Ledru-Rollin m'a délégué à la direction et à la réintégration des Musées nationaux.

Je n'ai fait défaut à aucun danger dans les jours d'action, en juillet, en juin, en février.

Je n'ai cédé à aucune séduction dans les jours de tristesse et d'attente.

J'ai aujourd'hui quarante ans.

Voilà d'où j'arrive ; voici maintenant où je vais :

Je vais, de toutes les forces de mon âge, de toutes celles de mon expérience, de toutes celles de mon Ame, à la République, une, indivisible, impérissable.

Je défendrai, en toutes situations et à toute heure, sa formule sainte : Liberté, Égalité, Fraternité.

Je la défendrai dans ses prémices et ses promesses.

Je défendrai tous les droits de l'homme, tous les droits du citoyen , tous les droits du peuple.

Je défendrai la liberté d'association , la liberté de la parole et de la presse, la liberté de l'art, la liberté des doctrines et des cultes, la liberté de toute manifeslalion de la pensée humaine, sauf la légitime répression des jurys populaires.

Je défendrai partout le principe sacré de l'élection et de la responsabilité.

Je réclamerai de tout mon cœur et de toute ma voix le droit de tous à une éducation nationale, large et gratuite. Je réclamerai la répartition progressive de l'impôt, et la distribution gratuite de la justice à tous , de façon que le pauvre et le faible ne soient plus opprimés ni volés.

Je réclamerai la moralité de l'art et son développement.

Je réclamerai la sympathie et le concours à tous les peuples qui entreront dans la voie glorieuse où nos pères et nos frères martyrs de la liberté nous ont lancés.

En résumé. Citoyens, si vous voulez, pour vous représenter à l'Assemblée nationale Constituante, un homme indépendant, laborieux ,

Amant passionné de toutes les gloires , de toutes les prospérités, de toutes les splendeurs de notre pays ,

Avare du sang et des sueurs du peuple,

Initié à ses travaux, à ses souffrances et à ses besoins,

Irrévocablcmcînt décidé à ne mettre son mandat au serfice d'aucun intérêt particulier ou local ;

Je vous demande vos suffrages.

VIVE LA RÉPUBLIQUE

Philippe-Auguste JEANRON.

Imp. PoUet, rue Si-Denis, 180. - CARRÉ, associé, pas. du Caire, 77.

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