FRÈRES
Nos camarades, nos frères de Paris, viennent de chasser le gouvernement des satisfaits corrompus, qui avaient faussé une à une toutes les insiilulions acquises par la victoire du peuple en 1830, et confisqué nos libertés ; en un mot, aux droits de l'argent qui faisait seul la valeur de l'homme, ils ont substitué la valeur morale, le droit égal pour tous de rinielligence et du cœur. Celle victoire, ils l'ont conquise glorieusement au prix de leur sang; ils la maintiennent par leur union et leurs sacrifices magnanimes.
La République décrétée fut la récompense de leur valeur; et les firincipes de Liderté, d'ÉGALiTÉ et de FraternitI' furent la base des garanties sociales pour l'avenir.
Les institutions s'organisent , nous sommes tous appelés à y concourir. Quels sont nos devoirs? Pour résoudre cette question, disons quelle est la situation :
Les élections se préparent dans les départements ; les intéicls de clocher tendent à fausser la victoire conquise, car ils préparent la Roprésctitalion Nationale par une seule classe. Nos intéiéts y seraient méconnus et bientôt oubliés comme par le passé. Une réi)ul)liqne peut ôlrc aristocratique, cl a'n^i nécessiter de nouvelles révolutions. La Suisse en est un exemple. Nous
avons eu assez de révolutions ; il faut les rendre dorénavant impossibles par le concours de tous les droits à la marche du vrai progrès.
N'y aurait-il pas lâcheté de noire part à voir tranquillement le prix de la valeur du sang de nos frères leur être enlevé par l'ancien c.ïprit, qui , tout autour de nous, n'a fait que changer de visage, et qui crie maintenant vive la République dans l'espoir de revivre avec elle ?
Unissons- nous donc, travailleurs de" villes, des champs, des ports; notre union fera notre force.
Imitons nos frères de Paris ; ils ont combattu avec valeur 1 ils sont | ai^ibles dans leur force ot dans leurs souffrances! ils pratiquent la Fraternité dans le dévoùmenl.
Sachons donc nous dévouer aus>i, soyons paisibles dans nos souffrances. La paix" ramènera la confiancQ, et la confiance le travail.
Imitons nos frères de Paris, lis s'organisent, ils auront des représentants sortis d'entre eux ; ne les laissons pas seuls , envoyons-y aussi des représentants sortis de nos rangs pour aller les soutenir. Pour cela, voici à quoi chaque travailleur doit, d'après nous, s'engager.
Sur 17 députés du département, il n'est pas exorbitant, de la part de la popula-
lion la plus nombreuse , d'en réclamer au moins 5 :
Un ouvrier de l'industrie;
Un ouvrier des corps d'état;
Un ouvrier de la navigation ;
Deux ouvriers des champs , c'est-à-dire deux cultivateurs.
C'est pourquoi, formons nous-mêmes nos listes et mettons ce nombre de nos vrais représentants en tête. Que pas un de nous n'accepte de liste de ses maîtres. Que ceux de nos camarades qui savent lire et écrire soient les secrétaires des autres.
Organisons - nous dans notre département. Entrons de suite en correspondance, que chaque club propose des candidats , les plus instruits, les plus dévoués, les plus moraux. Ils doivent aller siéger à la face de la France, de l'Europe entière.
Ouvriers d'Arras surtout, dépêchez-vous, organisez-vous et envoyez-nous vos candidats, sur lesquels nous puissions compter, Si vous avez dans vos rangs des hommes capables, faites-les-nous connaître, donneznous les détails nécessaires sur leur compte. Nous les accepterons de vos mains, mais de vos mains seules. Si vous voulez un des nôtres, demandez-le-nous, nous tâcherons de le trouver. Ouvriers du département, imitez- nous, c'est le seul moyen de réussir.
Ouvriers des ports, donnez-nous vos candidats, nous vous donnerons les nôtres.
Acceptons-nous les uns les autres, comme frères.
Ouvriers, cultivateurs, vous aussi représentez dignement, sérieusement, le sol de notre belle France, notre mère nourricière.
Cherchez parmi vous deux paysans , deux vrais paysans, mais non pas deux Messieurs, nous vous promettons de les soutenir par tous nos votes, et vous aussi soutenez-nous, acceptez les noms que nous vous présenterons. La victoire nous appartiendra.
Enfin , tous ensemble , n'acceptons les noms nécessaires pour compléter nos listes que de ceux que nous connaissons depuis long-temps pour nos vrais amis, et ici aussi, unissons-nous en faisant taire encore une fois nos sentiments personnels devant le bien général.
Alors, nous pourrons nous livrer avec confiance au travail , car nous serons protégés par la Liberté, l'Égalité, la Fraternité, qui ne seront plus de vains mots, et nous pourrons apprendre à nos enfants à aimer et à se dévouer pour LA RÉPUBLIQUE 1
Au nom du Club, le Comité :
IsAAC, secrétaire.
Venelle (Aug.), président ; Dernis, vice-président;
LeULIETTE , DUFEUTRELLE ,
NoYELLE, Longuet (Louis), Longuet (Zéphir), Lan- GLOis (Jean-Marie), Véreec-
QUE , HyES.
IsAAC , secrétaire.
Imprimerie A. LELEUX, rue Nationale, 7.
PROFESSION DE FOI
Les chances favorahles à notre candidature augmentent à proportion que le danger pour la liberté grossit. De toutes parts les apostats de 1830 reparaissent; enhardis par l'indulgence du peuple, ils en sollicitent un nouveau mandat pour lui river de nouveaux fers. Profitant de la crise qu'ils ont produite, ils le menacent de sa ruine; ils lui exhument le cortège effrayant de la faim, du pillage et de la dévastation que la ruine entraine. — C'en est fait; sans eux tout est perdu, anéanti !
Au loin, la province pressurée s'émeut; oublieuse du passé, elle écoute ces renégats, et sans songer, l'ingrate 1 qu'à ses ovations impies les mânes de nos glorieux martyrs frémissent de honte et d'indignation, elle fait repercuter jusque dans leur tombe l'écho de ses profanes applaudissements.
Tant d'impudeur, le lendemain du pardon, est un outrage au vainqueur; le peuple de Paris y voit aussi une menace et se repent de sa magnanimité : cà et là les groupes qu'il forme grondent la menace ; dans plusieurs clubs sa colère plus véhémente se traduit en imprécations; la candidature de Thiers, Barrot et consorts y a produit l'inauguration du buste de Marat et la candidature de son panégyriste.
C'est à la même recrudescence révolutionnaire que l'auteur de la Véritable République doit les nombreuses demandes de sa profession de foi. Le peuple a compris qu'il lui fallait des hommes dont le caractère énergique osât tenter ce que leurs convictions bien arrêtées auraient conçu, et qui, par leurs garanties de désintéressement et dfe probité, lui offrissent la certitude de voir enfin succéder la justice à la partiahté, l'économie aux dilapidations, la loyauté à l'intrigue.
Rien, ce nous semble, n'est plus facile que de réaliser cette œuvre si, après s'être pénétré de la pensée qui a dicté la formule des principes sur lesquels notre régénération sociale a été entreprise en 89, on y a puisé aussi la foi que ces principes découlent exclusivement de Dieu.
Nous qui avons acquis cette foi, nous suivrons le cours des législatures successives dans leurs travaux, depuis celte époque de lumières jusqu'à la chute de la convention, et nous tâcherons de réaliser sans transition les réformes politiques et sociales applicables à l'humanité qu'elles n'ont pu établir.
De là, pour forme de gouvernement, la République, comme étant la seule compatible avec le maintien de la somme de droits imprescriptibles à l'homme qui constituent sa liberté. — La République, parce qu'elle exclut seule les privilèges et les distinctions contraires à Végalilé. — La République, parce qu'elle établit une solidarité générale d'intérêts. entre tous en les harmonisant avec la fraternité.
Une telle République étant démocratique, il s'ensuivra l'impôt progressif ne frappant que le superflu, jusqu'au point de parvenir au degré d'égalité qui est de droit rigoureux. Ce droit consiste d'abord à ce que l'opulence pourvoie à l'existence des nécessiteux; ensuite, qu'elle subvienne à toutes les dépenses du Gouvernement, y compris le remboursement de la dette publique qui l'a créée, car l'opulence ne peut provenir que d'une inéquitable répartition.
La ressource d'une République doit se trouver dans la bourse des citoyens; du moment qu'elle assure le nécessaire à tous, elle peut disposer souverainement de l'excédant de chacun : partant, plus de dettes ni de monopoles. — Le monopole des industries onéreuses pour les particuliers ou impossibles, doivent seuls lui être dévolus avec l'exploitation des services qui contribuent à la sécurité de sa puissance.
Ainsi la fortune publique pourra être gérée comme celle d'un particulier prudent et économe; ses comptes étant simples et clairement établis, chacun en pourra investiguer le bilan : Dès lors la force et la tranquillité de l'Etat ne dépendront plus des combinaisons financières ni des événements qui influent sur le crédit et le gouvernement.
Le peuple dispense le blâme et l'éloge. C'est à la représentation nationale qu'est réservé le soin de juger les actions accomplies et de les punir ou récompenser. Pour qu'elle se montre indulgente autant que le permet la sécurité de la nation, nous provoquerons l'interdiction politique contre les députés qui ont voté pour l'indemnité Pritchard et contre les réformes; car ils le méritent pour avoir contribué par là à avilir, corrompre et ruiner la nation.
La mention de ce dernier projet annonce que nous prévoyons les obstacles qu'une opposition occulte ne manquera pas de soulever, si ce n'est des luttes ardentes et ostensibles. Tous les gros fonctionnaires dont le nombre doit être réduit de moitié, parle seul fait delà suppression des octrois et de l'impôt indirect, seront mécontents de la diminution de leurs traitements, et se joindront au clergé et aux opulents pour entraver la législature, il ne faut pas en douter. — Pour triompher de leur nombre relativement infini à côté de la masse qui doit seule bénéficier des changements, il ne suffira pas de la force et du savoir; il faudra surtout l'amour de l'humanité. C'est en vain que le représent'ant chercherait ailleurs que dans le sentiment de satisfaction que procure l'accomplissement d'un devoir, la force de résister aux séductions de la fortune, et le courage de braver les dangers de sa mission : — Témoin l'exemple des défections générales de tous les temps passés.
Nous croyons que le peuple ne peut se garantir de nouvelles trahisons, qu'en exigeant de ses mandataires la promulgation d'une loi qui rende l'augmentation de fortune impossible pour chacun d'eux et sa famille. — Celui qui entrera pauvre à la Chambre, doit vivre et mourir pauvre ensuite, sous peine de flétrissure.
11 nous reste à ajouter ([uc, âgé de /i2 ans, et père de famille dès l'âge de 19 ans, nous n'avons cessé de lutter, soit par la parole, soit par des écrits contre les derniers règnes, et de provoquer l'avènement de la République de toute l'énergie de nos convictions.
Que d'autres plus habiles et plus savants que nous l'emportent, nous en serons ravis, si, comme nous, ils jurent de ne pas s'enrichir d'une obole, et de sacrifier au besoin leur vie â la tâche immense de régénérer la nation.
Salut et fraternité.
Victor COMBET.
Paris. — Imp. de Bcaulé et Maignand, rue Jacques de Brosse» 8, ^ côté de l'église Saint-Gervais.
Pari». — Imp. LACOUR «t C«, rue Soufaot, i6.
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Médaille d'entrée du Club delà Montagne de Montmartre.