AUX HABITANTS DU DÉPARTEMENT DE LA CHAEENTE
CïTOtÉNâ,
Dans les circortstances graves où nous sommes, c'est un devoir impérieux pour tout ciloyon de se prononcer et de concourrir de toutes ses forces, de tous ses moyens, à raflérmissement de la République.
Pendant quatorze ans j'ai eu l'honneur de représenter l'arrondissement de liulKr'c; alors j'ai combattu toutes les mesures attentatoires à la liberté; à la chambre je me suis associé toujours aux efforts des patriotes les plus dévoués; en 1832 j'ai été un des premiers promoteurs du compte-rendu; un des premiers j'ai protesté contre la mise en état de sièi,^c de Paris, contre l'ordonnance qui enjoignait aux médecins de dénoncer les blessés de juin confiés à leurs soins; j'ai repoussé la loi sur les crieurs, celle sur les associations, le droit de visite, l'indemnité Prit- (hard; en un mot, je suis resté fidèle aux principes de 89.
Si mes concitoyens de la Charente croient que, dans l'Assemblée nationale, je piiissp rendre quehfues services à la Patrie, j'accepterai avec dévoucm(;nt le mandat qu'il m'auront fait l'honneur de me confier, et je ne serai guidé dans ma conduite que par celle devise : NalionalUé, ordre, liberté, égalité, fraternité!
Ernest-Stanislas DE GIRARDIN,
Propriétaire-cultivateur, ancien député de la Charente.
UuHuc. — liup. (ic l'iCAi jeune.
Citoyens , Électenrs da Yar ,
Le jour des élections approche, jour décisif peur le bonheur de la patrie, pour la solidité du gouvernement républicain.
Nous n'avons plus désormais qu'un seul drapeau , mais tous nous ne voulons pas le jeter dans les mêmes hasards ; nous n'avons pas tous la même opinion sur la manière de le servir.
Nous allons assumer la responsabilité du sort de sept millions de familles , de l'avenir de ce trésor de civilisation que nous ont légué dix-huit siècles de christianisme.
Ainsi point de méprises, point de malentendus , point de ces mots vagues, indéfinis qui ont laissé dans l'histoire une trainée de sang et de ruines.
Franchise , neltelé , précision dans nos programmes. Après la lutte pacifique du scrutin, nous nous aimerons et nous nous estimerons davantage.
Permettez-moi de vous exposer mes vues sur le mandat à donner à nos représentants.
Constitution répiibhcaine basée sur une large démocratie. — Souveraineté du peuple exercée par une délégation temporaire.
Pouvoir exécutif temporaire, — responsable, confié par délégation directe du peuple ou par l'intermédiaire des représentants, et agissant par des ministres resj^onsables.
Pouvoir modérateur contre les entraînements d'une seule assemblée , lorsque les travaux de constitution auront été terminés ; ce pouvoir résultant d'un veto suspensif du président de la République ou d'une deuxième chambre.
Dans l'ordre administratif les fonctions confiés aux plus dignes — une pari des nominations faite à l'élection — L'accès des fonctions rendu plus facile par un plus grand développement de l'instruction — une combinaison hiérarchique plus équitable des droits de l'éducation scientique ou littéraire et des droits de l'instruction pratique.
- Dans l'ordre industriel, libre mouvement des capitaux et du travail — liberté des transactions — règlement des salaires résultant du débat amiable entre le fabricant — liberté aux ouvriers de s'entendre sur leurs intérêts, en tant qu'ils n'ont pas recours à l'intimidation ou à la violence , qui constituent un attentat à la liberté d'autrui.
Ces principes ne sont pas seulement d'une justice éternelle; ils sont la sauvegarde du travail , la base de la société. Rien de durable ne saurait prévaloir contre eux : leur violation même temporaire, en répandant la défiance, en éloignant les capitaux, tarirait la source du travail. Ce serait la perte de notre Industrie, une cause de soulTrancepour tous; pour quelques industriels la ruine, pour des milliers de travailleurs, ce serait la mort !
Parmi les souvenirs terribles que nous ont légués nos pères , il on est un qui résume , à la fois comme cause et elFet , une bonne part des malheurs de noire révolution: le hideux maximup^ ! point de maximum pour les produits, point de minimum pour les salaires : ce sont des anneaux indissolublement liés.
Et pourtant nous voulons tous faire honneur au troisième terme de notre
devise, la Fraternité, vertu religieuse, descendue désormais sur l'ordre politique et social. Sa réalisation parfaite n'est pas de ce monde , mais un gouvernement républicain peut seul nous fairegoùterquelques-uns.des bienfaits de la fraternité.
Il peut beaucoup par ses institutions ; soins donnés à l'éducation morale et religieuse qui développe les germes de bienveillance et de charité déposés dans le cœur de l'homme — établissements des crédits qui facilitent l'accès des petits capitaux à l'ouvrier rangé et économe — réserve de travaux pour donner du pain aux travailleurs dans les grands jours de crise et de chômage — assurances mutuelles gérées par l'Etat ou sous ,'son patronage — institution de médecin des pauvres, d'avocats d'offices pour le règlement de leurs affaires litigieuses.
La République peut beaucoup par ses exemples, par la glorification de tout ce qui est bon et honnête, par les honneurs rendus au mérite et à la vertu dans la pauvreté ou dans la médiocrité. l'Etat doit enfin pouvoir offrir comme exemple, aux maîtres et aux ouvriers des fabriques, l'organisation de ses propres ateliers et de ses arsenaux. Bonté, justice et fermeté chez les chefs, chez les subordonnés alliance de la dignité avec l'obéissance et le respect. — Sollicitude de l'Etat pour les ouvriers qui le servent , sans négliger toutefois en eux l'esprit de prévoyance ; — une attribution plus équitable des rangs hiérarchiques aux homines qui s'élèvent de la classe des ouvriers et qui les relient aux hommes ayant reçu une éducation plus scientifique et plus générale.
11 resterait beaucoup d'autres questions à traiter, mais elles sont en ce moment bien secondaires. Le plus pressé est de surveiller la tendance de certaines doctrines qui restées jusqu'à ce jour à l'état de secte, limitées au domaine de la théorie , aspirent à passer dans la pratique et à gouverner la société. Je les repousse de toutes les convictions de mon âme parce que je les crois impraticables, parce qu'elles ne nous donnent que |des promesses aussi fastueuses que mensongères.
J'ajouterai quelques mots sur le clergé et sur les impôts.
Qu'il ne soit pas touché aux rapports du clergé avec l'Etat, tels qu'ils ont été établis par le concordat; si des modifications doivent y être apportées, qu'elles ne soient faites que par une entente cordiale avec le Souverain Pontife;] — continuation et même amélioration de la rémunération des ministres de la religion'; — point de suite à donner aux idées qui tendent à mettre le culte aux frais des fidèles; ce serait priver les communes pauvres des secours spirituels.
L'assiette des impôts doit être faite en vue d'alléger le sort de la classe la plus pauvre el la plus nombreuse; mais on aura à tenir compte pour le présent des besoins de la République et de la facilité de perception.
Plaise à Dieu , mes chers concitoyens , que des hommes de tête et de cœur se produisent, qui puissent, par leur considération personnelle, rallier autour de ceproçramme un nombre imposant de suffrages. Ce n'est que sur leur refus que je me, mettrais sur les rangs. Ce serait l'accomplissement, non d'un désir, mais d'un devoir.
Recevez, citoyens électeurs, l'assurance de mon dévoùment fraternel.
Toulon. — laip. d'E- AtntL, place St-Pierre,
BAYLE, hujénieur de la marine.