‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 8 sur 236 · TIXIER-LACHAPELLE · texte numérisé non relu

TIXIER-LACHAPELLE

du Département de la Seine.

CITOYENS

C'est une noble ambition que celle de concourir à la constitution (\f^ ^^^^ République. Je me sens digne de cet honneur, et je me présente à vos suffrages.

Yoici mes titres à votre confiance :

Héritier de sentiments généreux, j'ai accepté avec bonheur la ruine d une grande opulence, parce que cette ruine, consentie et favorisée par mon père lui-même, eut pour cause l'aboHtion de l'esclavage dans une de nos colonies.

Avocat à vingt ans, sans autre fortune que mon travail, sans autre appui que mon courage, j'ai débuté par des preuves énergiques de mon dévouement à la cause de la liberté. L'indépendance de ma parole dans les causes politiques, ma résistance à l'arbitraire , mon opposition hostile au gouvernement de la restauration, attirèrent sur moi ses vengeances, et me privèrent d'une riche position qui m'était offerte dans le barreau de la cour de cassation.

Bientôt après, mes penchants républicains m'entraînèrent en Amérique, ou je consacrai près de deux années à l'étude des diverses constitutions démocratiques du Nouveau-Mondt;, à l'observation du mécanisme de leurs gouvernements, et à la rédaction d'un corps de législation pour la république haïtienne. Revenu en France plus pauvre que je n'en étais parti, j'aurais pu, en me ralliant au gouvernement, accepter des faveurs et des marques de distinction. Mais je n'ai jamais su composer avec ma conscience , ou transiger avec mes antipathies. Ce ne fut qu'au travail que je demandai la réparation de mes infortunes. Ses bienfaits, quoique tardifs, ont enfin payé ma persévérance.

En juillet 1830, après avoir pris part au combat, j'aurais facilement profite de la victoire, en me prévalant de mes griefs contre k royauté déchue. Mais comme mes sentiments politiques restèrent les mêmes après le changement de dynastie, je laissai le champ libre à la course des solliciteurs.

Depuis, j'ai constamment voté pour les hommes de l'opposition qui ont eu le courage de lutter corps à corps contre la corruption électorale; mais j'avoue que durant la monarchie, je n'ai pu me décider à les suivre dans la lice.

La Révolution de Février m'a vu me placer, non sans quelque péril . entre les soldats et le peuple, dont la réconciliation a déterminé la chute de la royauté.

Aujourd'hui, que l'ère répubhcaine est ouverte, je puis proclamer sans sctllpule le désir, trop orgueilleux peut-être, de représenter le peuple à l'Assemblée nationale.

Si- le passé pouvait être une garantie de la probité privée et de la constante

fermeté des opinions politiques, je n'aurais pas besoin de vous faire ma profession de foi et de vous tracer mon programme.

Constituer la République proclamée en février, et la maintenir sur la base du suffrage universel. — Assurer la liberté, l'égalité. — Fonder la constitution et les lois civiles sur les principes de la fraternité. — Assurer aux travailleurs l'acquisition de la propriété par une équitable organisation du travail, et sa conservation par des lois protectrices de l'intérêt public et particulier. — Garantir la liberté individuelle, celle des cultes et celle de la presse. — Donner à tous, et surtout aux travailleurs, les avantages d'une instruction publique et gratuite. — Faire porter l'impôt sur le luxe et la richesse, en dégrevant le travail et la pauvreté. — Abolir la peine de mort. — Concilier, en diplomatie , le principe de la fraternité humaine avec celui de l'indépendance des nations.

Telles seront toujours les règles de ma conduite et de mes votes. Spécialement versé dans l'étude des lois ert des constitutions républicaines ; homme d'expérience, quoique nouveau dans la carrière politique ; libre de tout engagement antérieur , de toutes fonctions publiques qui partageraient mon temps et généraient mon action ; indépendant par caractère; au-dessus du besoin ; n'ayant d'autre ambition que celle dont je vous fais l'aveu, je serai heureux et fier de me consacrer tout entier au service du pays. Ma seule récompense sera l'approbation et l'estime de mes concitoyens. La République n'en doit pas d'autre à ses enfants.

Salut et Fraternité ,

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