‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 9 sur 236 · BLANCHET · texte numérisé non relu

BLANCHET

Avocat à la cour d'appel.

Paris.— împ. Schneider, rue d'Erfurlh, 1.

du département de la Mièvre.

Mes concitoyens,

r)('pnié (le la Nièvre pendant vingt-trois sessions, associé à la Révolution de juillet, (|ui a aussi mérité le titre de (jlorieiisc, rapporteur de la Charte de 1830 qui, franchement exécutée, eût certainement assuré nos libertés, j'ai été jusqu'au dernier inonieiil fidèle à un établissement qui s'est perdu par des fautes dont je ne suis point solidaire, car j'ai fait tout ce qui était en moi pour les conjurer.

Après avoir accompli mon devoir politique envers la noble veuve et le fils d'un prince que j'avais sincèrement aimé, ne voyant plus debout que la souveraineté

nationale et le peuple vainqueur, le peuple qui avait repris la couronne, et qui, ' cette lois, lavait gardée, j'ai adhéré au nouveau gouvernement. J'y ai adhéré franchement, ouvertement, sans arrière-pensée, avec la conviction que la République était désormais le seul gouvernement possible, le seul qui, fortement constitué, pût nous j)réserver de la guerre civile et de l'anarchie, dont le frémissement menaçait d'envahir et de bouleverser la société.

Le cours de la justice ne devait pas être interrompu. Magistrat, j'étais à l'audience le 25 février, et c'est sur mes conclusions qu'a été rendu le premier arrêt prononcé An nom du Peuple français. ' i

Ce nouveau devoir rempli, il m'en reste un autre, celui de venir prendre i part avec vous, comme citoyen, à des élections dont va dépendre le sort de la patrie.

Vous avez à élire huit députés. — Si l'opinion publique, librement interpellée, se prononce; si elle s'srrête sur huit noms qui vous paraissent mériter mieux que moi de vous représenter, j'y acquiesce à l'avance de bon cœur, je voterai pour eux, et je rendrai grâce à Dieu d'avoir éloigné de moi une responsabilité dont la témérité seule pourrait méconnaître l'étendue.

Si, au contraire, mon nom doit figurer sur la liste des futurs représentans du pays; si mes concitoyens, qui depuis long-temps connaissent mes opinions et mes principes, mon amour pour l'ordre et la liberté, mon respect des lois et de la justice, ma fermeté à défendre le droit de tons et le droit de chacun, veulent m'honorer de leurs suffrages, j'accepterai, non avec présomption, mais avec dévoùmcnt, cette grande et difficile mission, parce que ma conscience me dit que ce serait un acte de mauvais citoyen de refuser son concours à son pays dans des circonstances aussi décisives et aussi solennelles.

Yoilà pourquoi, ô mes concitoyens, moi qui me vantais, lors des dernières élections, de n'avoir adressé à mes électeurs que des remercîments et jamais de sollicitations, je ne crains pas cette fois d'aller au devant de vos suffrages.

La République est partout proclamée ! Mais il s'agit de la constituer, c'est-àdire d'assurer son existence d'une manière forte et durable, avec des conditions telles que, dans l'avenir, cette grande et belle nation de 35 millions d'hommes, non-seulement ne perde rien de sa grandeur, de son urbanité, de son crédit, de sa richesse, mais qu'elle continue de marcher, par l'exemple, à la tête de tous les peuples civilisés !

Je n'entre point ici dans le détail des questions constitutionnelles ou économiques qui sont réservéesà l'examen etàla décision deTAssemblée nationale; mais, dans ma pensée, ce gouvernement, que je n'entrevois encore qu'à travers mes espérances, devra, si notre attente n'est point trompée, se produire tel que je l'ai déjà dépeint dans le sanctuaire de la justice : ce sera, disais-je. le gouvernement du pays par le pays; ce sera le gouvernement de la chose publique {rripub/ica') . c'est-à-dire du droit de tous, de l'intérêt général prévalant partout sur les injustes prétentions de l'égoïsme individuel ; le gouvernement de la probité, de l'inlelligence et de la vertu; confiant les emplois public au vrai mérite, punissant la corruption, réprouvant la vénalité, poursuivant les malversations, faisant respecter les personnes, la liberté des transactions, et la propriété si audacieusement et si injustement menacée! Enfin le gouvernement de la liberté pour tous,

de la liberté entourée de solides garanties pour la mettre à l'abri de toute usurpation, mais aussi de la liberté amie de l'ordre et réglée par les lois pour l'empêcher de dégénérer en licence ou en dictature 1

;s L'honneur de la nation française, on ne saurait trop le redire, son honneur et celui de ses représentans est intéressé à ce que cette grande révolution, pour qu'enfin elle soil la dernière, reste pure des excès d'un passé qui a laissé après lui tant de souvenirs funèbres, et se maintienne magnanime et forte sous le drapteau si courageusement élevé au-dessus d'elle, le drapeau de la gloire et de la liberté.

Voilà les vœux que je forme pour laliouvelle République.

Citoyens de la Nièvre, au milieu de l'agitation où nous sommes, beaucoup de gens se diront plus poptilaii^es que moi. Je n'en serai ni surpris ni jaloux; mais personne en réalité n'aura droit de se dire plus sincèrement ami du peuple dans la véritable et loyale acception du mot.

Député, j'ai toujours réclamé l'ordre et l'économie dans les finances, l'allégement des charges publiques, la réduction des impôts qui pèsent le plus sur le peuple, et surtout de l'impôt du sel,

Ami de l'agriculture, j'ai fait tous mes efforts dans vos comices pour encourager ses progrès, honorer ses agens, vanter ses adeptes. J'ai montré dans la communauté des Jault, dont j'ai révélé l'existence, un admirable exemple de ce que peut dans les travaux agricoles l'esprit d'association de la famille laissée à ellemême et librement constituée.

Promoteur de l'instruction publique, membre dès son origine de la Société pour Vinslruclion élémentaire, j'ai mis tous mes soins à la propager, à l'étendre, à soutenir les instituteurs primaires, et à répandre dans nos écoles de village les livres, les méthodes et les divers moyens d'enseignement.

Ouvriers de Fourchambault, vous savez que je n'ai pas attendu la révolution de février pour célébrer les merveilles de votre puissante industrie, et la gloire du fondateur de votre bel établissement, si cher à vos souvenirs par ses bienfaits pour les travailleurs !

Flotteurs de Glamecy, vous que je puis appeler mes amis, il y vingt ans que nous couronnions ensemble le buste de votre patron, Jean Rouvet, ouvrier, inventeur des flottages, et que nous inscrivions au bas de son busle, ouvrage du patriote David : Honneur au travail et à l'industrie!

Kl vous, habitants du Morvan, qui, plus que moi, s'est intéressé à votre pays de montagnes? Qui vous a visités le premier dans des vues d'amélioralion, à travers des chemins impraticables, aujourd'hui remplacés par de belles routes et des ponts jetés sur vos torrens avec une hardiesse qui en fait de véritables monuni(Mits.> — C'est chez vous aussi que je suis allé l'an dernier couronner la vertu modeste de la ckavilahle veuve, et célébrer en famille le triomphe de la Fraternité chrétiennement exercée.

C'est dans votre climat que je me plais le plus; c'est chez vous que j'ai bâti, que j ai i>li>nt«; ; c est là que j'ai depuis longtemps fixé mon domicile ; c'est avec vous qu«' j irai voler.

Votre dévoué compatriote,

Page 1