‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 92 sur 236 · GUSTAVE DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

GUSTAVE DE BEAUMONT

10 mars 1 848. ancien député de la Sarlhe.

AUX ELECTEURS

DU

DEMRTEMJGKT DE 14 SEINE

Citoyens,

En venant solliciter vos suffrages comme candidat à la représentation nationale, j'obéis à un sentiment patriotique et aux conseils de plusieurs d'entre vous. Je ne le ferais pas cependant, si je ne me croyais suiiïisamment préparé, par des travaux antérieurs, à remplir utilement le mandat que vous m'auriez confié.

Je ne suis qu'un simple écrivain ; mais comme tel j'ai voué ma vie entière à l'étude des grandes questions qui intéressent la prospérité matérielle et la grandeur morale du pays. De ces questions, j'en ai déjà traité plusieurs, particulièrement dans la Revue (les deux Mondes, où j'écris depuis près de dix ans. Il en est peu d'autres dont je n'ai fait en divers temps l'ohjet d'une étude sérieuseet d'un examen approfondi.

Quoique livré par devoir et par goût aux travaux du cabinet, je n'ai pas laissé cependant de me mêler accidentellement aux travaux actifs de l'industrie, et notamment dans les années 1839 à 1844, où, mettant à profit quelques connaissances acquises, et voulant rendre service à une industrie naissante, j'ai organisé et dirigé pendant un certain temps , pour le compte d'autrui , plusieurs établissements industriels. Cette circonstance m'a permis de joindre aux enseigniments de la théorie les leçons puisées dans la pratique ; elle m'a appris en même temps à mieux connaître ces classes ouvrières vers lesquelles j'avais souvent tourné des regards émus et qui doivent être pour les hommes jniblics l'objet d'une sollicitude constante.

Mes sympathies pour les classes ouvrières sont anciennes ; elles n'ont pas attendu la dernière révolution pour se produire. Plus d'une fois j'ai réclamé, en faveur de cette partie soulIVante delà nation, toutes les améliorations possibles. Mais en la servant dans ses intérêts véritables , je ne l'ai jamais flattée dans ses préjugés ou ses erreurs.

C'est avec raison, selon moi, qu'en France les ouvriers se plaignent. Leur condition n'est pas ce qu'elle pourrait et ce qu'elle devrait être ; il est très possible de l'élever et de l'améliorer. Mais en réclamant une part plus grande de jouissances ou de bien-être, les ouvriers se trompent souvent sur les uiovens de l'obtenir. Ils se trompent surtout quand ils mettent leurs intérêts en opposition

avec les intérêts généraux de l'industrie, dont ils sont foncièrement insépa-

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C'est en agrandissant la ^hère de l'industrie, en multipliant l'action des capitaux et du travail, qu'on peut améliorer le sort des masses. Là où le travail abonde, la rémunération s'élève; il n'y a pas d'autre voie qui conduise au même but. Mais est-il possible d'obtenir que le travail abonde constamment en France? Je n'hésite pas à répondre : Oui. Quant aux moyens d'y parvenir, ils sont nombreux et divers, mais ils se résument presque tous dans ce seul mol : Liberté.

La liberté seule, la liberté du travail surtout, quand elle existera réellement en France, y accomplira des prodigt^s ; elle étonnera ses ennemis même par sa fécondité. Mais nous en sommes fort éloignés encore et nous avons beaucoup à faire pour en recueillir tous les bienfaits.

Il est un autre moyen d'augmenter le bien-être général : c'est d'alléger les impôts. On peut y parvenir en simplifiant les services publics, et par d'autres procédés que j'ai indiqués dans un travail récent.

A ceux qui me connaissent , ou qui ont lu quelques-uns de mes écrits, je n'ai pas besoin de dire que je suis ami de l'ordre, sans lequel il n'y a pas de bien-être ou de prospérité possible : mais je conçois un ordre large et fécond, qui n'exclut ni la liberté ni le progrès, qui soit fondé sur tout autre chose qu'un système de compression, et qui résulte sans efibrt de l'heureuse harmonie de nos institutions

futures.

Homme nouveau dans la carrière politique , exempt de tout engagement envers le passé, je puis m'associer, sans arrière-pensée comme sans scrupule, à toutes les saines directions du présent et à toutes les espérances de l'avenir.

Je crois à la possibilité d'établir en France une république démocratique; une république grande et forte, riche et prospère, qui réalise dans son sein celte heureuse alliance de l'ordre et de la liberté. Je ne me dissimule pourtant pas les difficultés de cette tâche dans la situation présente du pays, et je n'oublie pas non plus que nos pères y ont échoué une première fois. Si ce n'est pas une raison pour désespérer du succès , c'en est une du moins pour apporter à cette grande œuvre une pensée mûre et pour mettre à profit toutes les leçons de l'expérience.

Peut-être est-il de mon devoir d'ajouter à cela qu'une constitution républicaine me paraît devoir échouer en France tant qu'on n'y aura pas fondé sur une plus large base les institutions secondaires, et particulièrement ces institutions locales dont le pays est dépourvu. Je crois que, dans un grand élal, les institutions localesdoivent entrer comme un élément essenliel dans l'édifice de la constitution politique, et que c'est surtout pour avoir méconnu cette vérité que la France n'a pu parvenir, depuis soixante ans, à fonder chez elle un ordre politique durable.

Ch. COQUELIN.

9, rue de Provence.

Paris. — Imprimerie centrale de Chemins de Fer, de NAPOLEON GHAIX et Cie.

AUX ELECTEURS

DU

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