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DÉPARTEMENT DE L'AUBE

Mes chers concitoyens ,

Porté définitivement à la candidature par plusieurs comités de Troyes et par les délégués des arrondissements réunis, je vous dois ma profession de foi. Je vais la faire aussi franche et aussi claire que possiLle.

Je veux la République, rien que la République ! Je la veux avec le développement le plus complet de toutes les libertés, mais aussi avec l'ordre et le respect de tous les droits.

Parmi les libertés les plus précieuses , et que nous devons défendre au péril de notre vie, je comprends :

La liberté absolue des élections, sans laquelle toutes les autres libertés ne seraient qu'un vain mot, et la représentation nationale qu'un mensonge ;

La liberté des opinions , leur expression libre par la parole et par la presse ;

La liberté de conscience et des cultes ;

La liberté de réunion et d'association ;

La liberté d'enseignement, sous la surveillance de l'État , et avec garantie de moralité et de caf>acité de la part de ceux qui voudront exercer ce sacerdoce;

La liberté du travail et de l'industrie.

Je veux ces libertés, non pour quelques-uns, mais pour tous.

Parmi les droits que j'entends faire respecter, je mets en première ligne le droit de propriété.

Après le sentiment religieux, après le sentiment de famille , le sentiment de la propriété ftie parait le plus moralisateur et le plus essentiel à la conservation de la société. Comme les deux premiers, il est dans la nature même de l'homme, et ne saurait être impunément violé.

C'est le sentiment de la propriété qui a fait des habitants de nos campagnes, esclaves et misérables pour la plupart il y a soixante ans , ce qu'ils sont aujourd'hui, c'est-à-dire des hommes d'ordre et de patriotisme, des hommes moraux et vraiment libres.

A mon avis, le moyen le plus efficace d'émanciper les travailleurs industriels, d'améliorer leur condition maléiielle et morale, c'est de leur faciliter l'accès à la propriété. C'est i\ quoi je m'emploierai de toutes mes forces.

Pour y parvenir, il faut procurer aux classes ouvrières, qui ont tant soutl'ert

jusqu'ici, un travail assuré, constant, équitablement réparti et rémunéré ; en un mot, il faut organiser le travail.

Quand et comment cette question si difficile et si redoutable sera-t-elle résolue? Quand la transformation de l'industrie sera-t-elle opérée? Les hommes les plus compétents ne sauraient le dire ; c'est l'œuvre de l'expérience et du temps.

Toutefois, on doit aborder dès à présent la question de l'association. Il est du devoir du Gouvernement d'en essayer l'application dans toutes les conditions. Mais, je le déclare, je ne comprends l'association industrielle que comme essentiellement volontaire de part et d'autre, que comme le résultat d'un contrat librement consenti entre le capital et le travail.

Le remaniement des impôts me paraît indispensable; quelques-uns doivent entièrement disparaître ; d'autres doivent être modifiés dans leur assiette et dans leur perception. Je pense que la propriété mobilière ne doit pas plus longtemps échapper aux charges qui grèvent la propriété immobilière ; je pense que des impôts sompluaires doivent frapper certains objets de luxe.

L'instruction primaire, dont je m'occupe depuis longues années, sera l'objet de mes préoccupations les plus constantes. Il faut que la loi place les instituteurs dans une position qui soit en rapport avec la hauteur de leur mission; il faut que Tinstriu^tion primaire soit donnée à tous sans exception; l'instruction secondaire et scientifique à tous ceux qui peuvent la recevoir avec fruit. De cette manière,' les richesses inlellectuclies que recèlent toutes les classes de la société seront mises en lumière; tous les esprits d'élite, tous les nobles cœurs apporteront leur tril)ut à la patrie cv contribueront aux progrès et à 1 illustration de la France.

II faut faire beaucoup pour l'agriculture si longtemps et si injustement négligée; il est temps de lui ramener les bras qui lui échaj^pent , d'arrêter la désertion des populations rurales pour les villes, en l'honorant, en l'aidant puissamment. 11 faut la dégager des entraves qui l'embarrassent, en donnant au pouvoir communal plus d'initiative et de liberté, en créant des juridictions administratives cantonales pour les affaires de peu d'importance, qui font perdre inutilement tant de tcm])s et tant d'argent aux habitants des campagnes.

Toutes ces améliorations et d'autres encore que je ne puis rappeler ici peuvent être obtenues, j'en ai la ferme confiance , sans coûter à personne ni une larme ni un regret. Pour cela, il faut tendre sans cesse à unir étroitement les intérêts de celui qui possède avec les intérêts de celui qui travaille, de manière qu'ils ne soient plus qu'un ; à relier enfin tous les hommes entre eux par Tévangélique et divin sentiment de la fraternité.

Yoilà ce que je veux; voilà ce qui doit être introduit dans la nouvelle constitution.

Mon indépendance absolue , mon inébranlable dévouement aux idées libérales, ma vie jus(|u'iei consacrée tout entière nux intérêts de n^.on pays , dans des fonctions gratuites (ît multipliées, l'estime et l'afléclion que je m'honore d'avoir inspire à ceux de mes concitoyens au milieu desquels j'ai vécu, vous sont de sûrs garants de ma fidélité à remplir mes engagements.

AMÉDiE GAYOT.

Troyes, imprimerie Anner-André.

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