‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 94 sur 236 · DÉPARTEMENTAL · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENTAL

Le Comité répuLlicain départemental avait proposé sept candidats aux suffrages des électeurs du département de l'Aube. Cinq de ces candidats ont été adoptés par les délégués des comités des cinq arrondissements, réunis à Troyes en assemblée générale. Deux ont été écartés, et les citoyens Paiice et Stourm leur ont été substitués. Par suite de cette modification, les candidats porté» sur la liste définitive sont les citoyens :

LIGNIER, Commissaire du Gouvernement;

GERDY, Professeur à la l'acuité de médecine;

DELAPORTE, Membre du Conseil général ;

Amédée GAYOT, Membre du Conseil d'arrondissement ;

STOURM, Directeur du Chemin de Fer ;

Henri FINOT, Ouvrier ;

PANCE, Avocat à Paris et Publiciste.

Parmi ces Candidats, il n'y en a pas un seul qui n'eut été vivement repoussé par le gouvernement déchu : tons ils veulent la Répubhque. Ils la veulent avec toutes ses conséquences, sans restriction, sans arrière-pensée avec une organisation basée sur les principes les plus absolus de liberté, d'égalité, de fraternité de tous les Citoyens. La profession de foi de chacun d'eux se résume ainsi : liberté individuelle, liberté de la presse, liberté d'association et de réunion, liberté de conscience, l'instruction, du pain et du travail pour tous, pour tous le bien-être moral et le bien-être matériel.

Le citoyen LIGMER (1) est commissaire du gouvernement; c'e>lun lépublicain de vieille d.ite. Il a été élevé à l'école politique des citoyens Leduu Rollin et Marie, membres du gouvernement provisoiie, (\u\ ont conservé pour lui une amitié qui llionore.

Comme avocat, il a. dans toutes les occasions , prêle l'appui de son talent aux républicains, lorsqu'ils ont été traduits devant les tribunaux. Sa position de fortune est une garantie d'indépendance; elle répond aux

craintes exagérées de ceux qui accusent les républicains de vouloir df-pouiller ceux qui po-sèdent. Homme ferme et njodéréà'afois, rompu aux aOairPS, dévoué à îa Uépubli(|ue, le citoyen Ligmek peut rendre de grands SLTvices à l'Assembloe naiionalo.

Le citoyen GERDY est un enfant du département de l'Aube. Sa réputation est européenne. C'est à force do travail et de génie, qu'il a conquis la position élevée

(1) N'a pas fait imprimer de profession de foi, mais il a donné quelques explications seulement devant les comités électoraux.

qu'il occupe dans la science et à l'Ecole de médecine. Il n'a jamais rien demandé à la faveur. Ses convictions républicaines sont depuis long-temps connues. Le citoyen Ger- DY apportera à l'Assemblée nationale d'uliles lumières qu'il puisera dans la science qu'il a acquise, et dans une intelligence hors ligne. Homme de cœur et d'énergie, il ne reculera devant aucune discussion, devant aucun danger, et il ne faillira pas à l'engagement qu'il a pris de défendre les droits et les intérêts du peuple.

Le citoyen DELAPORTE a passé sa vie à lutter contre le pouvoir déchu. Travailleur infatigable, il n'y a pas une seule question politique ou financière qu'il n'ait étudiée jusque dans ses détails. H n'y a pas une amélioration à introduire qu'il n'ait signalée; il n'y a pas un abus qu'il n'ait combattu. Membre depuis de longues années du conseil de l'Aube, du conseil municipal de Troyes, de toutes les commissions qui ont eu à traiter des questions administratives dans l'intérêt du déparlement, il a acquis des connaissances spéciales qui lui assignent un rôle important dans les commissions de l'Assemblée nationale. D'une intéarilé et

Cl un uesuitéressetnent a toute épreuve, dévoué avant tout à son pays et à la République, le citoyen Delaporte est un de ces hommes qui sauront mourir à la tache, s'il le faut, plutôt que de ne pas remplir dignement leur mandat.

Le nom du citoyen Amédée GAYOT est connu déjà depuis long-temps du plus grand noudjre des électeurs; jusqu'à ce j(mr, sa vie tout entière a élé consacrée aux intérêts du peuple. Dans les comités électoraux, au conseil d'arrondissecnent, au conseil municipal, dans les comités d'instruction primaire, dans les bureaux de bienfaisance, aux prisons, dans les sociétés et dans les comités agricoles, on le trouve partout oii il y a une fon tion gratuite à remplir et du bien à faire. Depuis dix-sept ans il n'a pas cessé un seul jour de lutter pour défendre les libertés publiques et le principe de la souveraineté du peuple. Dévoué depuis long-temps aux prin-

cipes républicains et devançant l'ère dans laquelle nous entrons aujourd'hui, il a contribué de tous ses efforts à propager l'instruction primaire parmi les cliSses laborieuses, à soulager leurs misères, à augmenter leur bien-être. Nul mieux que lui n'aura l'intelligence du problème social que l'Assemblée nationale aura à résoudi e. Indépendance de caractère, désintéressement, loyauté, courage et talent, telles sont les qualités qui dès le premier ji>ur ont fait déléguer le citoyen Amédée Gayot , comme digne de représenter le département à l'Assemblée nationale.

Le citoyen STOURM, c'était justice, devait figurer au rang des candidats. Qui donc en effet, pouvait mieux que lui faire ses preuves de patriotisme? qui donc pouvait à plus juste titre invoquer les services remius à la cause populaire? Le citoyen Stourm a corn battu depuis quinze ans avec l'opposition. Sa parole et son vote ont toujours élé acquis aux mesures libérales. 11 s'est constamment prononcé en laveur du dégrèvement de l'impôt, de la réforme électorale, des propositions relatives aux incompatibilités parlementaires. Seul parmi (es députés du département de l'Aube, il a représenté les hommes du mouvement, il a soutenu les principes démocratiques qui ont amené la proclamotion de la souveraineté du peuple. Comme homme politique, comme citoyen dévoué à son pays, comme jurisconsulte éclairé, le citoyen Stourm a bien reMq)li son mandat. Entre la position qu'il avait prise à la chambre, et celle qui convient actuellement à un bon représentant du peuple, il n'y avait qu'un pas; le citoyen Stourm l'a franchi sans hésiter. Il soutiendra loyalement, sans arrière-pensée, le gouvernement républicain, car il l'a promis, il défendra les droits des travailleurs, car depui.slong-ienqis il connaît leurs besoins : il del'eiulra le droit des familles et de la propriété, car il sait qu'on n ébranle pas impunément les colonnes sur lesquelles repose l'édilice social. Le passé du citoyen Srounji est la garantie de sa conduite pour l'avenir, et ce ne sera pas en vain qu'il aura fait appel aux sympathies de ses concitoyens.

Le citoyen Henri FINOT est un ouvrier typograplip. Le comilô républicain départenienial, dès sa formation, avait reconnu en principe (|u'il était nécessaire que les ouvriers fussent re irésentés à l'Assemblée nationale par un ouvrier. Ce n'était pas là seulement une afTaire de convenance. Les questions les plus ardues sont aujotiid'hui celles qui touchent à l'organisation du travail et aux intérêts des ouvriers , il faut que ces questions soient discutées en présence des ouvriers eux-mêmes; il faut que, s'il est pris des décisions sur ces questions, elles soient prises avec leur concours. Ce sont les ouvriers réunis en comité qui ont désigné le citoyen Henri Finot. Les comités des arrondissements réunis ont donné leur sanction à sa candidature en l'adoptant. Le citoyen Henri Finot a reçu de linstruction, et comprend bien les questions qui touchent aux intérêts des travailleurs. Il a passé par toutes les pénibles épreuves réservées, sous Tancicn ordre de choses, à la vie des ouvriers.

Il a souffert comme eux, gagné comme eux son pain à la sueur de son front. Quand il parlera, c'est leur voix qui se fera entendre. Par son bon sens exquis, par sa moralité; par sa fermeté, par sa modération, par son inlelligf'nce, il sera à la hauteur de sa mission. Le citoyen PANCEosi un dos vieux athlètes de la cause républicaine. C'est à la fois un homme d'action et un homme détude. Sil n'hésite pas à prendre les armes pour défendre ses convictions, il sait les déposer le lendemain pour organiser. Il n'ignore pas que, pour fonder la Rép'iblique. il faut avant tout Tordre, la paix et l'union; qu'il n'y a pas d'égalité et de fraternité sans le respect de la propriété, pas de liberté sans le respect des personnes. Le citoyen Pance a s^^^ufTert pour la liberté, c'rst une raison pour qu'il en sente mieux le prix, pour qu'elle lui soit plus sacrée, pour qu'il veuille la garantir à tous. C'est un enfant du département que nous revendiquons avec orgueil pour nous re[)résenior.

Il arrivera sans doute que quelques électeurs regretteront de ne pas voir parmi ces candidats des hommes qui eussent mieux répondu à leurs sympathies personnelles. Au nom de la République, au nom de la France, au nom de leurs intérêts les plus chers, nous les adjurons de bien réfléchir avant de substituer ces hommes à ceux que nous leur proposons. Le nombre des électeurs du département sera de 50 à 60 mille. Aucun nom ne sortira tju scrutin, s'il ne réunit 8 à 10 mille suIFrages au moins. Si les communes, si les cantons, si les arrondissements mêmes dispersent leurs votes sur des hommes pris au milieu d eux, sur des hommes que n'adopterait pas tout le département, ils ne feront que compromettre le succès des élections, sans utilité pour ceux qui solli^ ilent imprudemment des sufïrages isolés. Toute satisfaction accordée à des ambitions de clocher, toutes les voix données à la camaraderie seront des voix perdues, et dts voix perdues peuvent assurer le succès des hommes que nous repoussons, parce qu'ils ne nous présentent j^as assez de garanties.

Au moment de voter, n'oubliez pas, électeurs, que les circonstances sont graves, que c'est de la composition de FAssemblée nationale que dépend 1 avenir de la France, votre avenir, Favenir de vos familles, votre existence tout entière. L'union seule fait la force; si vous vous divisez, malheur à vous ! C'est sur votre division que l'on compte. Serrez-vous les uns contre les autres, el par un vote unanime qui vous donnera des représentants digiies de vous et dignes de la France, prouvez que le Gouvernement provisoire n'a pas trop présumé de votre patriotisme et de vos lumières, en faisant appel au sulîVage universel.

Les membres du Comité : VJUDE, président; liKRTRAND, vioe-président; DUCLOZET^CORIURD, NANCEY, E. GAYOT, ROUAN.

Troyes.— Imprimerie d'Amier-André.

AUX HABITANTS

DE LA

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