CHAPITRE LXVI
Succession de saine doctrine et de bons exemples dans tous les temps.
Je ne prétends pas entrer dans les détails des désordres qui ont suivi ce relâchement des maximes de morale. Ils ne sont que trop connus ; et rien n'est moins mon dessein que de décrire les mœurs des mauvais Chrétiens, puisque ce n'est pas par là qu'ils sont Chrétiens, mais par la profession de la doctrine. Je dois seulement représenter les mœurs qui distinguent les vrais Chrétiens de tout le reste du monde. Or Dieu n'a jamais tellement abandonné son Eglise, que ses mœurs n'y soient demeurées. De quelque manière qu'elle ait été gouvernée dans les siècles diffé« rents, soit par des évéques immédiatement, soit par des prêtres commis par eux ou envoyés par des papes, par des séculiers ou par des réguliers, ou par des pasteurs ordinaires, ou par des missionnaires étrangers, c'a toujours été la môme religion et le même corps de doctrine. La foi a toujours été très-pure, et les grands principes de la mo-
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raie sont toujonn demeurés fermes. Il a toujours été constant qu*il fallait observer la loi de Dieu, expliquée suivant Fautorité des anciens^ et se proposer pour modèles les saints que l'Eglise honore publiquement.
Il y a toujours eu de ces modèles vivants. Chaque siècle a eu ses apétres qui sont allés prêcher la foi aux mfldèles ; chaque siècle a eu ses martyrs. Les vierges et les vrais pénitents ont toajours été en grand nombre ; car c'est le désir sincère de la pénitence qui, depuis le xi* siècle, introduisit tant de nouveaux ordres de moines , suivant la remarque de saint Bernard. Dieu a suscité de temps en temps des hommes extraordinaires pour maintenir la saine doctrine et pour réveiller la piété. Qu'y a-t-il de comparable au même saint Bernard ? N'a-t-il pas rassemblé en sa personne le zèle des prophètes, la science et l'éloquence des plus grands docteurs de l'Eglise, et la mortification des plus parfaits solitaires, sans parler de ses miracles, comparables à ceux des apôtres ? Que ne doit-on pas à Innocent m et aux autres grands et savants papes de ces temps-là, au Maître des Sentences, à saint Thomas, et aux autres qui ont réduit la Théologie en méthode? Saint François d'Assise a donné un exemple sensible de l'Evangile pratiqué au pied de la lettre, d'une humilité et d'une mortification dignes des temps apostoliques ; et ainsi de siècle en siècle, de génération en génération. Dieu a conservé dans son Eglise la tradition non-seulement de la doctrine, mais encore de la pratique des vertus.
Il est donc vrai que Jésus-Christ est aujourd'hui aussi bien qu'hier, et qu'il sera le même dans tous les siècles. En vain depuis longtemps les mauvais Chrétiens s'efforcent de rendre inutile le respect que l'on a toujours conservé pour l'antiquité et pour les exemples des saints, en supposant que dans les premiers siècles du christianisme les hommes fussent d'une autre nature, les corps plus robustes pour souffrir le jeûne et les autres austérités, les esprits plus dociles, toutes les vertus plus aisées. Si nous leur disons que saint Pierre et saint Paul vivaient dans la pauvreté et le travail, ils répondent : C'étaient des apôtres. Saint Antoine et saint Martin ont fait de grandes pénitences : c'étaient des saints. Saint Augustin faisait vivre ses clercs en commun, et vivait lui-même fort simplement, tout évêque qu'il était : cela était bon en ces temps-là. Vous diriez que ces mots de sainteté, d'antiquité, de primitive Eglise, sont des exceptions légitimes pour se défendre des pratiques de
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la péniteoce, de Tétude contiDuelle de la loi de Diea^ de réIoigDemeDt des plaisirs et des vanités da siècle^ du désintéressement et de la vie exemplaire que doivent mener les prêtres et les fidèles : on sMmagine répondre à tout en â/stinguant les temps.
Oq feint de mépriser l'antiquité , et on la méprise en effet. On la regarde comme un temps miraculeux, on désespère de Vimiter, on ne Tétudie point, on ne veut point la connaître^ parce que cette connaissance est un reproche secret contre nos désordres. Nous voulons croire impossible ce que nous n'avons pas la force de pratiquer. Ceux qui ont lu la harangue du nonce Alexandre, rapportée par le cardinal Pallavicini au commencement de son histoire, savent jusqu'où Ton a poussé ces maximes.
L'Eglise, dit-on, était forte et vigoureuse dans sa jeunesse; elle produisait des vertus héroïques; à présent elle est dans sa vieillesse et dans son déclin. Elle a eu son printemps et son été ; elle est dans son hiver. Que veulent dire ces métaphores? Prétend- on que la durée de TEglise ressemble eDectivement au cours de Tannée, ou à la suite de la vie humaine? Osera- t-on dire qu'elle ait été imparfaite dans ses commencements, qu'elle ait acquis sa perfection avec le temps, et qu'elle doive avoir sa décadence, comme les créatures périssables, ou comme les ouvrages des hommes I Hais encore, en quoi veut-on qu'il soit arrivé du changement depuis la publication de l'Evangile ? Est-ce dans la nature humaine? L'expérience et la foi de toutes les histoires nous assurent du contraire. Est-ce dans la loi de Dieu ? est-ce dans sa grâce ? Il n'a ni moins de puissance ni moins de bonté, et Jésus-Christ ne nous a point avertis que son Eglise doive être gouvernée par différentes règles suivant les temps. Le changement de l'ancienne loi et l'abolition des cérémonies avaient été prédits expressément; pour l'Evangile, il doit être prêché > et jusqu'aux extrémités de la terre, et jusqu'à la fin du inonde. On ne doit pas seulement enseigner les mystères, mais encore l'observation de tous les préceptes de Jésus-Christ, et ce n'est pas en vain qu'il est avec nous jusqu'à la consommation des siècles. Ne nous flattons donc pas d'excuses frivoles, et n'accusons du relâchement de nos mœurs que notre propre ignorance et notre propre faiblesse. Il n'est pas moins dangereux, disait le pape Grégoire VU, d'attaquer la morale et la discipline de l'antiquité, que d'attaquer sa foi ; l'une et l'autre noua sont venues par la tradition*
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