CHAPITRE LXVII
Quels abus tolérés, et comment.
Il est Trai que TEglise tolère quelquefois des abus trop enracinés, attendant la conjoncture favorable pour les retrancher^ et qu'elle a quelquefois accordé à la dureté du cœur des adoucissements de Tancienne discipline. Lsl règle de communier quatre fois Tannée subsistait encore dans le IX' siècle. Elle fut mal pratiquée dans ia suite, et Pierre de Blois témoigne que de son temps^ c'estrà-dire au xii"* siècle, la plupart des Chrétiens ne communiaient plus qu'une fois. L'Église y eut égard sans l'approuver, dans la règle éta* blie au concile de Latran. Il avait été défendu de dire des messes basses pendant les messes solennelles, de peur d'y apporter du trouble ; cependant l'usage l'a emporté. Du temps de saint Thomas, c'est-à-dire il y a quatre cents ans, le jeûne était à none, et il n'était mention que d'un seul repas : depuis on l'a avancé jusqu'à midi, et on a permis la collation. Je mets encore au rang des adoucissements^ d'avoir laissé les pénitences à la discrétiondes confesseurs, d'avoir accordé si fréquemment des indulgences, d'avoir mitigé plusieurs règles monastiques. On a cru que des religieux moins parfaits que la règle ne désire le seraient toujours plue que s'ils demeuraient dans le siècle, et qu'il valait mieux adoucir le carême que de le laisser abolir. Mais il ne faut pas abuser de ces condescendances pour nous imaginer que le chemin du ciel soit devenu plus facile, que nous soyons plus heureux que nos ancêtres, ni que les évêques et les papes des derniers temps aient cru être plus sages que n'étaient leurs prédécesseurs.
11 ne faut que lire les constitutions ou les canons qui ont autorisé quelques adoucissements, pour voir que TEglise nç l'a jamais fait qu'à regret. Il y en a même plusieurs qui ne se sont introduits que par l'usage, et cependant l'Eglise a conservé soigneusement les pratiques de l'antiquité. Ainsi l'of&ce de none ou de vêpres que nous chantons avant le repas des jours de jeûne^ toutes les formules des ordinations et des autres actions publiques ^ont comme autant de protestations souvent réitérées pour empêcher que l'on ne prétende prescrire contre les anciennes règles.
Il y a des abus que TEglise a toujours condamnés, comme ce& spectacles absurdes que Ton avait eu la témérité d'introduire jusque dans les églises, et qui furent djé- .
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tendus au concile de B&le ; comme les réjouissances profanes aax fêtes, dont nous voyons des restes à la Saint- Martin, aux Rois, et aux fêtes de patrons dans les villages ; et les débauches de Carnaval, qui ne peuvent avoir ea d'autre principe que le regret d'entrer dans le carême. Les apôtres et leurs disciples auraient-ils pu croire que cette sainte préparation à la Pftque serait quelque jour un prétexte de dissolution ?
Xes saints et les vrais Chrétiens se sont toujours élevés contre cet abus. On sait avec quelle vigueur saint Charles les a reprimés, et combien il a travaillé pour ramener l'esprit de l'antiquité jusque dans les moindres parties de la religion. Le concile de Trente, et ceux qui ont été tenus pour le faire exécuter dans les provinces , ne respirent autre chose ; et tant de réformes des ordres religieux, que Ton a vues depuis un siècle, n'ont d'autre but que de se conformer à leur première institution. Sainte Thérèse ne pouvait souffrir que, sous prétexte de discrétion et de peur de scandale, on arrêtât la ferveur de ceux qui voulaient imiter les saints des premiers siècles. Elle se plaignait que ces discrétions perdaient le monde, et soutenait que de son temps, c'est-à-dire presque du nôtre, l'on était capable des vertus de la primitive Eglise. C'est à cette occasion qu'elle rapporte la vie de saint Pierre d'Âlcantara, dont elle était témoin oculaire.