‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 102 sur 103 · CHAPITRE LXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVIII

Usage de cet écrit.

Suivant de si grandes autorités, j'ai cru qu'il était bon de représenter à tout le monde quelles ont été et quelles doivent être les mœurs des Chrétiens. Je n'ai rien dit ici qui ne soit fort familier aux gens de lettres, et tiré des livres qu'ils ont entre les mains ; ils verront même que j'en ai beaucoup omis ; mais la plupart de ces faits ne sont pas assez connus du commun des fidèles, et les peuvent édifier. Ils verront qu'il ne faut pas réduire la religion chrétienne à de simples pratiques, comme plusieurs croient. Faire quelque petite prière le soir et le matin, assister le dimanche à une messe basse, ne distinguer le carême que par la différence des viandes, et s'en dispenser sur de légers prétextes ; ne s'approcher des sacrements que rarement, et avec si peu d'affection, que les fêtes les plus solennelles deviennent des jours fâcheux et pénibles; vivre, au reste, autant occupé des affaires ou des plaisirs sen-

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sibles que des païens pourraient Tétre ; ce ne sont pas îà les chrétiens que j'ai tftché de dépeindre.

.Peut-être aussi quelques-uns de ceux qui se seront séparés de nous sous prétexte de réformation. Terrent ici que leur schisme est mal fondé, que la primitive Eglise n'était pas telle qu'ils se Timaginent, et que nos maximes sont autres qu'ils ne le croient. Ils verront que leurs réformateurs ont trop légèrement condamné des pratiques trèsanciennes^ comme la communion sous une espèce,- la vénération des reliques et des images, la prière pour les morts, l'abstinence de certaines viandes, le vœu de continence^ la vie monastique, et que sous prétexte d'ôter des superstitions, ils ont introduit un christianisme grossier, où Ton ne voit personne qui embrasse les conseils de l'Evangile, et où les préceptes mêmes ne sont pas mieux observés que les conseils.

Enfin j'espère que la vue de ces mœurs si saintes pourra faire quelque impression sur ceux qui sont assez aveugles pour confondre la vraie religion avec les faussetés que l'erreur ou la mauvaise politique a introduites. Si quelqu'un d'eux fait réflexion sur les grands changements que TÉvangile a produits dans les mœurs de toutes les nations, et sur la différence qu'il y a toujours eu entre les vrais Chrétiens et les infidèles, il verra que le Christianisme a des fondements plus solides qu'il ne pensait, et qu'il faut croire qu'il s'est établi par de grands miracles, puisqu'il serait encore plus incroyable qu'un tel changement fût arrivé sans miracle. Ces miracles avaient fait une si forte impression, que l'on ne s'est avisé que bien tard de les révoquer en doute. Pour parler de ce que nous connaissons distinctement, il n'y a guère plus de trois cents ans que quelques Italiens, gens d'esprit, mais très-ignorants de la religion, étant choqués de plusieurs abus qu'ils avaient devant les yeux, ont introduit ces égarements. Charmés de la beauté des anciens auteurs grecs et latins, et de ce qu'ils apprenaient de la politique de ces peuples et de leur manière de vivre, ils ne pouvaient rien goûter hors de là, d'autant plus que les maximes de ces anciens s'accordaient mieux que les nôtres avec la corruption du cœur humain et les mœurs du commun des hommes.

Les nouvelles hérésies ont augmenté ce mal. Les disputes sur les fondements de la religion ont ébranlé ou détruit la foi en plusieurs, qui n'ont pas laissé de continuer, par divers motifs temporels, à professer extérieurement la reli-

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gioQ catholique ; et, chez les hérétiques, le nombre a été bleu plus grand de ceux gui, n'étant plus arrêtés par aocoiie autorité, ont poussé jusqu'au bout les conséquences de leurs mauvais principes, et sont venus à ne savoir que croire, et à regarder la religion comme une partie de la poétique. Cette malheareuse doctrine s'est aisément étendue; les jeunes gens ayant oui leurs pères, ou ceux, qui leur paraissaient gens d'esprit, faire quelque méchante raillerie sur la religion, ou même leur dire sérieusement t]u'elle était saiïs fondement, s'en sont tenus là sans approfondir davantage, trouvant ces maximes plus conformes à leurs pas* siens. On se flatte par vanité de se distinguer du vulgaire igoorant, et de s'élever au-dessus de la simplicité de nos pères. La paresse trouve aussi son compte à demeurer dans le doute, ou à décider au hasard, sans se donner la peine d'examiner. Hais que l'on dise ce que l'on voudra, les faits que j'ai posés demeureront constants, et il sera toujours vrai, comme dit souvent Origène contre Gelse, que Jésus- Christ a reformé le monde, et l'a rempli de vertus inconnues jusqu'alors. .

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