‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 11 sur 103 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Leurs habits.

Quant aux habits de Israélites, on ne peut en savoir la , forme exactement. Ils ne faisaient point de figures pour représenter des hommes, et on ne s'instruit bien de ces > sortes de choses que parles yeux ; mais on les peut deviner par les images qui nous restent des Grecs et des autres anciens. Pour les peintures modernes^ la plupart ne servent qu'à nous en donner de fausses idées. Je ne parle pas seulement de ces peintures où tous les personnages, de quelque temps et de quelque pays qu'ils soient, sont ha-^ billes comme ceux que le peintre avait accoutumé de voir, c'est-à-dire comme les Français ou les Allemands étaieut il y a deux à trois cents ans : je parle des ouvrages des plus grands peintres, excepté Raphaël, Poussin et quelque peu d'autres qui ont bien étudié l'antiquité et les mœurs de chaque temps, ou, comme ils disent, le costume. Tout le reste des peintres n'y ont point entendu d'autre finesse que de peindre les Levantins tels qu'ils les voyaient à Venise et autres ports dltalie, et, pour les bis* toires du Nouveau Testament, les Juifs, comme ceux de leur pays. Cependant, comme la plupart des figures de l'histoire sainte sont copiées sur ces sortes d'originaux^ nous en avons

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pris les impressions dès l'enfance ; et nous sommes accoutumés à nous représenter les patriarches avec des turbans et des barbes jusqu'à la ceinture, et les pharisiens de TE- Tangile avec des chaperons et des gibecières. Il n'y a pas grand mal à se tromper à tout cela ; mais il vaut encore mieux ne s*y point tromper s'il est possible.

Les anciens étaient d'ordinaire vêtus de long, comme sont encore la plupart des peuples du monde, et comme nous étions nous-mêmes en France il n'y a que deux cents ans. C'est bien plus tôt fait de se couvrir tout d'un coup, que de vêtir chaque partie du corps l'une après l'autre : et les grandes draperies ont plus de dignité et de vraie beauté. Dans les pays chauds, on a toujours porté des habits larges ; et on s'est peu mis en peine de couvrir les bras ou les jambes, ni déporter d'autres chaussures que des semelles diversement attachées. Ainsi les habits n'avaient presque point de façon ; ce n'étaient que des pièces d'étoffes que Ton faisait de la grandeur et de la figure que devait avoir Thabit ; il n'y avait rien k tailler et peu à coudre; ils avaient même l'art de faire sur le métier des robes à manches tout d'une pièce sans couture, comme était la tunique de Jésus-Christ.

Les modes ne changeaient point, comme elles ne changent point encore dans tout le Levant. En effet, puisque les habits sont faits pour couvrir le corps, et que tous les corps humains sont semblables en tous les temps, il n'y a point de raison à cette prodigieuse variété d'habits, et à ces changements si fréquents auxquels nous sommes accoutumés. 11 est raisonnable d'y chercher ce qui est le plus commode, afin que le corps soit suffisamment couvert pour les injures de l'air, suivant le pays et la saison, et qu'il ait une liberté entière de tous ses mouvements. On doit avoir égard à la bienséance selon Tâge, le sexe et la profession. On peut même penser à la beauté des habits, pourvu que sous ce prétexte on ne se charge pas d'ornements incommodes, et que l'on se contente, comme les anciens, des couleurs agréables et des draperies naturelles. Mais quand on a une fois trouvé le commode et le beau, on ne devrait jamais changer.

Aussi ne sont-ce pas les gens les plus sages qui inventent les modes nouvelles : ce sont les femmes et les jeunes gens, aidés par des marchands et des ouvriers ignorants qui n'ontd'autre vueque leur intérêt. Cependant ces bagatelles ontdesponséquensestrès*«éneuses; la dépense que causent

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les ornemeDts superflus et les changements de modes est très-grande pour la plupart des gens de condition médiocre. C'est une source de querelles entre les personnes âgées et les jeunes gens : le respect pour les temps passés en est fort diminué. Les jeunes gens en qui Timagination domine, voyant les portraits de leurs grands-pàres avec des habillements dont tout le ridicule paratt parce que les yeux n'y sont pas accoutumés, ont peine à se figurer qu'ils fussent bien sages^ et que leurs maximes soient bonnes à suivre. Enfin ceux qui se piquent de propreté sont obligés de se faire de leurs habits une occupation considérable, et une étude qui ne sert pas assurément à leur élever l'esprit, ni à les rendre capables de grandes choses.

Gomme les anciens ne changeaient point de modes, les riches avaient toujours grande quantité d^habits en réserve, et n'étaient jamais exposés à attendre un habit neuf, ou à le faire faire à la hâte. Il se trouva dans la garde-robe de Lucullus cinq mille chlamydes, qui étaient une espèce de manteau de guerre ; on peut juger par là du reste. Il était ordinaire de faire des présents d'habits : et alors on en donnait deux paires, afin qu'il y eût de quoi changer, et que l'un pût être porté pendant qu'on laverait l'autre ; c'était comme nos chemises.

Les étoffes étaient la plupart de laine. En Egypte et en Syrie on en portait aussi de fin lin, de coton et de bysse, plus fin que tout le reste. Ce bysse, dont il est tant parlé dans l'Ecriture, est une espèce de soie d'un jaune doré, fournie par de grandes coquilles. Pour notre soie produite par les vers à soie^ elle était encore inconnue du temps des Israélites, et l'usage n'en est devenu fréquent au delà des Indes que plus de cinq cents ans après JésusrGhrist. La beauté des habits consistait dans la finesse des étoffes ou dans la couleur. Les plus estimées étaient le blanc, la pourpre rouge ou violette ; et il semble que le blanc fût la couleur la plus ordinaire chez les Israélites, aussi bien que chez les Grecs et les Romains, puisque Salomon dit: Que nos habits soient toujours blancs, pour dire : Soyez toujours propres. En effet, rien n'est plus simple que de se servir de la laine et du lin tels que la nature les produit, et sans teinture. Les jeunes giarçons et les filles portaient des habits bigarrés de diverses couleurs. Telle était la robe de Joseph dont ses frères k dépouillèrent quand ils le vendirent, et telles étaient du tesops de David les robes des filles des rois.

Les oraeioeats des habits étaient des franges ou des bor-

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dures de pourpre et de broderies, et quelques agrafes d'or ou de pierreries aux endroits où elles étaient nécessaires. La magnificence consistait à changer souvent d*habits, et à n*en porter que de bien nets et de bien entiers. Au reste, on ne doutera point que les Israélites ne fussent vêtus bien simplement, si l'on considère combien les hsbits des Grecs et des Romains étaient simples^ même dans les temps de leur plus grand luxe. On peut voir les statues antiques, la colonne ^Rrajane et les autres bas-reliefs.

Les habits dont TEcritare parle d^ordinaire sont la tunique et le manteau ; Thabit grec et Thabit romain ne consistaient aussi que dans ces deax pièces. La tunique était large pour laisser la liberté de tous les mouvements dans le travail ; ils la laissaient Iftche quand ils étaient en re()os; mais quand ils voulaient agir ou marcher, ils la serraient d'une ceinture. De là vient cette phrase si fréquente dans rBcriture: Lève-toi, ceins tes reins, et fais cela. Il était commandé aux Israélites de porter aux coins de leurs manteaux des houppes violettes, pour se rendre continuellement attentifs a la loi de Dieu. Us avaient la tête couverte d'une espèce de tiare, comme celle des Perses et des Ghaldéens, puisque c'était une marque de deuil d'aller tê^e nue, et ils portaient des cheveux, puisque se raser la tête était une marque de deuil. Pour la barbe, U est bien certain qu'ils la portaient longue, par l'exemple des ambassadeurs que David envoya au roi des Ammonites, et que ce roi mai conseillé fit raser à moitié, pour leur faire affront : en sorte qu'ils fure^t obligés de demeurer quelque temps à Jéricho pour laisser recrot^e leur barbe avant d'oser se montrer. Il leur fit aussi couper leurs habits à moitié^ ce qui fait voir qu'ils les portaient assez longs.

Us se baignaient souvent, comme on le fait encore dans les pays chauds ; ils se lavaient encore plus souvent les pieds, parce que, ne portant que des sandales, ils ne pouvaient marcher sans amasser de la poussière. De là vient que rBcriture parle tant de laver les pieds, en rentrant dans la maison , en se mettant à table et en se couchant. Or, comme l'eau dessèche la peau et le poil, ils s'oignaient d'huile simple ou mêlée de drogues aromatiques : c*est ce

Ju'ils appelaient ordinairement onguent. On en use encore ans les Indes.

On voit en plusieurs endroits de TEcriture comment les femmes s'habillaient et se paraient. Dieu, reprochant à Jérusalem ses infidélités sous la figure d'un époux qui a tiré

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sa femme de la dernière misère pour la combler de biens^ dit par le prophète Ezéchiel : qu il lui a donné des étoffes trèS'fines et de divers couleurs, une ceinture de soie^ des souliers violets, des pendaots d'oreilles et une couronne, ou plutôt une mitre, comme les femmes syriennes en portaient encore longtemps après, qu*il Ta ornée d'or, d'argent et des étoffes les plus précieuses. Quand Judith se para pour aller trouver Holopherne, il est dit qu'elle se lava et s*oignit, qu'elle arrangea ses cheyeux et mit une mitre sur sa tête ; qu'elle prit ses habits de joie, chaussa ses sandales, et s* orna de bracelets, de pendants d'oreilles et de bagues. Enfin on ne peut désirer un plus grand détail de ces ornements de femme que celui que nous lisons dans Isaïe lorsqu'il reproche aui filles de Sion leur luxe et leur vanité : aussi la corruption était-elle montée à son plus haut point.

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