CHAPITRE XI
Leurs meubles et leurs maisons.
Il faut beaucoup moins de meubles dans les pays chauds que dans les nôtres ; et la simplicité des Israélites dans tout le reste donne sujet de croire qu'ils en avaient peu. La loi parle souvent de vaisseaux de bois et de terre ; et la vaisselle de terre était fort commune chez les Grecs et chez les Romains, avant que le luxe les eût gagnés. Il en est parlé dans le dénombrement des rafraîchissements qui furent amenés à David pendant la guerre d'Absalon. On voit les meubles qui étaient estimés les plus nécessaires dans ces paroles de la Sunamite qui logea le prophète Elisée: Faisons, disait-elle à son mari, une petite chambre pour cet homme de Dieu, et y mettons un lit, une table, un siège et un chandelier. Leurs lits n'étaient que des couchettes, sans courtines et sans rideaux, si Ce n'est de ces pavillons légers que les Grecs nommaient conopées, parce qu'ils servaient a garantir des cousins. Les plus magnifiques étaient des lits d'ivoire, comme le prophète Amos reproche aux riches de son temps ; et les plus délicats en faisaient Teufooçure bien molle, les garnissaient d'étoffes précieuses, et les arrosaient d'eau de senteur. On rangeait les lits contre la muraille, puisqu'il est dit que le roi Ëzéchias, ayant ouï la menace de sa mort prochaine^ se tourna vers la muraille pour pleurer.
Le chandelier dont il est parlé dans les meubles d'Ëli-
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sée était apparemment ud de ces grands chandeliers qai se posaient à terre pour porter une ou plusieurs lampes. Jusqu*alors et longtemps depuis, c'est-à-dire même du temps des Romains, on ne brûlait que de Thuile pour éclairer. De là vient qu'il est si d'ordinaire dans rÉcriture de nommer lampe tout ce qui éclaire le corps ou Tesprit, ce qui dirige, ce qui réjouit. Il n'y a pas d'apparence qu'ils eussent de tapisseries dans leurs maisons : on n'en use point dans les pays chauds, parce que les murailles nues sont plus fraîches : on s'y sert seulement de tapis de pied, pour s'asseoir et se coucher : il en est parlé dans Ëzéchiel à l'occasion des marchandises que les Arabes apportaient à Tyr. Il est aussi parlé de tapis à propos des rafraîchissements que Ton apporta à David ; ce qui peut faire croire que les Israélites s'en servaient en campagne, car dans les maisons ils avaient des sièges.
Leurs maisons étaient différentes des nôtres en tout ce que Ton voit encore dans les pays chauds. Les toits y sont en terrasses, les fenêtres ne se ferment qu'avec des jalousies ou des rideaux : il n'y a point de cheminées; on loge par le bas, et de plain-pied tant qu'on le peut.
Que les toits fussent plats* dans la terre d'Israël et aux environs, il y en a bien des preuves dans TEcriture. Rahab cacha les espions de Josué sur le toit de sa maison. Quand Samuel déclara à Saûl que Dieu l'avait choisi pour roi, il le fit coucher la nuit sur le toit ; ce qui est encore ordinaire dans les pays chauds. David se promenait sur le toit de son palais quand il vit'Bethsabée qui se lavait. Absalon fit dresser une tente sur le toit du même palais quand il insulta si audacieusement son père : cette action était comme une prise de possession du royaume, et il fallait la rendre publique pour montrer que sa révolte était sans retour. On montait sur les toits dans les grandes alarmes, comme on voit par deux passages d'Isaïe. Tout cela fait voir la raison de la loi, qui ordonnait de faire tout autour des toits un mur d'appui, de peur que quelqu'un ne se tuât en tombant, et fait comprendre celte expression de TEvangile : Ce qui vous a été dit à l'oreille, publiez-le sur les tuits. Chaque maison était un échafaud dressé pour quiconque voulait se faire entendre de loin.
Les treillis des fenêtres sont marqués dans les Proverbes^ dans les Cantiques de Salomon, et dans Thistoire de la mort d'Ochosias, roi d'Israël. Quand le roi Joachim brûla le livre que Jérémie avait écrit par ordre de Dieu, il était dans son
apparteiDont Tbiver, aseis detant un hntm da efaarbon allttoié. Oa peut juger de là qu*ils ii'a?aîeDt point de cheminées, qai «ont, en effets des inventions des paya froids; dans les pays chauds on se contente d'avoir desCourneaui pour la ciiiaiDe^ Ils se servaient beaucoup de pierre poor bfliir, prioeipalement à Jérusalem^, où elle était très«H[x>fDmune^ et ils savai^t L» tailler en fort grandes pièces. Il est parlé, dans les édifices de Satomon, de pierres de boit à dix coudées, qui sont douae è quinze pieds; par pierres précieuses en entend sans doute divers marbres.
La beaaté de leurs bâtiments consistait moins en des ornements placés à quelques endroits que dans la forme entière, dans la taille et la liaison des pierres; ils hYwâeni grand soin que tout fût bien uni et bien dressé au plomb , à l'équerre et au niveau. C*est ainsi qu'Homère parle des bâtiments qu'il loue ; et on admire encore cette esptee de beauté aux bâtiments des anciens Egyptiens. Les Israélites employaient des bois odoriférants, comme le cèdre et le cyprès, pour revêtir en dedans les bâtiments les plus riches, en faire des lambris et des colonnes. On le voit parle temple et par les palais de Salomon. David dit qu*il habite uae maison de cèdre, pour dire qu'il est logé magnifiquenieiit.