CHAPITRE XIII
Purifications.
Les purifications ordonnées par la loi avaient les mêmes fondements que la distinction des viandes. Les peuples voisins en pratiquaient de semblables, entre autres les Egyptiens, chez qui les sacrificateurs se rasaient tous les trois jours, et se lavaient tout le corps deux fois la nuit, et deux ou trois fois le jour. Les purifications légales des Israélites étaient utiles pour la santé et pour les mœurs. La netteté du corps est un symbole de la pureté de Tâme^ et de là vient que quelques saints , par esprit de pénitence , ont affecté d'être malpropres pour se rendre plus méprisables , et faire mieux paraître au dehors Thorreur qu'ils avaient de leurs péchés. De là vient encore que la purification extérieure est appelée, dans l'Ecriture, sanctification, parce qu'elle rend sensible la pureté intérieure avec laquelle on doit s'approcher des choses saintes. On peut même dire que la propreté est un effet naturel de la vertu, puisque la saleté ne vient, pour l'ordinaire, que de paresse et de bassesse de cœur.
La netteté , d*aillean , est néeemaiie pour entret^ûr la
santé et prévenir les maladies, surtout dans les pays chauds; auaû les hommes y sont natoreilemeat plas pr(^res : h chaleur mvite à se dépouiller, à se baigner, et k changer souvent d'habits, au lieu que dans les pays froids on craint Teau et Tair^ on est plus engourdi et plus pureaseax. Il est certsin que la saleté ou vivent parmi nous la plupart des petites gens^ surtout les plus pauvres, et dans ks villes, eause pu entretient plusieurs maladies ; que seraitce dans les pays chauds , où Tair se corrompt plus aisément et où les eaux sont plus rares I De plus , les anciens sa servaient peu de Uuge, et la laine n'est pas si facile ï nettoyer.
Admirons iei la sagesse et la bonté de Dieu , qui ayait donné k son peaple des lois utiles en tant de manitees^ puisqu'elles servaient tout ensemUe è l'accoutumer à Tobéissance, à l'éloigner de la superstition^ à régler ses mou», et à conserver sa santé. C'est ainsi que dans la structure des animaui: et des plantes nous voyoos tant de parties qui servent à plusieurs usages. Or il était important que les préceptes de propreté fissent partie de la religion , parce que, regardant le dedans des maisons et les actions les plus secrètes de la vie, il n'y avait que la erainte de Dieu qai pût les faire observer. Cependant, par ces choses sensibles^ Dieu formait la consci^ce et accoutumait à reconnaître que rien ne lui est caché, et qu'il ne suffit pas d'être pur au¥ yeux des hommes. TertulÛen prend ainsi ces sortes de lois quand il dit : Mém$ dans le commerce de la vie et d$ la conduite des hommes, au dedans et au dehors, il a tout déterminé, jusqu'à prendre soin de leur vaisselle; afin que, rencontrant partout ces préceptes de la loi, Us m pussent être un moment sans regarder Dieu. Et ensuite : Pour aider cette loi, plutôt favorable que pesante, la même bonté de Dieu a aussi env(yyé des prophètes qui enseignaient ces nujmmes dignes de lui : Otez ta malice de vos âmes, etc»; de sorte que le peuple était suffisamment instruit de la fin et de toute la signification de ces cérémonies et de ces pra* tiques sensibles»
Voilà le fondement des lois qui ordonnent de se baigner et de laver ses habits après avoir touché un corps mort ou un animal immonde, et en plusieurs autres rencontres. De \k vient la purification des vases par l'eau ou par le feu, des maisons où il paraissait quelque corruption , des femmes après leurs couches, et la séparation des lépreux, quoique
DBS ISiUAUTBS. 43
la lèpre Miuicbe, qui est la seule doat perle rscrltura, soit plutôt vm difformité qu'une meladie.
C'étaient les prêtres qui sépiMraient les lépreux , qui jugeaient les autres impuretés légales , et présentaient les diverses purifications. Ainsi ils faisaient une partie de la médecine ; et^ quoiqu'il soit quelquefois parlé de méde-p cins dans l'Ecriture » on peut croire que c'étaient des chi«rurgiens , car chez les anciens ces professions n'étaient point distinguées. H en est parlé dans la loi, quand elle condaïufie celui qui a blessé un homme à payer les salaires des médecins ; et ailleurs il e«t fait mention de bandages , d'emplâtres, d'onguents; mais non, que je sache, de pur*gâtions et de diète. Le roi Âsa ayant la goutte , est blftmé d'avoir eu trop de confiance en l'art des médecins* Peut-être les Israélites suivaient-ils encore les mômes maximes que les Grecs des temps héroïques, dont les médecins, au rapport de Platon, ne s'appliquaient qu'à panser les plaies par des remèdes topiques, sans prescrire de régime , sup-* posant que les autres maux seraient aisément prévenus ou guéris par la bonne constitution et la conduite raisonnable des malades; pour les blessures, il est difficile qu'il n'en arrive par divers accidents , ne fût-ce que dans le travail. Les Israélites fuyaient le commerce des étrangers, et c'était une suite die ces lois pour les purijBucations et le choix des viandes; car> quoique la plupart des peuples voisins eussent des coutumes approchantes, elles n'étaient pas les mêmes, Ainsi un Israélite avait toujours droit de présumer que l'étranger qu'il rencontrait avait mangé du porc ou des victimes offertes aux idoles, ou touché quelque béte immonde» Pe là vient qu'il n'était permis ni de man-* ger avec eux, ni d'entrer dans leurs maisons. Et cette séparation était encore utile pour les mœurs, servant comme de barrière contre la trop grande fréquentation avec les étrangers, qui est toujours pernicieuse au commun des hommes, et qui Tétait encore plus alors, h cause de Tido*latrie. Les Egyptiens étaient fort attachés à cette maxime; l'Ecriture marque qu'ils ne mangeaient point avec les Hébreux , et Hérodote témoigne qu'ils ne voulaient pi baiser un Grec, ni se servir de son couteau ou de sa vaisselle. En-r core aujourd'hui les mahométans ont plusieurs pratiques semblables ; mais ceux qui en ont le plus, et qui y sont attachés avec le plus de superstition, sont les Indiens,
Les Israélites ne s'éloignaient pas toutefois également de toutes sortes d'étrangers , quoiqu'ils les comprissent tous
44 HQBITBS
SOUS le nom de Gofm ou de Gentils. Ils abhorraient toui les idolâtres, particulièrement les iDcirconcis, car ils n'é talent pas les seuls qui pratiquassent la circoncision ; elle étaiten usage chez tous les descendants d* Abraham, comme les Ismaélites, les Madianites et les Iduméens, chez te Ammonites et les Moabites, descendus de Lot. Les Egyptiens mômes, quoique leur origine n'eût rien de commun avec les Hébreux, regardaient la circoncision comme uue purification nécessaire, et tenaient les incirconcis pour immondes. Quant aux Israélites, ils souffrirent les incirconcis qui adoraient]le Trai Dieu, jusqu'à leur permettre d'habiter dans la terre sainte, pourvu qu'ils observassent la loi ^^i la nature et l'abstinence du sang ; mais s'ils se faisaient circoncire, ils étaient réputés enfants d'Abraham, et par conséquent obligés à observer toute la loi de Moïse. Les rabbins I nomment ces derniers prosélytes de justice, et ils nomment prosélytes d'habitation les fidèles incirconcis , qu'ils ap- 1 pellent autrement Noachides, comme n'étant obligés qu'aux préceptes que Dieu donna à Noé au sortir de Tarche. Du . temps de Salomon^ il se trouva plus de cent cinquante mille prosélytes dans la terre d'Israël.
De tous les étrangers, ceux que les Israélites devaient I plus fuir étaient les nations maudites descendues de Ghanaan, que Dieu leur avait commandé d'exterminer. Je ne > vois que ceux-là, comme j'ai déjà dit , avec qui il leur fût défendu de contracter des mariages. Hoise épousa une Hadianite. Booz est loué d'avoir épousé Ruth, Hoabite. I La mère d'Absalon était fille du roi de Gessur. Amasa était fils d'un Ismaélite et d'Abigaïl , sœur de David. Salomon \ épousa la fille du roi d'Egypte dès le commencement de son règne, dans le temps où il était le plus agréable à Dieu : ainsi ce que l'Ecriture dit ensuite pour blâmer ses mariages avec les étrangères, se doit entendre des Chananéennes, et de ce qu'au lieu de convertir les autres, il avait eu pour elles des complaisances criminelles, jusqu'à adorer leurs idoles.
A plus forte raison les mariages étaient libres entre tous les Iraélites , et il n'était point nécessaire de se marier chacun dans sa tribu, comme l'ont cru plusieurs, même des Pères de l'Eglise. Cette loi était particulière aux filles qui étaient héritières, pour ne pas confondre les partages. Au reste , David épousa Michol, fille de Saûl , de la tribu de Benjamin ; et il eut aussi pour femme Achinoain de Jezraêl, de la tribu d'Ephraîm.