CHAPITRE XV
Éducation des enfants. — Exercices. — Études.
L'éducation des enfants semble avoir été h peu près la même chez les Israélites que chez les Egyptiens et les Grecs les plus anciens. Ils leur formaient le corps par le travail et les exercices, et l'esprit par les lettres et la musique. Ils faisaient grand cas de la force du corps, et c'est la louange la plus ordinaire que l'Ecriture donne aux gens de guerre , comme aux braves de David. La course à pied devait être un de leurs principaux exercices, puisque l'on reconnaissait les gens à les voir courir de loin, comme ceux qui portèrent la nouvelle de la défaite d'Absalon : il fallait les avoir vus souvent courir. Il est dit aussi d'Asaêl, frère de Joab, qu'il courait comme un chevreuil. Le prophète Zdcharie parle d'une pierre pesante, que saint Jérôme prend pour une de ces pierres qui servaient à éprouver la force des hommes en essayant à qui les lèverait le plus haut : ainsi on peut croire qu'ils avaient cette espèce d'exercice. L'exemple de Jonathas fait voir qu'ils s'exerçaient à tirer de Tare.
Mais ils ne se firent jamais des exercices du corps une occupation importante, comme les Grecs, qui la réduisirent en art et y cherchèrent les derniers raffinements. Us nommèrent cet art gymnastique, et gymnases les lieux où ils s'exerçaient, qui étaient spacieux, magnifiques, dressés et bâtis à grands frais. Là , des maîtres choisis , et sous eux un grand nombre d'aides, formaient les corps des jeunes gens par un régime très-exact et des exercices fort mesurés. Quelques-uns y prenaient tatit de plaisir, qu'ils s^y occupaient toute leur vie, et demeuraient athlètes de proiessioD. Us acquéraient des forces immenses, et se faisaient
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des corpd teb que ceux qui o&t servi de modèles aux plu belles statues ; mais au reste ils devenaient grossiers et io capables de toute application d^esprit; ils n^étaient mémi propres ni à la guerre, ni à aucune action qui leur pût Ole de la nourriture et du repos^ et déranger leur vie réglée Les Hébreux étaient trop sérieux pour donner dans cei curiosités; et ce fut une nouveauté odieuse, quand ^ soui Ântiochus Tlllustre, on bfttit un gymnase & la grecque dans Jérusalem. Ils se contentaient du travail de la campagne el de quelques exercices militaires, comme firent les Romaiof.
Ils n'avaient pas besoin non plus de grandes études pooi se former Tesprit, si par les études on entend la connaissance de plusieurs langues, et la lecture de beaucoup de livres, comme nous Tentendons d'ordinaire ; car ils méprisaient l'étude des laugues étrangères, comme étant plixiôi à Tusage des esclaves que des hommes libres. Leur langue naturelle leur suf&sait, et c'était la langue hébraïque, teVe que nous la voyons dans l'Ecritute. Elle est du caractère de leurs mœurs. Les mots en sont simples, tous dérivés de peu de racines, sans aucune composition. Bile a uoe richesse merveilleuse dans ses verbes, dont la plupart expriment des phrases entières. Etre grand, faire grand, être fait grand, sont des mots tout simples, que les traductions ne peuvent exprimer parfaitement. La plupart des prépositions et des pronoms ne sont que des lettres ajoutées au commencement ou à la fin des mots. C'est la langue la plus courte que nous connaissions, et par conséquent la plus approchante du langage des esprits, qui n'ont point besoin de paroles pour se faire entendre. Les expressions sont nettes et solides , donnant des idées distinctes et sensibles, sans verbiage ni obscurité.
Le génie de cette langue est de faire suivre les propositions les unes aux autres, sans suspendre le sens, ni s'embarrasser dans de grandes périodes; ce qui rend le style extrêmement clair. De là vient que dans lés narrations, ils font toujours parler directement leurs personnages, et ne craignent point de répéter : surtout ils sont exacts à dire toujours les mêmes choses en mêmes motSé Et voilà ce qui nous fait trouver d'abord peu attrayant le style dé rEcriture; mais c'est en effet une marque du bon sens, de la solidité et de la netteté de L'esprit de ceux qui parlaient ainsi. Quoique les styles des livres sacrés soient fort différents, nous ne voyons point que la langue ait changé de^ puis Moï^o jusqu'à la captivité de Babylone.
DES ISRHÎLITES. Si
Toute leur grammaire consistait donc, comme celle des anciens Grecs, à bien parler leur langue, lire et écrire correctement, atec cette différence qu41 ne parait pas qu'ils Teussent réduite en art, et qu'ils l'apprissent par règles. Leurs lettres étaient celles que Ton nomme aujourd'hui samaritaines, parce que les Samaritains les ont conservées ; et comme elles ne sont ni coulantes ni faciles à former, on pourrait douter qu'il fût fort commun parmi les Israélites de savoir écrire^ d'autant plus que les savants sont nommés dans l'Ecriture sopherim, c'est-à-dire scribes, suivant les anciennes traditions. Aussi des laboureurs ont bien moins besoin d'écriture que des marchands et des gens d'affaires : mais il est à croire que la plupart savaient lire , puisqu'il était recommandé à tous d'apprendre la loi de Dieu et de la méditer jour et nuit , et aue cette étude était leur unique occupation le jour du sabbat.
Ce seul livre suffisait pour les instruire parfaitement : ils y voyaient l'histoire du monde jusqu'à rétablissement dans la terre promise ; l'origine de toutes les nations qui leur étaient connues, et plus particulièrement de celles qu'il leur importait le plus de connaître , des descendants de Loth, d'Abraham, d'Ismaêlet d'Esafl. Ils y voyaient toute la religion , les dogmes , les cérémonies , les préceptes de morale; ils y trouvaient leurs lois civiles. Amsi, ce livre seul, qui est le Pentateuque, ou les cinq livres de Moïse » renfermait tout ce qu'ils devaient savoir.
Ce n'est pas qu'ils n'eussent beaucoup d^autres livres ; car, sans parler des livres de Josué, des Juges, de Samuel, et des autres livres sacrés qui furent écrits ensuite, dès le temps de Moïse il est parlé d'un livre des guerres du Seigneur, et ailleurs il est fait mention d'un livre des justes» Les livres des Rois renvoient souvent à des chroniques des rois de Juda et d'Israël. Salomon avait écrit trois mille paraboles et mille cinq cantiques : il avait fait des traités de toutes les plantes et de tous les animaux, et il se plaint luimôme quel'on fait des livres sans fin. Tous ces livres , et peut-être beaucoup d'autres que nous ne connaissons pas^ se sont perdus, comme ceux des B^ptiens, des Syriens et des autres Orientaux; les seuls livres qui restent de cette antiquité sont ceux que Dieu a dictés à ses prophètes, et qu'il a conservés par une providence particulière.
Il n'y a pas d'apparence que les Israélites étudiassent les livres des étrangers^ dont ils avaient tant de soin de se séparer ; et cette étude leur eût été dangereuse, puisqu'ils
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y eussent appris les fables impies et extravagantes qui faisaient la théologie des idolâtres; or ils en avaient uoe telle horreur, au moins les gens de bien, qu'ils ne yoqlaient pas même prononcer les noms des faux dieui^ et jiue, s'ils se trouvaient mêlés à quelques noms propres, ils les changeaient. Ainsi ils disaient Isboseth et Mipbiboseth pour Esbaal et Méribbaal, Béthaven pour Bélhel, Beizébuth pour Béelzémen. Ces fables, qui contenaient toute la doctrine des fausses religions, étaient un amas de mensonges accumulés par une longue tradition^ sur quelques fondements des anciennes vérités^ et ornés par les inventions des poètes. Lés mères et les nourrices les apprenaient aux enfants dès le berceau, et on les chantait dans les cérémonies et les festins. Les plus sages d^entre les païens voyaient bien que ces fables ne tendaient qu'au mépris de la Divinité et à la corruption des mœurs ; mais le mal était sans remède.
Les Israélites étaient les seuls chez qui on ne racontait aux enfants que des vérités propres à leur inspirer la crainte et Tamour de Dieu, et à les exciter à la vertu ; toutes leurs traditions étaient nobles et utiles. Ce n'est pas qu'outre les simples narrations ils n'employassent aussi des paraboles et des énigmes pour enseigner des vérités importantes, particulièrement de morale. C'était un exercice entre les gens d'esprit de proposer des énigmes , comme nous voyons par les exemples de Samson et de la reine de Saba. Les Grecs nous racontent la même chose de leurs premiers sages. Us usaient aussi de ces fables à la manière d'Esope : nous en avons deux dans TEcriture, celle de Joalhan iils de Gédéou, et celle de Joas roi d'Israël. Mais le principal usage des allégories et du discours figuré était de renfermer les maximes de morale sous des images agréables e( en peu de paroles, afin que les enfants les retinssent plus aisément : telles sont les paraboles ou proverbes dont les livres de la Sagesse sont des recueils.
Ces paraboles étaient d'ordinaire exprimées en vers , et les vers étaient faits pour être chantés : ainsi je crois que les Israélites apprenaient aussi la musique. J'en juge par les Grecs, qui avaient pris des Orientaux toutes leurs études et toute leur politesse. Or il est certain que les Grecs faisaient apprendre à tous leurs enfants h chanter et à jouer des instruments. Cette étude est la plus ancienne de toutes. Avant l'usage des lettres ou mémoires historiques, le souvenir des grandes choses se conservait par des chants. Les
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Gaulois et les Germains en usaient encore ainsi du temps des Romains^ et la même coutume s'est conservée jusqu'à présent chez les peuples d'Amérique.
Quoique les Hébreux eussent ces sortes de mémoires, ils savaient que l'on retient toujours mieux les paroles mesurées et mises en musique; et de là vient le grand soin qu'ils avaient de composer des cantiques sur ce qui leur arrivait de considérable. Tels sont les deux que fit Hoîse ; l'un au passage de la mer Rouge , et l'autre en mourant, pour recommander l'observance de la loi. Tel est le cantique de Débora, celui de la mère de Samuel, et tant d'autres, et surtout les psaumes de David. Ces poésies sont d^une merveilleuse instruction; elles sont pleines des louanges de Dieu, de la mémoire de ses bienfnits, de préceptes de morale, et de tous les sentiments que doit avoir un homme de bien dans les différents états de sa vie. Ainsi les vérités les plus importantes et les sentiments les plus droits entraient agréablement dans les esprits des enfants avec les paroles et les airs.
C'était là l'usage légitime de la poésie et de la musique. Dieu, qui a fait les bons esprits et les belles voix, a voulu sans doute que l'on s'en servit pour faire goûter les bonnes choses, et non pas pour fomenter les passions criminelles. Les Grecs eux-mêmes ont reconnu que la plus ancienne et la meilleure espèce de poésie était la poésie lyrique, c'està-dire celle qui consiste en odes et hymnes, pour louer la Divinité et inspirer la vertu. La poésie dramatique, qui ne consiste qu'en imitation et ne tend qu'à divertir en remuant les passions, était une invention plus nouvelle. Aussi n'en voyons-nous point chez les Hébreux ; et quoique Salomon, dans son Cantique, fasse toujours parler divers personnages, c'est plutôt pour exprimer vivement leurs sentiments que pour représenter une action, comme dans les pièces de théâtre.
11 ne nous reste rien de la musique des Hébreux ni de la structure de leurs vers; mais si Ton juge de la beauté des chants par celle des paroles, ils devaient ê(:re excellents, graves et solides, mais touchants et variés. Si l'on en juge par les effets , l'Ecriture semble leur en attribuer de surnaturels. On voit que leur musique charmait les esprits malins, par l'exemple de Saûl, qui se trouvait mieux quand David jouait de la harpe. On voit que le son des instruments aidait l'esprit de Dieu, qui agitait les prophètes, par l'exemple deceuxqueSaûlrencontra,suivantUprédiction de Samuel,
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et avec lesquels il entra lui-même en de saints transports de joie ; et par l'exemple d'Elisée, qui demandait un joueur d'instruments, afin de prophétiser. C'est-à-dire que cette musique apaisait le mouvement des esprits que le démon avait troublés dans ceux que Dieu lui permettait d'agiter ; et qu'au contraire , rendant les cœurs purs et tranquilles^ elle les élevait à Dieu et les échauffait , les disposant ainsi à mieux recevoir les puissantes impressions de son esprit. Les Grecs nous racontent aussi des effets merveilleux de leur musique pour exciter ou pour calmer les passions : il faut démentir toutes les histoires, ou avouer que la musique des anciens était autrement puissante que la nâtre.
Ce n'est pas qu'elle fût rare chez eux ; ils étaient presque tous musiciens, et, pour me renfermer dans les Hébreux et ne parler que de ceux qui étaient musiciens de profession, il y avait du temps de David quatre mille lévites destinés à ce seul emploi , sous la conduite de deux cent quatrevingt-huit maîtres, dont les chefs étaient Asaph, Héman et Idithun, si souvent nommés dans les inscriptions des psaumes, David lui-môme était grand poète et grand musicien, et Ton sait combien Tinclination des rois sert à ravancement i des ails. Ils avaient une grande diversité d'instruments à vent, comme des trompettes et des flûtes de diverses sortes; des tambours et des instruments à cordes^ dont les deux qui se trouvent le plus souvent sont cinnor et nebel , dont les Grecs ont fait cyoira et naba ; ainsi, quand nous donnons une harpe à David , ce n'est que par conjecture. Us avaient des instruments à huit et à dix cordes.
Leurs chants étaient accompagnés de danses ; car c'est ce que veut dire le mot de chœur que les Latins ont pris des Grecs, et qui signifiait chez eux une troupe de danseurs, vêtus et ornés de même manière. Ils chantaient en-^ semble, et dansaient une espèce de branle, étant assortis, selon rage et le sexe, des jeunes garçons, des filles, des femmes, des vieillards, sans se mêler les uns avec les autres. Or il n'est pas à croire que les danses des Hébreux fussent moins modestes. Il est parlé de chœurs à la procession que fit David pour transférer l'arche en Sion, et en plusieurs occasions de victoires, où il est dit que les filles sortaient des villes en chantant et en dansant.
Je ne vois point que les Israélites eussent des écoles publiques, ni que les jeunes gens sortissent de chez leurs parents pour aller étudier. Leur vie laborieuse ne le comportait pas. Leurs pères en avaient besoin pour les aider
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dans leor travail, et les y dressaiant dès Tanfanoe ; aussi le nom d*écoIe signifie en grec loisir, comme étant le lieu où s'assemblent ceux qui n'ont point d^affaire pressée, cherchant h se divertir honnêtement ; et le mot latin ludu9, qui signifie jeu , revient h la même idée. J*estime dono que la plus grande partie des études se faisait sans lecture et sans leçons réglées, par les entretiens des pères et des vieillards. Les pères étaient obligés d'instruire leurs enfants des grandes choses que Dieu avait faites pour eux et pour leurs pères, et c'est pour cela que la loi leur commandait si souvent d'expliquer à leurs enfants les raisons des fêtes et des autres cérémonies de la religion ; ainsi ces instructions, attachées à des objets sensibles, étant recommencées sou* vent, ne pouvaient manquer d*ôtre solides. Ils leur apprenaient encore tout ce qui regarde T^griculturei joignant à leurs leçons une pratique continuelle; et on ne doutera pas qu'ils n'y fussent fort savants, si l'on considère que durant tant de siècles ils en firent leur unique occupation. Or, quoique cet art soit exercé parmi nous par des gens dépourvus d'instruction, il ne laisse pas d'enfermer une grande étendue de connaissances, beaucoup plus utiles au
Î[enre humain que celles de la plupart des spéculatifs que 'on estime savants ; et, quand nous ne compterions pour sciences que ce qui est écrit dans les livres, les anciens et les modernes ont assez écrit de celle-ci pour nous en donner bonne opinion •
Donc, un Israélite qui, par la tradition de ses pères, par sa propre expérience et quelque lecture , était instruit de sa religion, des lois qui devaient régler sa vie et de l'histoire de sa nation ; qui savait se procurer lui-même toutes les choses nécessaires ; qui connaissait parfaitement la qualité différente des terres et des plantes qui y sont propres , quelles façons il y faut faire et en quelle saison, quelles précautions on doit prendre contre les divers accidents qui font périr les fruits de la terre , comment on doit les cueillir et les conserver ; qui savait la nature des bestiaux , leur nourriture, leurs maladies, leurs remèdes et tant d*autres choses semblables qui sont ignorées parmi nous de la plupart de ceux qui s'appellent gens instruits ou gens de lettres; ce bon Israélite valait bien, ce me semble, un homme nourri dans nos affaires de justice ou de finance, ou dans les dis* putes de nos écoles; car^ il faut l'avouer, on a trop séparé dans les derniers temps les études sérieuses de celles qui sont vraiment utiles \ le soin de l'esprit et des mœurs , do
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celai des affaires et de la santé. La plupart de ceux qui cultivent leur esprit et leur mémoire négligent trop leurs corps, et deviennent încapnbles des actions de vigueur et des travaux pénibles. Plusieurs même se laissent tellement amollir par la musique, la poésie et les autres friwoUiés: qu'avec une grande opinion de leur bel esprit et de leur prétendu mérite, ils mènent une vie languissante et méprisable en effet.
Il y avait toutefois quelques Israélites qui s'm;)pliqu aient particulièrement à Tétude, et que Ton peut appeler savants, même suivant nos idées. Il est dit que, du temps de David) il y avait dans la tribu d'Issachar des hommes savants qui connaissaient chaque temps pour enseigner aux lâraélites ce qu'ils devaient faire ; et les interprètes entendent qu'ils observaient les astres pour régler les fêles et tout Tordre de Tannée. Le prophète Halacbie dit des prêtres en générai, que leurs lèvres gardent la science, et que Ton cherck Tinstruction dans leur bouche. Une de leurs principales fonctions était donc d'enseigner la loi de Dieu dans les assemblées qui se tenaient en chaque ville le jour du sabbat, et que les Grecs nommèrent Synagogue ou Eglise; car Tun et Tautre signifient à peu prés le même. On y faisait aussi parler d'autres hommes doctes, particulièrement ceux qui étaient reconnus pour prophètes inspirés de Dieu. C'étaient là les écoles publiques des Israélites, où Ton enseignait, non pas des choses frivoles, mais la religion et les bonnes mœurs, et où Ton instruisait non pas les enfants ; ou quelques particuliers oisifs, mais tout le peuple.
Les prêtres et les prophètes étaient les seuls qui se mêlaient de composer^ surtout les histoires. Il en était de même chez les Egyptiens : leurs prêtres renonçaient à toutes les affaires humaines. Ils menaient une vie fort sérieuse et dans une grande retraite : toute leur occupation était le service des dieux et Tétude de la sagesse. Ils employaient le jour aux fonctions de la religion, et la nuit aux méditations des mathématiques ; car c*est ce qu'ils appelaient les choses célestes ; il n'y avait qu'eux qui écrivissent Thistoire : ainsi les plus anciennes bi^toires des Romains étaient les annales de leurs pontifes.
Nous voyons dans les histoires xle TEcriture sainte le caractère de leurs auteurs. Il parait que c'étaient des hommes fort sérieux et fort sages, des vieillards de grande expérience, des gens de bien, instruits des affaires. On n'y voit ni vanité, ni flatterie, ni affectation de montrer de Fespril :
au lieu que l'on voit tous ces défauts chez les Grecs , où chaque particulier avait la liberté d'écrire, et où la plupart ne cherchaient que leur propre gloire ou celle de leur nation. Les historiens hébreux ne mettent point leurs noms, et ne dissimulent rien de ce qui leur est désavantagpux , ou aux princes et aux princesses. Ceux qui ont écrit l'histoire de David ont autant circonstancié son crime qu'aucune autre de ses actions.
Ils ne font ni préface ni transition ; ce ne sont que des faits racontés le plus clairement qu'il est possible , sans aucun mélange de raisonnement ni de réflexion. Mais quand on examine bien, on trouve qu'ils ont choisi avec un jugement merveilleux les faits qui servent à leur dessein , ce qui fait que les histoires sont très-courtes, quoique aux endroits importants ils entrent dans les derniers détails^ et mettent l'action devant les yeux du lecteur par une narration très-vive. On voit qu'ils retranchent exprès les réflexions et les exagérations, en ce qu'ils savent bien les employer dans les discours où ils veulent émouvoir. Ainsi Moïse relève et amplifie dans le Deutéronome, avec toutes les figures les plus fortes et les plus grandes, ce qu'il avait raconté trèssimplement dans les livres précédents. Ainsi le prophète Isaïe raconte nûment la défaite de Sennacbérib, après l'avoir exagérée, en la prédisant d'un style qui va jusqu'au sublime. Les Hébreux n'écrivaient pas moins bien dans tous les autres genres. Les lois étaient écrites avec clarté et brièveté; les maximes de morale sont renfermées en des sentences courtes, ornées de figures agréables, et exprimées d'un style mesuré ; car tout cela sert à les faire retenir. Enfin la poésie est sublime; les peintures y sont vives, les métaphores hardies, les expressions nobles, et les figures merveilleusement diversifiées ; mais il faudrait des traités entiers de leur éloquence et de leur poésie pour en parler dignement.
Quoiqu'ils aient écrit par inspiration divine^ je ne crois pas qu'il soit nécessaire de lui attribuer toute leur éloquence, lis ont été inspirés pour ne rien dire que de vrai^ et n'employer aucune parole qui ne fût propre, suivant les profonds desseins de Dieu. Mais , au reste, le Saint-Esprit s'e&t servi de leur expression naturelle : on le voit par la dififérence des styles des prophètes entre eux, et encore plus par la conformité qu^iis ont tous avec les auteurs profanes les plus anciens. Homère, Hérodote, Hippocrate, racontent de la même manière; Hésiode instruit à peu près de même. Les élégies de Théognis et de Soloa ont du rapport avec les
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exhortations de Hobe et des prophètes. On Toit dans Pij dare et dans les chœurs de tragédies , la hardiesse et yariëté des cantiques ; plus les auteurs grecs sont ancieiu plus ils ressemblent aux Hébreux, soit dans la distinctifl des styles , suivant la nature des ouvrages , soit dans i brièveté et la propriété de l'expression.
On croira si l'on veut que les Hébreux écrivaient m par la seule force de leur génie, et que la droiture de leui jugement leur faisait rejeter tout ce qui n'était pas du des sein de chaque ouvrage, et employer ce qui était le pk propre pour instruire et pour émouvoir. Pour moi, voyaol qu'ils observent si constamment la différence des styles, el qu'ils emploient si à propos tous les ornements de la véritable élégance, j'aime mieux croire qu'ils avaient déjà quelques règles tirées des expériences de leurs pères , soii| qu'elles fussent écrites, soit que ce ne fût qu'une tradition entre les savants. Ne croyons pas que les Grecs aient iuYenlé l'éloquence et la poésie; ils ont tout au plus inventé les noms des figures et toyt ce langage de l'art qui faisait la science des grammairiens et des rhéteurs, et qui n'a jamais fait niorateurs ni poètes. Le fond de l'art était trouvé avant eux; aussi le monde était-il déjà bien vieux. Il avait duré trou mille ans avant Salomon, et il s'en faut environ deux cents ans qu'il ait autant duré depuis. Jusqu'alors la vie des hommes avait été longue ; et il n'y avait point eu encore d*inondation de barbares dans les pays o^ les arts et les sciences avaient commencé»