‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 17 sur 103 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Politesse des Israélites.

Pour revenir au commun des Hébreux , étant si bieo instruits , et nés dans un pays où les hommes ont naturellement de l'esprit, ils. ne pouvaient manquer de politesse; car il ne faut pas s'imaginer qu'elle soit incompatible avec la vie champêtre et avec le travail du corps e l'exemple des Grecs prouve trop bien le contraire. Je prends ici la poli' tesse, en général, pour tout ce qui nous distingue des nations barbares : d'un côté l'humanité et la civilité , les démonstrations d'amitié et de respect dans le commerce de la vie , et d'ailleurs la prudence dans les affaires , la fioesse et la délicatesse de la couduite, tout ce que nous appelons politique.

Quant à la civilité, les Grecs, vivant la plupart en repu.

DBâ ISAiitlTES. S9

blique^ étaieBt;si jaloux de leur liberté^ qu'ils se traitaient tous d'éffaux ; et leurs compliments n'allaient qu*à témoi* gaer de Festime et de Tamitié, en quoi les Romains les imitèrent. Les civilités des Orientaux revenaient plus aux nôtres, et marquaient plus de respect. lis traitaient de sei* goeurs ceux à qui ils voulaient faire honneur^ ils leur faisaient des protestations de service, ils s^inclinaient devant eux jusqu^à se prosterner contre terre i ce que TEcriture appelle adorer.

Les Hébreux en usaient ainsi, même avant qu'ils eussent des rois, et dès le temps des patriarches ; ce qui venait ap*» paremment des mœurs des peuples voisins, dès longtemps assujettis à des maîtres. Ce n'était point une incivilité de sa tutoyer, toute l'antiquité parlait ainsi, commue font encore la plupart des nations du monde. Ce ne fut que vers la dé« cadence de Tempire romain que l'on commença à se servir du pluriel en parlant h un seul. Il était ordinaire de baiser en saluant. Au lieu que nous nous découvrons par res-> pectj ils se déchaussaient pour entrer dans les lieux saints, £omme font encore plusieux Orientaux : au contraire, c'é« tait une marque de deuil que de se découvrir la tête.

On voit des exemples de leurs compliments dans ceux de Ruth, d'Abigaïl, de cette femme de Thécué ({ue Joab em* ploya pour faire rappeler Absalon , et de Judith* Tous ces exemples sont de femmes, ordinairement plus flatteuses que les hommes. Ils usaient volontiers dans leurs discours d*allégories et d'énigmes ingénieuses. Leur langage était modeste et conforme h la pudeur, mais d'une manière dif^ férente du nôtre. Ils ont aussi des expressions que notre langage n'admettrait pas , quand ils parlent de différentes choses que nous enveloppons de circonlocutions éloignées. Toutes ces différences ne viennent que de la distance des temps et des lieux. La plupart des mots qui sont déshon-^ notes suivant T usage présent de notre langue étaient honnêtes autrefois, parce qu'ils donnaient d'autres idées \ et encore aujourd'hui, les Levantins, surtout lés mahométans, ont des délicatesses ridicules pour certains détails qui ne font rien aux mœurs, tandis qu'ils se donnent toute liberté sous d'autres rapports. Les livres de l'Ecriture parlent plus librement que nous ne ferions, parce qu'il n'y avait personne parmi les Israélites qui en fût choqué, et que ceux qui écrivaient étaient des hommes graves et des vieillards pour l'ordinaire.

Quant à la prudence, à la politique bonne ou mauvaise,

60 MOBUBS

à l'adresse , etc.^ Vbistoire de Saûl et celle de David nous en fournissent autant d'exemples à proportion qa'aocune autre que je connaisse.

Page 1