CHAPITRE XVII
Plaisin.
La vie aisée et tranquille des Israélites, jointe à la beauté du pays, les portait au plaisir; mais leurs plaisirs étaient simples et faciles : ils n'en avaient guère d'autres que les festins et la musique. Les festins étaient, comme j ai dit, de Tiandes non recherchées qu'ils prenaient chez eux ; et k musique leur coûtait encore moins , puisque la plupart savaient chanter et jouer des instruments* Le vieillard Berzellaï ne comptait que ces deux plaisirs, quand il disait qu'il était trop vieux pour goûter la vie; et TEcclésiastique compare cet assortiment ^ une émeraude encbâssée dans de l'or. De même Ulysse chez les Phéaciens avouait franchement qu'il ne connaissait point d'autre félicité qu'un festin accompagné de musique. On voit les mêmes plaisirs dans les reproches que font les prophètes à ceux qui en abusaient; mais ceux-là y ajoutaient l'excès du vin, les couronnes de fleurs et les parfums, comme nous voyons qu'en usaient les Grecs et les Romains.
On voit le dénombrement des parfums dont se servaient les Hébreux, et dans le Cantique et en plusieurs endroits de TEcriture, mais principalement dans la loi, quand elle prescrit la composition de ces deux sortes de parfums qui devaient être offerts à Dieu, l'un sec, et l'autre liquide. Les drogues qui y sont marquées sont les plus odoriférantes que l'on connût avant que l'on eût trouvé le musc et l'ambre.
Us mangeaient volontiers dans les jardins, sous des arbres «t des treilles; car il est naturel dans les pays chauds de chercher Tair et le frais. Aussi, quand l'Ëcriture veut marquer un temps de prospérité, elle dit que chacun buvait et mangeait sous sa vigne et sous son figuier, qui sont les arbres fruitiers dont les feuilles sont les plus larges.
L'occupation au travail de la campagne ne permettait pas de faire tous les jours des festins, et d'être continuellement dans le plaisir, comme le fait aujourd'hui un si grand nombre ; mais elle servait à les leur faire mieux goûter. lis avaient donc des temps de réjouissance : les jours de sabbat et toutes les autres iêles marquées par la loi, les mariages, le partage du butin après une victoire ; les tondailles de
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eurs moutons, la moisson et les vendanges en chaque teroir particulier, où les voisins s'assemblaient pour s'aider es uns les autres. On sait que les fêtes de Bacchus et de Itérés avaient commencé chez les Grecs par ces sortes de réouissances ; et on en voit encore des traces parmi les peu- >les de la campagne. Les Israélites n'avaient point de spectacles profanes ; ils se contentaient des cérémonies de la religion et de l'appareil des sacrifices ; mais il devait être fort magnifique, puisque le temple était le plus superbe bâtiment qu'il y eût dans tout le pays, et qu'il y avait trente-deux mille lévites destinés à y servir.
Je ne vois chez eux ni le jeu ni la chasse, que l'on compte parmi nous entre les plus grands divertissements. Pour le jeu, il semble qu'ils l'ignoraient absolument, puisque le nom ne s'en trouve pas une seule fois dans toute l'Ecriture. Ce n'est pas que les Lydiens n'eussent déjà inventé les jeux, si ce que l'on en dit est véritable; mais encore aujourd'hui les Arabes et les autres Orientaux ne jouent point aux jeux de hasard, du moins quand ils observent leurs lois. Pour la chasse, soit des bêtes , soit des oiseaux, elle n'était pas inconnue aux Israélites. Mais il semble qu'ils s'y appliquaient moins pour le plaisir que pour l'utilité de fournir leurs tables et de conserver leurs blés et leurs vignes ; car ils parlent souvent de filets et de pièges, et on ne voit ni chiens ni équipages, même aux rois. Ils se seraient sans doute rendus odieux, s'ils avaient voulu courir sur les terres labourées, ou nourrir des bêtes qui eussent fait du dégât. Les grandes chasses se sont établies dans les vastes forêts et les terres incultes des pays froids.