CHAPITRE XVIII
Deuil.
Après les réjouissances, parlons du deuil et des marques d'afOiction. Les anciensne prenaient pas seulement le deuil à la mort de leurs parents, mais toutes les fois qu'il leur arrivait quelque malheur, et leur deuil ne consistait pas seulement à changer d'habit. Les causes de deuil étaient ou des calamités publiques, comme une mortalité, une stérilité générale, une incurâon d'ennemis, ou des malheurs particuliers, la mort d'un parent ou d'un ami; s'il était dangereusement malade ou en captivité ; si Ton était accusé d'un crime.
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Les marques de deuil chez les Israélites étaient de d cUrer ses oabits sitôt que Ton apprenait use mauTaj nouyelle ou que Ton se trouvait présent à quelque gni mal, comme un blasphème ou un autre crime contre Diei se battre la poitrine, mettre ses mains sur la tète, se découvrir en Atant la eoifiure, et y jeter de la poussièi ou de la cendre, au lieu de parfums qu'ils y mettaient dai la joie, se raser la barbe et les cheveux. Les Romains, t contraire, qui avaient accoutumé de se ra9er« laissaiei croître la barbe dans le deuil.
Tant que le deuil durait, il ne fallait ni s*oindre, ni » laver, mais porter des habits sales et déchirés, ou des sac?. c'est-à-dire des habits étroits et sans plis, et par conséquei» désagréables. Ils les nommaient aussi cilices, parce qu'i^ étaient de gros camelot, ou de quelque étofiTa sm blable, rude et grossière. Ils avaient les pieds nus aussi bien que la tête, mais le visage couvert ; quelquefois jl'' s'enveloppaient d'un manteau pour ne point voir le joQi et cacher leurs larmes. Le deuil était accompagné de jeûne, c'est-à-dire que, tant qu'il durait, ou Us ne mangeaieDl point du tout, ou ils ne mangeaient qu'après le HOÏé couché y et des mets fort communs, comme du pain al quelques légumes, et ne buvaient que de l'eau* .
Ils demeuraient enfermés, assis à terre ou couchés suil la cendre^ gardant un profond silence, et ne parlant que» pour se plaindre ou pour chanter des cantiques lugubresl Le deuil pour un mari était d'ordinaire de sept jour^; quelquefois on le continuait pendant un mois, comme poui Aaron et pour Hoïse: et quelquefois il allait jusqu'^ soixante-dix jours, comme pour le patriarche Jacob. Maù il y avait des veuves qui continuaient leur deuil toute leur vie, comme Judith et Anne la prophétesse.
Ainsi leur deuil n'était pas une simple cérémonie ; il renfermait toutes les suites naturelles d'une douleur affective. Car une personne bien affligée ne prend aucun soin de se parer, ni de se tenir propre ; elle peut à peine sa résoudre à manger; elle ne parle point, ou seulement pour se plaindre ; elle ne se montre point; et fuit tous les divertis^ sements. Nous voyons cette manière de deuil nonnseuldment chez les Israélites, mais chez les autres Orientaux, chez les Grecs et les Romains, et longtemps après, puisque saint Ghrysostome nous le décrit encore de son temps i peu près de même. Je crois bien qu'il y en avait qui jouaient la comédie, et qui faisaient toutes ces façons sans être fort
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afEUgés , mais du moins ceux qui Tétaient pouyaient se isatisfaire librement.
Or, en général, les Israélites et tous les anciens étaient plus naturels que nous, et se contraignaient moins sur les démonstrations extérieures des passions. Us chantaient et I dansaient dans la joie, dans la tristesse ils pleuraient et ; géniissaient à haute voix : quand ils avaient peur^ ils l'ar vouaient franchement : quand ils étaient en colère, ils se j disaient des injures. Homère et les poètes tragiques nous en donnent partout des exemples. Voyez les regrets d'Achille à la mort de Patrocle, et, dans Sophocle, les ex* j pressions de douleur d'OËdipe et de Philoctète. La saine I philosophie et le christianisme ensuite ont corrigé cet exté- , rieur en ceux qui ont de Téducation et de la politesse ; ils , sont exercés de jeunesse à parler en héros ou en saints , I mais il en est qui n'en valent pas mieux dans le fond, et I se contentent de dissimuler leurs passions sans les vaincre, ou sans môme les combattre.