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CHAPITRE XX

Religion.

Après avoir parlé de la vie privée des Israélites, venons maintenant à la religion et à l'état politique. Quant à la religion, je ne m'étendrai pas à expliquer leur croyance : nous la devons savoir, puisqu'elle est comprise dans la nôtre. Je remarquerai seulement que certaines vérités leur étaient révélées clairement, tandis que d'autres étaient encore obscures, quoiqu'elles fussent déjà relevées.

Ce qu'ils connaissaient distinctement était qu'il n'y a qu'un seul Dieu ; qu'il a créé Iq ciel et la terre ; qu'il gouverne tout par sa providence, qu'il ne faut avoir de confiance qu'en lui, ni espérer aucun bien que de lui seul ; qu'il voit tout, jusqu'au secret des cœurs ; qu'il meut intérieurement les volontés et les tourne comme il lui plaît; que tous les hommes naissent en péché, et sont naturelle- ^<^ut enclins au mal, que toutefois ils peuvent bien faire

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avec le secours de Dieu; qu'ils sont libres et ont choix de faire bien ou mal; que Dieu est juste, et punit ou récompense selon le mérite, qu'il est plein de miséricorde, et pardonne à ceux qui ont un regret sincère de leurs péchés ; qu'il juge toutes les actions des hommes après leur mort : d'où il suit que l'âme est immortelle, et qu'il y a une autre vie.

Ils savaient encore que Dieu par sa pure bonté les avait choisis entre tous les hommes pour être son peuple fidèle ; que d'entre eux, de la tribu de Juda^ et de la race de David, devait naître un Sauveur qui les délivrerait de tous leurs maux^ et attirerait toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu. Voilà ce qu'ils connaissaient distinctement et qui était la matière la plus ordinaire de leurs réflexions et de leurs prières ; voilà cette haute SRgesse qui les distinguait de tous les peuples delà terre. Car, au lieu que chez les autres il n'y avait que les sages qui connussent quelques-unes de ces grandes vérités, encore imparfaitement et avec une grande diversité d'opinions^ tous les Israélites étaient instruits de cette doctrine; jusqu'aux femmes et aux esclaves, tous étaient dans les mêmes sentiments.

Les vérités qtii leur étaient enseignées plus obscurément étaient : qu'en Dieu il y a trois personnes, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit : que le Sauveur qu'ils attendaient serait Dieu et Fils de Dieu ; qu*il serait Dieu et homme tout ensemble ; que Dieu ne donnerait aux hommes sa grâce et le secours nécessaire pour accomplir sa loi que par le Sauveur et en vue de ses mérites ; qu'il souffrirait la mort pour expier les péchés des hommes ; que son règne serait tout spirituel; que tous les hommes ressusciteront ; que dans l'autre vie sera la véritable récompense des bons, et la véritable punition des méchants. Tout cela est enseigné dans les Ecritures de l'Ancien Testament, mais non pas si clairement que tout le peuple le connût: il n'était pas encore capable de porter des vérités si relevées.

Hais, suivant mon dessein, je dois seulement expliquer ce que leurs pratiques extérieures de religion avaient de plus différent de nos mœurs. Ils n'avaient qu'un seul temple et qu'un seul autel où il fût permis d'offrir des sacrifices. C'était une marque sensible de l'unité de Dieu ; et, pour représenter aussi sa majesté souveraine, ce bâtiment était le plus magnifique de tout le pays. Ce n'était pas un seul vaisseau, comme la plupart de nos églises^ mais une grande enceinte comprenant, outre le corps du temple, des cours environnées de galeries, et diverses

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{ièces pour les différents offices des prêtres et des léTîtes. es temples des autres peuples, comme des Egyptiens et des Cbaldéens, étaient aussi accompagnés de grands édifiées, et occupaient beaucoup d^espace ; mais ils y plantaient toujours des arbres; au lieu que les Israélites n'en souffraient point dans toute Tenceinte du temple, poui s'éloigner entièrement de la superstition des bois que les païens estimaient sacrés.

Le corpsdu temple avait dix toises de long (1) sur cinqde large, sans compter le sanctuaire qui suivait de plain-pied et avait cinq toises en tous sens ; le reste du temple était haut de sept toises et demie. A rentrée, il y avait un vesli bule qui portait une grande tour de trente toises de haut sur cinq de large. Je laisse aux savants à juger de ces proportions ; mais pour ceux à qui le temple paraîtra petitje les prie de considérer que le peuple n y entrait jamais : il n'y avait que les sacrificateurs, et encore ceux qui étaient de service, aux heures réglées le soir et le matin, pour allumer les lampes, offrir les pains et les parfums. Le pontife était le seul qui entrât dans le sanctuaire où reposait l'arche d'alliance ; encore n'y entrait-il qu'une fois Tannée.

Tout le temple, le sanctuaire compris, était revêtu de cèdre, orné de sculptures et tout couvert de lames d'or. Ed dehors il était environné de deux planchers de cèdre, qui faisaient trois étages de chambres à divers usages. Devant le temple , dans une grande cour, était l'autel des holocaustes, c'est-à-dire une plate-forme carrée de cinq toises de chaque côté et de quinze pieds de haut. Les sacrifica* teurs y montaient par une rampe sans degrés, pour arranger le bois et les victimes. Dans la même cour étaient dii grands bassins d'airain , posés sur des bases roulantes , et celui qui était porté sur douze bœufs, et que TEcritu/^ nomme la mer d'airain*

Cette cour était la place des sacrificateurs, particulière^ ment l'espace compris entre Tautel et le vestibule ; car les laïques pouvaient s'avancer jusqu'à l'autel, quand ils offraient des sacrifices, pour présenter leurs victimes et les égorger. Sur les degrés du vestibule q^ui faisaient face au devant du temple, étaient des lévites, qui chantaient et jouaient des instruments, La cour des Prêtres était renfermée de galeries, et environnée d'une première cour beaucoup plus grande, qui était la place ordinaire du peuple.

(1) Environ viûgt màtre».

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Les femmes y étaient séparées des hommes, et les gentils ne pouvaient $*ayancer que sous les galeries qui faisaient Tenceinte de cette première cour. A ces galeries de Tuae et de Tautre enceinte étaient joints plusieurs salles, chambres et magasins h divers usages.

Il y avait des trésors pour les vases sacrés d'or et d'argent, dont le nombre était si grand, qu'au retour de la captivité on en rapporta jusqu'à cinq mille quatre cents ; des vestiaires pour les habits sacrés des prêtres ; des magasins où Ton mettait en réserve les offrandes destinées h la subsistance des sacrificateurs et des lévites, des veuves et des orphelins, et les dépôts des particuliers ; car c'était Tusage chez les anciens de faire des dépôts publics dans les temples. En d'autres lieux on gardait le vin et Thuile pour les libations; le sel dont toutes les offrandes devaient être assaisonnées ; les agneaux choisis pour être offerts au sacrifice perpétuel du soir ou du matin. Ailleurs on faisait les pains de proposition, et les autres pâtisseries pour les sacrifices. Il y avait des cuisines pour les chairs des victimes ; des salles à manger pour les sacrificateurs ; des corps de garde pour les lévites portiers qui gardaient le temple jour et nuit ; des chambres pour les lévites musiciens ; une où les Nazaréens se faisaient raser après leur vœu ; une où l'on examinait les lépreux ; une salle où se tenait le conseil souverain de soixante- dix sénateurs, et d'autres pièces semblables que nous ne connaissons pas distinctement. Tant de beaux bâtiments, bien arrangés, donnaient sans doute une haute idée du grand Roi que Ton servait en ce sacré palais.

Oo offrait tous les jours quatre agneaux en holocauste, deux le matin et deux le soir ; et c'est ce qu'on appelait le sacrifice perpétuel. Les jours de sabbat et des fêtes on multipliait les sacrifices h proportion de la solennité, sans compter les offrandes des particuliers, qui étaient toujours en grand nombre.

Nous sommes choqués de ces sacrifices sanglants dans le temple ; mais il en était de même chez les autres nations, et les Israélites avaient pris toutes sortes de précautioos pour faire ces sacrifices avec toute la propreté et la bienséance possibles. La situation du temple y aidait; car, comme il était sur une montagne, on avait creusé par-dessous des conduits pour faire écouler le sang et les immondices. Les fonctions propres des sacrificateurs n'étaient que de répandre le sang, allumer le feu et mettre

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dessus les parties qui devaient être offertes. C'étaient i

f)articu)iers qui tuaient les victimes, qui les préparaien es mettaient en pièces et les faisaient cuire ; on le voit dai la loi et dans Thistoire des enfants d*HéIi. Les sacriAcateui ne faisaient ces fonctions qu'aux sacrifices publics, qui s'oi fraient pour tout le peuple.

Après cela, nous ne devons pas trouver étrange la cois paraison d'une marmite, que nous lisons dans Jérémie e dans Ezéchiel, pour représenter Jérusalem. Ces deux pro phètes étaient sacrificateurs, et accoutumés à voir cuirs les viandes sanctifiées; or ils estimaient grand et noble touC ce qui servait au culte de Dieu et à Texécution de la loi. et d'ailleurs il était ordinaire aux plus honnêtes gens de travailler de leurs mains et de faire eux-mêmes, comme )*ai dit, les choses nécessaires pour la vie. Ainsi, dacs Homère, le grand roi Agamemnon égorgeait de sa main les agneaux dont le sang était le sceau du traité qu'il faisait avec les Troyens; ainsi, le roi Nestor sacrifiant à Minerve, ce sont ses fils qui tuent la victime, la mettent en pièces et la grillent. Homère est tout plein de ces exemples non-seulement dans les actions de religion, mais dans les autres rencontres, comme quand Achille reçut les députés que les autres chefs des Grecs lui envoyaient.

Au reste, tout ce qui est prescrit dans la loi touchant la qualité des victimes et la forme des sacrifices^ tendait plus à détourner les Israélites de la superstition, les réduisant à peu de cérémonies^ qu'à en introduire de nouvelles. Les idolâtres sacrifiaient avec plus de cérémonies, plus de sortes d'animaux, et en bien plus de lieux, puisqu'ils avaient partout des temples et des autels, et que chaque famille avait ses dieux domestiques et ses superstitions particulières. Dieu préparait ainsi son peuple de loin à Fabolition des sacrifices sanglants, lui faisant dire souvent en même temps, par ses prophètes, qu'il n'en avait pas besoin, qu'ils n'étaient point essentiels à la religion, et que le culte qui lui était le plus agréable consistait dans les louanges et la conversion du cœur.

Il était nécessaire que les sacrificateurs fussent mariés, puisque le sacerdoce était attaché à la famille d'Aaron ; mais ils étaient séparés de leurs femmes pendant le temps de leur service, et ne buvaient ni vin ni autre liqueur qui pût enivrer. On voyait des abstinences semblables chez les idolâtres, particuhèrement chez les Egyptiens; et leurs sacrificateurs^ pour ne rien porter qui vint des animaux et

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ui tendit à corruption, n'étaient vêtus que de lin et chausés de souliers faits de la plante d*où vient le nom de papier. Les sacrificateurs des Israélites servaient nupieds, mais lussi vêtus de lin. Il leur était défendu de porter de la laine^ it ils quittaient ces habits sacrés sitôt qu'ils sortaient de eur enceinte pour entrer dans la cour du peuple. Les sacriicateurs et tous les lévites menaient la vie pastorale^, si [chérie des patriarches, n'ayant point d'autres biens que des trou peaux ; car ils ne furent point compris dans le partage des terres, pour les détacher davantage des soins temporels, et leur donner plus de loisir de vaquer aux choses de la religion. Ils ne laissaient pas d'être riches, quand le peuple leur payait fidèlement ce que la loi avait ordonné ; car, quoique leur tribu fût la moins nombreuse de toutes, ils avaient la dîme de tous les fruits que recueillaient les douze autres tribus; et par conséquent leur portion était la plus forte. Ils avaient de plus les prémices de tous les animaux, sans compter les bestiaux qu'ils avaient en propre, et les offrandes journalières dont les prêtres subsistaient quand ils servaient à l'autel.

Je ne vois aucune fonction de la vie civile qui leur fût I interdite. Ils portaient les armes comme les autres, et les sacrificateurs sonnaient de la trompette à l'armée et partout ailleurs ; car ils se servaient de trompettes d'argent pour marquer les fêtes et appeler le peuple aux prières publiques ; et le nom de Jubilé vient d'une corne de bélier dont un sonnait pour en marquer l'ouverture. Les anciens moines d'Egypte gardaient cette coutume de sonner de la trompette pour marquer les heures de la prière. L'usage des cloches est beaucoup plus nouveau.

Les fêtes des Israélites étaient le sabbat de chaque semaine, le premier jour de chaque mois, nommé dans nos versions Calendes ou Néôménie; les trois fêtes solennelles, la Pàque, la Pentecôte et la fête des Tabernacles, instituées en mémoire des trois plus grandes grâces qu'ils avaient reçues de Dieu : la sortie d'Egypte, la publication de la loi, l'établissement dans la terre promise après le voyage dans le désert, où ils avaient si longtemps logé sous des tentes. Les grandes solennités duraient sept jours, apparemment en mémoire de la création.

L'année était de douze mois de trente jours chacun^ à peu près semblable à la nôtre. On la trouve ainsi réglée du temps de Noé, comme il paratt par les dates du déluge; mais on croit qu'elle commençait à Téquinoxe d'automne.

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Il fut ordonné à Moïse de la commencer au printômps, an mois Abib, qui fut celui de la Pàque : et c'est par rappoii à ce premier mois que sont comptés les autres, qui ne son! nommés que parieur nombre. Us se rapportent à peu prèj à nos mois romains, dont les noms viennent de VancieDiK année^ qui commençait au mois de mars ; ainsi le huitième mois était octobre, du moins une partie ; le neuvième se trouvait dans novembre, et ainsi des autres. Ils comptaienlj leurs mois par la lune, au moins dans les derniers temps non pas astronomiquement^ mais sensiblement, du jour que les hommes députés pour cette fonction avaient annonce la nouvelle lune, qui était le lendemain de TapparilioD.

Les fêtes des Israélites étaient de vraies fêtes, c'est-à-dirc des réjouissances effectives. Tous les hommes étaient obligés de se trouver à Jérusalem aux trois grandes solennités, de Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles, et il étal: permis aux femmes A' y venir. Rassemblée était donc très; nombreuse ; chacun s'habillait et se parait de tout ce qu'i: avait de meilleur. On avait la joie de revoir ses parents ei ses amis, on assistait aux prières et aux sacrifices, toujours accompagnés de musique, dans ce temple si magnifique ; suivaient les festins, où Ton mangeait les victioie: pacifiques; la loi même commandait de se réjouir et de joindre la joie sensible avec la spirituelle.

Il ne faut donc pas s'étonner si c'était une agréable nouvelle d'apprendre que la fête approchait, et que Ton irait bientôt à la maison du Seigneur, si Ton estimait heureui ceux qui y passaient leur vie ; si, pour y aller, on marchait à grandes troupes, en chantant et en jouant des instruments; et si, au contraire, on se croyait malheureux de n'avoir pas la liberté d'y aller, comme David s'en plaint si souvent dans son exil.

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