CHAPITRE XXII
Prophètes.
Une autre espèce de religieux bien plus considérable étaient les prophètes. Il y en avait un grand nombre dès le temps de Samuel, témoin cette troupe que Saûl rencontra, qui prophétisait au son des instruments^ transportée de l'esprit de Dieu ; et cette autre troupe qui prophétisait eo présence de Samuel, et qui semble avoir été de ses disciples ; mais il ne paraît point qu'il y en ait jamais eu tact que depuis Elle et Elisée jusqu'à la captivité de Babylone. Ils vivaient séparés du monde, distingués par leur habit et par leur manière de vivre ; ils demeuraient sur des montagnes, comme Elie et Elisée sur le mont Garmel en Galgala. La femme riche qui logeait Elisée quand il passait à Sunam lui fit, comme j'ai dit, bâtir et meubler une chambre, où il vivait si retiré, (ju'il ne parlait pas même à son hôtesse^ mais il lui faisait parler par son serviteur Giezi ; et quand cette femme vint le prier de ressusciter son fi!s, Giezi voulait l'empêcher de toucher les pieds du prophète. Quand Naaman, général des armées de Syrie, le vint trouver pour être guéri de sa lèpre, il lui envoya ses ordres sans se montrer.
Deux autres miracles de ce prophète montrent que ses
DBS ISBAÉLtTfiS. « ll^
disciples vivaient en communauté : celui du potage d^herbes dont il ôta Tamertume, et celui du pain d'orge qu'il multiplia ; et Ton y voit aussi la frugalité de leur nourriture. Il y avait jusqu'à cent prophètes qui vivaient ensemble dans cette communauté. Ils travaillaient de leurs mains; car, se trouvant trop étroitement logés, ils allèrent eux-mêmes couper du bois pour bâtir; et ils étaient si pauvres, que l'un d'eux emprunta une cognée. L'exemple d'Habacuc, qui fut enlevé par un ange pour porter à Daniel le dîner qu'il avait préparé aux moissonneurs, montre encore la "vie sainte et laborieuse des prophètes.
Leur habit était le sac ou le cilice, c'est-à-dire l'habit de deuil, pour montrer qu'ils faisaient continuellement pénitence pour les péchés de tout le peuple. Ainsi, pour décrire Elie, on dit un homme vêtu de poil avec une ceinture de cuir ; ainsi, quand Dieu commande à Isaîe de se dépouiller, il lui ordonne d'ôter son sac d'autour de ses reins. Les deux grands prophètes dont parle l'Apocalypse paraissent revêtus de sacs.
Les prophètes, au moins quelques-uns, ne laissaient pas d'être mariés; et cette veuve dont Elisée multiplia l'huile était la veuve d'un prophète : il semble même que leurs enfants suivaient la même profession, car les prophètes sont souvent nommés enfants des prophètes. C'est ce qui faisait dire à Amos : Je ne suis pas prophète ni fils de prophète, - mais un simple pâtre, pour montrer qu'il ne prophétisait point par profession, mais par vocation extraordinaire; car, bien que Dieu se servît plus souvent de ceux qui menaient la vie prophétique pour faire connaître ses volontés, il ne s'était point imposé de ne pas faire de révélation k d'autres.
Cependant on ne comptait d'ordinaire pour prophètes que ceux qui en menaient la vie; d'où vient que les livres de David, de Salomon et de Daniel ne sont point mis au . rang des livres prophétiques, parce que les deux premiersétaient des rois, vivant dans les délices et la splendeur, et le dernier était un satrape, vivant aussi à la cour et dans le grand monde.
Ce furent les prophètes qui conservèrent, après les patriarches, la tradition la plus pure de la véritable religion* Ils s'occupaient à méditer la loi de Dieu, à le prier plusieurs fois le jour et la nuit, et pour eux et pour les autres, et s'exerçaient à la pratique de toutes les vertus. Ils instruisaient leurs disciples , leur découvraient l'esprit de la
loi, et leur expliquaient }es sens relevés qui r^giirdaiei rEtat4e TEglisa apfè^ I^ venue du Messie, on syr la terr ou dans (q ciel, cachés $qu$ des ^Ilé^ories dQ c^QS^s sep sibles et t>asse8 en apparence, Ils instruisaient Busii I\ peuple qui venait les troqver ^wx JQurs de sabbat et au! autres fêtes. Ils lui reprochaient ^es péqbés et X^^^hoïWm à en faire pénitence ; souvent ils \\\i prédisaient, 4p U P^^' de Dieu, ce qui Iqi devait ftrri^ar, Celte lïbexii 4e dire lei vérités )es plus fâcheuseS;, même aux rois» ]^9 rencl^t odieux, et il ep cpût^ la vie à plusieurs.
Cepeudant il y avait beaucoup d'iu^ppsteurs qu| Qfmtrâfaisaient Textérieur des yrais prophètes^ portaient d^s sacs comme eux, parlaient le ^^ème langage^ et se diraient aussi inspiras de Dieu ; mgjs i|s prenaient bien garde k pe i^^^^ que des prédict|oi)s agréables au peuple et au^ pqnce^. Les faux dieux avaient aussi leurs prophètes^ comme te | huit cent cinquante dont Ëlie fit faire justice^ Tel^ étaient chez eux lès devins, qu'ils non^maient Mantçis:, cojnwd, daus les temps héroïques, Calchas et Tirésias ; teU étaient encore ceux qui prononçaient des oracles^ ou qui les débitaient, et les poètes qui se disaient inspirés des dieux ; cai ils ne le disaient pas pour parler ppétiqueo^enti iQais popi le faire croire ;< et, en effet, ces faux prophètes, soit par ppération du démon, soit par artifice^ entraient en fureur, et parlaient d*un styje extraordinaire^, pour fn^iter les effets sensibles que TEsprit de Dieu faisait dan? les prophètes véritables. Or la tentation était grande aux Israélites, faibles dans la vertu, de consulter ces devins et ces faux oracles, et c'était une des branches de ridolâtrie h laquelle ils furent fprt sujets pendant tout le temps dont nous parlons.