CHAPITRE XXV
Autorité des vieillards.
Non-seuiement les pères, mais tous les vieillards avaient une grande autorité chez les Israélites et chez tous les peuples de i^antiquité. Partout on a d'abord choisi les juges des affaires parlioulières et les conseillers du public entre les hommes les plus âgés« De là vinrent à Rome les noms de Sénat et de Pères, et ce grand respect pour la vieillesseï qu'ils avaient pris des Lacédémoniens. Rien n'est plus con-
forme à la nature. La jeunesse n'est propre qu^au inouvement et à faction ; la vieillesse sait instruire, conseiller et commander, La gloire des jeunes gens est leur force, dit le Sage^ et la dignité des vieillards est leurs cheveux blancs. Il est difficile qu*en un jeune homme Tétude ou la bonté de Vesprit supplée à l'expérience ; et un vieillard, pourvu qu'il ait un bon sens naturel, est savant par Texpérience seule. Toutes les histoires font foi que les Etats les mieux gouvernés ont été ceux où les vieillards ont eu la principale autorité, et que les règnes des princes trop jeunes ont été les plus malheureux. C'est ce que dit le Sage : Mialheur d la terre dont le roi est un enfant I et c'est ce malheur dont Dieu menace les Juifs quand il leur fait dire par Isaîe qu'il leur donnera des enfants pour princes. En effet, la jeunesse n'a ni patience ni prévoyance , elle est ennemie de la règle , et ne cherche que le plaisir et le changement.
Dès que les Hébreux commencèrent à fbrmer un peuple, ils furent gouvernés par des vieillards. Quand Moïse vint en Egypte leur promettre la liberté de la part de Dieu , il assembla les anciens et fit en leur présence des miracles qui étaient les preuves de sa mission. Tous les anciens d'Israël vinrent au festin qu'il fit à son beau-père Jéthro. Quand Dieu voulut lui donner un conseil pour le soulager dans la conduite de ce grand peuple : Choisissez, lui dit- iï^soixantedix hommes que vous connaissez, pour être les anciens et les intendants du peuple, ils étaient donc déjà en autorité avant que la loi fût donnée et que l'Etat eût pris sa fornoie. Dans toute la suite des assemblées et des atTaires publiques, les anciens sont toujours mis au premier rang, et quelquefois ils sont nommés seuls.
De là vient l'expression du psaume qui exhorte à louer Dieu dans l'assemblée du peuple et dans la séance des vieillards, c'est-à-dire le conseil public. Ce sont les deux parties qui- composaient toutes les anciennes républiques : l'assemblée que les Grecs nommaient ecclesia, et les Latins concio, et Ib sénat. Les noms d'anciens ont passé par la suite eu titre de dignité : du mot grec est venu le nom de prêtre, et du mot latin le nom de seigneur. On peut juger de l'âge que demandaient les Hébreux pour compter un homiiie entre les vieillards, par le titre de jeunes gens donné à ceux dont Roboam suivit le conseil ; car il est dit qu'ils avaient été élevés avec lui : d'où Ton peut conclure qu'ils étaient environ de son âge, et il avait alors quarante ans.
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CHAPITRB XXVI
, Administration de la justice. — Porte.
La justice était administrée par toutes sortes d^ofRciers^ Sopberira et Soterim, établis en chaque ville par Tordre q[ue Moïse en avait donné de la part de Dieu. Il est certaid que le mot Sopherim signifie des juges : pour Soterim, il est diversement traduit dans la Yulgate; mais la tradition des Juifs Texplique des ministres de justice, comme les huissiers, les sergents, les archers et les autres exécuteurs. Ces charges étaient données à des lévites, et il y en avait jusqu'à six mille du temps de David. Ce furent ces juges que Josaphat (904 ans avant Jésus-Christ) rétablit dans chaque ville^ et à qui il donna de si belles instructions. L'Ecriture ajoute qu'il établit à Jérusalem une compagnie de lévites, des prêtres et des chefs de famille, pour juger les grandes causes. C'est le conseil des soixante- dix anciens, érigé dès le temps de Moïse, où présidait le souverain pontife, et 011 l'on portait toutes les questions qui étaient trop difficiles pour être terminées par les^ juges des moindres villes. La tradition des Juifs est que ces juges des villes particulières étaient au nombre de vingt-trois ; qu'ils devaient tous être assemblés pour les jugements de mort, et que trois suffisaient pour les causes pécuniaires et les atTaires de moindre conséquence : le principal juge était le roi^ suivant cette parole du peuple à Samuel : Donnez-nous un roi pour nous juger.
Le lieu ou ces juges tenaient leur audience était la porte de la ville : car, comme les Israélites étaient tous des laboureurs qui sortaient le matin pour aller à leur travail, et ne rentraient que le soir, la porte de la ville était le lieu où ils se rencontraient le plus ; et il ne faut pas s'étonner qu'ils travaillassent aux champs et demeurassent dans les villes. Ce n'étaient pas des villes comme nos capitales des provinces, qui peuvent à peine subsister de ce que leur fournissent vin^t à trente heues de pays tout alentour. C'étaient des habitations d'autant de laDoureurs qu'il en fallait pour cultiver les terres les plus proches : de là vient que, le pays étant fort peuplé, elles étaient en très-grand nombre. La seule tribu de Juda en comptait cent quinze dans son partage lorsqu'elle entra en possession^ sans ce qui fut bâti depuis; et chacune avait des villages dans sa dépendance. Il fallait donc qu'elles fussent petites et fort
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voisines, comme dé gntnds tiUages murés et bien bâtis, ayant au reste tout ce que Ton voit à ia campagne.
Par une ralsoti semblable, chel les Grecs et les Romains. le rendeE^Yous pour toutes les affaires était le marché oa la place, parce qu'ils étaient tous marchands. Chez nos «ancêtres, les vassaux de chaque seigneur s'assemblaient dans la cour de son château, et de là sont venues les cours des princes. Au Levant^ comme les princes sont plus enfermés, les affaires se font à la porte de leur sérail ; et cetle coutume de faire sA cour à la porte du palais était en usage dès le temps des anciens rois de Perse, comme on le voit en plusieurs endroits du livre d'Esther.
Là porte de la ville était le lieu où se traitaient toutes les affaires publiq[ues et particulières dès le tempà des patriarches. Abraham fit Tacquisition de son sépulcre en présence de tous ceux qui enti'aient par la porte de la ville d'Hébron* Quand Hémor et son fils Sichem, qui avait enlevé Dina, proposèrent de faire alliance avec les Israélites, ce fut k la porte de la ville qu'ils en parlèrent au peuple* Nous vojons la forme de ces actes publics bieil circodstanoiée dans rhistoire de Rùth. Booz, voulant Tépouser, âe la fit céder par celui qui y avait droit comme plus proche parent* Pour cet efTet il s'assit à la porte de Bethléem; et comme il vit passer ce parent, il l'arrêta. Puis il prit dix anciens de la ville, et^ après qu'ils furent tous assis, il exprima sa prétention , et tira de son parent là déclaration qu'il demandait avec la formaUté marquée par la loi^ qui était de se déchausser. Il en prit à témoin non-séulément les âbciens, mais tout le peuple, ce qui marque qu'il s'était assemblé grand nombre de spectateurs t aussi il est assez vraisemblable que la curiosité arrêtait tous les habitants du pays. Ils n'avaient pas d'ordinaire des attaires fort pressées : ils se connaissaient tous, et étaient tous parents, ainsi ils de* valent prendre intérêt aux affaires les uns des autres.
Peut-être rédigeait-on ces actes par écrit; mais TËcriture n'en parle que dans Tobie et dans Jérémie4 peu avant la ruine de Jérusalein. Dans Tobie il est parlé d'une promesse pour argent prêtée d'un contrat de mariage et d'une do-^ nation en faveur du mariage ; dans Jérémie, c'est un contrat d'acquisition^ La loi de Moïse n'ordonne l'écriture que pour l'acte du divorce; mais quand ils n'auraient pas écrit dans les premiers temps, leurs contrats n'auraient pas laissé d'être fort sûrs, étant faits si publiquement. Si le parent de Booz «"ût voulu contester la cession qu'il avait faite, tous les habi-
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tanis de Bethléem Teussent convaincu de mauvaise foi ; les ùDs y avaient été présents, les autres l'avaient apt^rise aussitôt. ^
Les Romains ont été longtertips sans écrire les traités entre particuliers, comme il paraît par robligation de parole qu'ils appelaient stipulation. Ils ne craignaient point qu'un acte manquât de .preuve, lorsqu'ils avaient prononcé certains mois solennels dans la place publique, au milieu de tout le peuple, et qu'ils en avaient pris à témoin quelques citoyens en particulier qui fussent d'une condition honnête et d'une réptitation intacte. Ces actes étaient bien aussi publics que ceux qui se passent aujourd'hui en des maison» partie tilières devant un notaire qui souvent ne connaît point les parties, ou devant un tabellion de village avec deux témoins apostés.
On peut dire que la jpbrte chez les Hébreux était la même chose que la place ou le marché chez les Romains. Le marché des deUrées se tenait à la porte de la ville. Elisée prédit que les vivres seraient à vil prix le lendemain à la porte de Samarie. Cette porte avait une place qui devait être grande, puisque le roi Âchab y rassembla quatre cents faut pi'ophètês. Je crois qu'il en était de même dans le§ autres yilles, et que ces portes avaient quelque bâtiment où étaient les sièges des juges et des anciens ; car il est dit que Booz monta à la porte, et s'y assit ; et quand David eut appris la mdtt d'Absalon, il monta à là chambre de la porte pour y pleurer. Cette chambre pouvait être le Ueu des aélibérations secrètes. Dans le temple même de Jérusalem, les jugements se rendaient à une des portes, et les juges y tenaient leurs séances. Après tous ces exemples, on ne doit pas s'étoiiner que TEcriture dise souvent la porte, pour dire le jugement 6u le coiiseil public dé chaque ville^ ou la ville même, ou TEtat, et qiie, dans TEvangile. les portes de Tenfèr signineni le royaume ou la puissance au démon.
Aufêste,quelquesimplequenousparaigselamanièredont les Israélites traitaient leurs affaires, il ne faut pas croire qu'ijn'y eût parmi eux des fraudes et des chibanes, des procès injustes et des calomnies. Oe sont des maux inséparables de la condition du genre humain, et plus les hommes ont naturellement d'esprit et de vigueur, plus ils y sont sujets ; ïnais ce sont particulièreiment les maux des grandes villesk David fuyant de Jérusalem à la révolte d'AbsaloU repré*: sente la fureur et la discorde oui %é promènent jour et nuit sur ses murailles ; au mUieU d'elle les soucis et l'injustice,
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et dans ses rues Tusure et la tromperie. Les prophètes soi; pleins de pareils reproches. Seulement on peut croire qct ces maux étaient moins fréquents que chez nous, parc^ qu'il y avait moins de gens occupés de procès et d*afrciire>
Comme la loi de Dieu réglait les affaires temporelles auv bien que la religion , il n'y avait point de distinction é tribunaux ; les mômes juges décidaient les cas des cod sciences, et terminaient les procès civils et criminels. AiDs il fallait peu de charges différentes et peu d'officiers en com paraison de ce que nous en voyons aujourd'hui; car il e^ honteux parmi nous d'être simple particulier, et de n'avoir d'autre emploi que de faire valoir son bien et gouverner famille. Tout le monde veut être personne publique, avoii des honneurs, des prérogatives et des privilèges; etb charges sont considérées ou comme des métiers qui fonî vivre les hommes, ou comme des titres qui les distiogueot. Mais si l'on voulait n'y regarder que ce qu'elles ont d'es^ senliel, c'est-à-dire les fonctions publiques réelles et nécessaires, on verrait qu'elles peuvent être exercées par un petit nombre de personnes, leur laissant encore du teiiïp> pour vaquer à leurs affaires particulières.
C'est ainsi qu'en usaient tous les peuples de Tantiquité, et principalement les Hébreux, Sous Josué, je ne vois que quatre noms de fonctions publiques: Zekenim, les sénateurs; Rasini, les .chefs; Sopherim, les juges; Soterim, les exécuteurs. Du temps de David, lorsque le royaume était le plus florissant, voici les officiers dontil est parlé : ks six mille lévites, juges et exécuteurs ; les chefs des tribus, les chefs de famille qui sont plutôt des noms de dignités que d'offices; leschefs des douze corps de vingt-quatre mille hommes et de cent hommes; les chefs de ceux qui faisaient valoir les domaines du roi, c'est à-dire ses terreset ses besfiaui. Je nomme ici chefs ceux que l'Hébreu nomme Rasini, et le latin ^w-mcipe^. Mais il le faut dire une fois, il est iropiossible d'exprimer en une autre langue les titres des charges et dts dignités. Ainsi les versions grecques et latines ne nous donnent point d'idées justes des dignités chaidéennes marquées dans Daniel, dans Ezéchiel et ailleurs.
Eulre les officiels de David, on compte encQre ses eunu- • quesou officiers dumesliques; car, par.touterEcriture, Je nom d'eunuque se prend souvent pour un valet de chambre, ou, en général, pour tout officier servant auprès de la personne d'un prince, sans marquer autre chose, il est encore parlé ailleurs des chefs de cinquante hommes ; mais pour
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iizainiers, je n'en vois rien que dans la loi. La plupart de :!es charges sont militaires, et le reste est peu de chose, si /"on considère la grande multitude du peuple et retendue iu royaume de David.