CHAPITRE XXVII
Guerre.
Après Tadmiaistration de la justice, il faut parler de la guerre. Il n'y avait point d'Israélite qui ne portât les armes, jusqu'aux lévites et aux prêtres. Le prêtre Banaïas, fils de Joïada, était Tun des plus illustres d'entre les braves de David, et fut le général des troupes de Salomon àla place de Joab. On comptait pour gens de guerre tous ceux qui étaient en âge de servir, et cet âge était fixé depuis vingt ans et audessus ; c'était comme les milices de certains pays, toujours prêles à s'assembler au premier ordre. La différence est que parmi nous l'usage des armes est défendu à tous ceux qui sont consacrés à Dieu, et que nous avons de plus un peuple infini de gens inutiles pour la guerre, praticiens, financiers, bourgeois, marchands, artisans, au lieu que c'étaient tous des laboureurs ou des pâtres accoutumés de jeunesse à la fatigue et au travail. Il y a même apparence qu'on les exerçait à manier les armes, au moins depuis le temps de DavidetdeSalomon.Ainsi à RomCytouslescitoyensd'un certain âge étaient obligés de faire un nombre de campagnes, quand ils étaient commandés : d'où vient que l'on ne disait pas lever des troupes, mais les choisir, parce qu'il y en avait toujours beaucoup de reste. Il n'était pas difileile aux Israélites de faire subsister leurs armées ; le pays était si petit, et les ennemis si proches, que souvent ils revenaient loger chez eux, ou n'avaient qu'une journée ou deux Ue marche. Les armes étaient à peu près les mêmes que celles des Grecs et des Romains : des épées, des arcs et des flèches, des dards et des lances, c'est-à-dire des demi-piques ; car il ne faut passe figurer chez les anciens des lances à poignée, comme celles de notre vieille chevalerie. Leurs épées étaient des glaives larges et courts, qui'leur pendaient sur la cuisse. Ils se servaient aussi de frondes, témoin les habitants de Gabaa en Benjamin, qui auraient atteint un cheveu ; et ces mêmes Gabaonites conibattaient également des deux mains. Saûl tenait d'ordinaire une lance à la main, comme Homère en donne à ses héros, et comme les Romains en donnaient à Quirinus et à leurs autres dieux. Au reste, ils ne portaient point d'armes hors Toccasion, pas même i'épée. Quand Da-
do MOEUBd
^id commanda à ses gens de marcher contre NabaU il leui dit d*âbord de prendre leurs épées, qnoiqa'iis fussent en état d'alarmes continuelles. La coutume de porter toujours Tépée au côté était particulière aux Gaulois et aux Germaios. Pour les armed défensives,. lift portaient des écus, des boucliers, des casques, des cuirasses, et quelquefois des grèves pour couvrir les jambes. On voit l'exemple d*UD% armure complète en celle de Goliath, qui était toute d'airalDy comme celle des Grecs dans Homère : mais il semble que ces armes étalent rares chesles Israélites dans ce même temps, puisque le roi Saûl voulut prêter les siennes à David. BUes deviorént communes dèpiiis, et Oziasen avait pour armer toutes se^ troupes, qui étaient de trois cedt mille hommes. Ce même roi mit sur les tours de Jérusalem des tnachîncs pour ieter des tî*aits et de grosses pierres; il fortifia plusieurs villes comme la plupart des autres roi^. Ainsi la guerre se faisait dès lors à peu près comme elle â*est faite jusqu^aux derniers temps avant l'invention des armes à feu. Les Israélites n'avaient que de l'infanterie dans les preuiiers temps ; et ce fut aussi la principale force des Gr6cs et des Romains. Les chevaux ne sont pas nécessaires dans les pays chauds, où Ton marche toujours à pied sec ; ils soot mêtne inutiles dans les montagnes ; mais ils sont d'un grand secouirs dans les pays froids, pour se teHrer des mautais chemins, et pour faire de grandes marches dans des plaines stériles ou peu habitées, comme en Pologne et en Tartarie. Les Israélites eurent de la cavalerie sous les rois. La première marqué de la révolte d'Absalon fut de mettre sur pied des chevaux et des chariots ; et toutefois, ayatit perdu la bataille otiil périt, il monta sur uti millet pour s'enfuir. Salomon, pouvant fournir à de grandes dépenses^ fit venir d'Egypte grand nombre de chevaux, et en entretint jusqu'à quarante mille avec douze mille chariots. Ces chariots de guerre étaient apparemment semblables à ceux des Gtecs, c est-à-dire petits, à deux roues, portant un homme ou deux debout et àppuyé&sur lé devàtit. Les rois suivants ne purent soutenir celte grande dépense dé Sàlomon; mais de temps en tetnps ils envoyaient duërir dil.^ecours en Egypte, et dans ces occasions il est toujoiits patlé de -Chevaut. Il fallait que les Juifs n'eussent point de Cavalerie dti temps d'Eiiéchias, puisque Rabsacès leur disait insolemment: Passez au service de montHaître le roi d'Assyrie, je voùB donnerai deux mille chevaux: voyez si vous avez gens capables de les monter^
DES iSBAMliTES. 9l
L*Ecrifiirë il6 th'appretid riéii de ps^tiôulier touchant les ^voliitidns, la fottnd deà b&tâfiloùi& ni rorâté général dés batailles, quoltitt'clle t^aWe sdtivéiit éti géùéral des troupes rangées; tftàîs pour Nrt de campet et de maffcher eti bon ordre, le voyage du désert Solis sSfoïse en est un illustre exemple. On savait le nôtnbté de cette prodigieuse drttlée pat dei^ rôles eîaôts. Ghaéun était thiagé dans sa tribu, cbaque tribu dans son quartier, soùsl*une des quati'e principales, suivant Tdrdre de la naissance des patriarches, et la qualité de leurs mères. On marchait au soll dès trompettes, toujours suivant le tnéme ordre: on se logeait toulonté en même situation autdtir du tabernacle d'alliance^ qui était le centre du camp. On avait pourvu à la netteté dés logements, si nécessaire dans un pays chaud, sî difficile dans une grande multitude. Enfin on voit que Tordra des campements des Grecs et dés Romains, que nous adtnironà aVeç tatit de faisbn, était pris comme tout le reste> sur ces anciens modèles des OHetitaux. Les Hébreux faisaient grand cas des dépouillés et du butin, comme tous les anciens : c'étaient des marques d'honneur.
Depuis Josué jusqu'aux rois, le eommandetnent des armées appartint à ceux que le peuplé choisissait, ou que Dieu suscitait extraordiûalremènt, comme Olhoniel, Barac, Gédéon ; mais ils n'étaient obéis que par la partie du peuple qui les avait choisis, ou h qui Dieti les avait donnés pour libétatëurs. Le reste du peuple abusant dé sa liberté, s'exposait Souvent aut insultes dé âes ennemis ; c'est ce qui leiii: fit demander un l'oi non-Seuletnent pour leur rendre justice ,. mais encore pour avoît la conduite générale dé leurs affaires, faire la gUërre pour eux: aussi depuis ce temps ils furent bien plus en sûreté. Le roi assemblait le peuple quand il le jugeait à propos, et tenait toujours sur pied un certain nombre de troupes. Il est marqué un commencement dô Saûl, qil'll -entretenait trois ttiille hommes. David avait douie corps, dé vingt-quatre raille homme chacun, qui servaient par mois tour à toiir. Josaphat n'avait que le tiers du royaume de David, et toutefois il avait jusqu'à on^e cent soixante mille hommes de fort bonnes troupes sous sa main, satiâ compter lés garnisons dé ses j[)laces.