CHAPITRE XXX
Retonr des Juifs; leur état sous les Perses.
Quand Cyrus leur eut donné la liberté avec la permission de retourner en Judée et de rebâtir le temple, ils ne revinrent pas tous, ni tous à la fois : il y en eut toujours un grand nombre qui demeurèrent à Babylone et dans tous les lieux où ils se trouvaient établis. Ceux qui retournèrent n'étaient pas tous Juifs, il s'y en joignit quelque peu des dix tribus, et toutefois ils faisaient un petit nombre tous 1 ensemble. Les premiers que Zorobabel conduisit (336 ans avant Jésus-Christ) ne montaient pas à cinquante mille, ; les esclaves compris; et Ton peut voir leur pauvreté parle ! petit nombre.de leurs esclaves et de leurs bestiaux. Quelle i comparaison de cinquante mille âmes avec ce qu'il en fallait du temps de Josaphat pour faire douze cent mille combati tants ! Il en revint encore avec Esdras environ quinze cents ! et on peut juger qu'il y eut diverses autres troupes. ' Ils firent ce qu'ils purent pour reconnaître leurs anciens héritages et conserver les partages de famille. C'est pour cela qu'Esdras recueiUit toutes les généalogies qui sont au commencement des Paralipomènes, oii il s'étend principalement sur les trois tribus de Juda, de Lévi et de Benjamin et marque avec soin leurs habitations. Pour peupler Jérusalem, on y reçut tous ceux qui voulurent bien y habiter ce qui troubla sans doute l'ordre des partages, outre qu'il était juste que les présents occupassent les terres de ceux qui n'avaient pas voulu retourner, ou qui ne se trouvaient plus. Ainsi, dans les derniers temps, samt Joseph demeurait à Nazareth en Galilée, quoique sa famille fût originaire de Bethléem; Anne la prophétesse, quoique de la tribu d'Azer, demeurait à Jérusalen ; mais ils savaient encore de : quelle tribu ils étaient ; et ils avaient conservé leurs généalogies, comme on voit par celle de saint Joseph, qui n'était qu'un pauvre artisan. Ils distinguaient soigneusement les \rais Israélites des Israélites agrégés, qu'ils nommaient Giores en leur langue, et en grec Prosélytes,
Aussi un de leurs premiers soins après le rétablissement fut de se séparer des étrangers et de faire observer les
défenses de la loi toucbaot tes mariages avee les infidèles. Ils étendirent même ces défenses à des nations q^ie F» loi n'y avait point comprises.; aux Azotiens, qui étaient ud€ partie des Philistins ; aux Egyptiens, mx Ammonites et am Moabites.- L'expérience du mal que les Israélites avaient reçue de ces alliance» depuis le manvais exemple de Salomon porta les sages à interpréter ainsi la loi,, et à Téteodre au delà de ce que portaient les paroles, pour en mieui remplir Tintention. Les prêtres furent les plus exacts à observer ces défenses; ilsin'épousaieDl que les femmes de leur tribu, et Thistorien Josèpbe nous a marqué les précautions qu'ils y apportaient encore de son temp^ En général, jamais les Juifs ne furent n fidèles à Dieu ; et, depuis le retour de la captivité , on n'a plus entendu parier d'idolâtrie parmi eux, tant ils a^aienti été frappés de cb rude Ghâtiment et de l'accomplissement des prophéties qui les ea avait menacés» IL est vjrai que les- apostats ayaieat toute liberté de demeurer avec les infidèles : ainsi ii ne paraissait de Juifs que ceux qui Tétaient en effet.
Sous^les premiers rois de Perse il» demeurèrent dans une gcande faiblesse, enviés par les étrangers leursvoisins, surtout par les Samaritains, exposés à leurs insultes et à leurs calomnies, et près d'être égorgés par leurs ennemis au moindre ordre du grand roi, comme on voit par ce cruel édit qu'Aman obtint contre èux> et dont Bsther les sauva. Us. ne purent achevée le bâtiment du temple que vingt ans après leur premier retour; et il leur f)sittui encore soixante ans pour achever de relever les murailles de Jérusalem , qui fut ainsi quatre-vingts ans à se rétablir. Il fallait que le pays fût bien pauvre, puisque Hérodote, qui vivait en ce même temps, comprend la Syrie, la Phénicie, la Palestine et Tîle de Chypre sous un seul gouvernement, qui ne payait k Darius que trois cent cinquante talents (1) de tribut, comme l'une des moindres provinces; au lieu que celle de Babylone en payait mille toute seule. Ce revenu doubla du temps des Romains pour la Palestine seule; elle rapportait ^ Hérode et à ses enfants sept cent soixante talents, qui font plus de quinze cent mille livres, à ne compter que les moindres talents.
Peu à peu les Juifs se rétablirent ; et' sous le reste du règne des Perses ils vécurent selon leurs lois en manière
(1) La valeur du talent variait selon les divers pays où cette monnaie était eu'usage.
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de république, gouvernés par le grande sacrificateur et le conseil des soixante-onze anciens. Le pays se repeupla , les villes furent rebâties, et les terres mieux cultivées que janiais. L'abondance y revint; la paix et la tranquillité y furent si grandes^ que pendant près de trois ceâts ans il n*y arriva aucun mouvement ni rien de ce qui fait la matière ordinaire des histoires : de là vient ce vide que nous trouvons entre Nébémias et les Machabées (1). Le temple ' de Dieu était honoré, même par les étTàt>gers^ qui le visitaient et y apportaient des offrandes. Enfin la prospérité dès Juifs fut telle apr^s leur retour, que les prophètes, en la prédisant, nous ont laissé les figures les plus magnifiques du règne du Messie.
Les Grecs commencèrent alors à connattire les Juifs en I Egypte et en Syrie, où ils voyageaient souvent ; et ils pro- \ filèrent beaucoup de ce commerce, si Ton en croit' les plus anciens auteurs chrétiens, comme saint Justin et saint Clé- ! ment Alexandrin; car ils assurent que les poètes, les législateurs et les philosophes grecs avaient appris des Juifs I ce qu*ils avaient enseigné de meilleur. En effet, Selon ! voyagea en Egypte , et les lois qu'il donna aux Athéniens ayaient beaucoup de rapport avec celles de Moïse. Pythagore avait été longtemps en Egypte , et alla à Babylone dii tenbps de Cambyse; il avait donc vu les Juifs^ et avait pu les entretenir. Platon étudia plusieurs années en Egypte, et il fait dire à Socrate tant de belles choses fondées sur les principes qu'enseigne Moïse, qu'on peut le soupçonne!: d^en avoir eu connaissance.
Les Juifs pratiquaient effectivement ce que Platon propose de meilleur dans sa république et dans ses lois : de vivre chacun de son travail, sans luxe, sans ambition, sans pouvoir se ruiner ni trop s'enrichir^ comptant la justice pour les plus grands de tous les biens, fuyant toute nouveauté et tout changement. Onreconnaît en la personne de Moïse; en David et en Salomon, des exemples de ce sage qu'il souhaitait pour gouverner un Etat et le rendre heureux, et qu'il osait à peine espérer dans foute la suite des siècles. Il raconte en plusieurs endroits , sans les ap-^ puyer^'aucune preuve, certaines traditions dont il respecte l'antiquité, et qui sont manifestement des parcelles de la véritable doctrine touchant le jugement des hommes après leur mort et l'état de l'autre vie. Si Platon et les autres
(1) De Tan 450 avant Jésus-Christ à Tan 150 environ.
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Grecs n'avaient pas appris ces grandes vérités immédialement des Juifs^ ils les avaient apprises au moins des autres Orientaux, qui, étant plus près de la source du genre humain, et ayant des écrits beaucoup plus anciens que les Grecs, avaient bien plus conservé les traditions des premiers hommes^ quoique enveloppées de plusieurs fables.