CHAPITRE III
Eglise de Jérasalem.
Hais revenons à ceux qui furent instruits et gouYenfèl immédiatement par les apôtres, et particulièrement àcett^j Eglise de Jérusalem que Jésus-Christ avait comuieDcé dé difier de ses propres mains sur le fondement de la Syotgogue, et qui a été non-seulement le modèle, mais la tig( et la source de toutes les autres églises. Voyons comw&^ FEcriture nous dépeint ces premier; fidèles.
Ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, dans k communion de la fraction dû pain et dans les prières, El ensuite : Ceu^ qui croyaient étaient tous unis ensemble) et tout ce qu'ils avaient était commun. Ils vendaient Uun possessions et leurs biens, et ils les distribuaient d ^otu, selon le besoin de chacun. Ils continuaient d'aller touslf^ j(Mrs, avec union d'esprit, dans le temple, et, rompant ^ pain par les maisons, ils prenaient leur nourriture flitf joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et étant aimés è tout le peuple. Et ailleurs : Toute la multitude de ceux q^ croyaient n étaient qu'un cœur et quune àme^ et aucuf^ d'eux ne s'appropriait rien de tout ce qu'il posssédait; mais Us mettaient tout en commun. Il n'y avait point de pauvre parmi eux, parce que tous ceux qui avaient des terres otf des maisons les vendaient et en apportaient le prix. Ils k mettaient auxmeds des apôtres, et on le distribuait à chacun selon son besoin. Et encore ailleurs : Il se faisait beau* coup de miracles et de prodiges parmi le peuple par les mains des apôtres, et Us étaient tous d'tm mime esprit dans Ih galerie de Salomon. Aucun des autres n'osait se joindre
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et^a^ : mais le peuple leur donnait de grandes louanges : t le nombre de ceux qui croyaient au Seigneur, tant des ommes que des femmes, s'augmentait de plus en plus.
Le sommaire de cette description est rinstructioo, la rière, la commuoion, TunioD des cœurs, la communiation des biens temporels, la joie en eux-mêmes; et au lehors, le respect^ l'estime, Famour les uns des autres. Cette église était composée de gens de tout sexe, de tout âge et ie toute condition, et fut très-nombreuse en peu de temps, [l se convertit trois mille personnes à la première prédicalion de saint Pierre, et cinq mille à la seconde. Il est dit plus d'une fois que le nombre das fidèles croissait de jour en jour ; et saint Jacques parlant à saint Paul, vers Tan 38, Fait entendre, selon le grec, qu'ils étaient plusieurs fois dix mille. La plupart étaient mariés, car la continence parfaite avait été rare jusqu'alors: et ils logeaient séparément. puisqu*il est dit que l'on allait par les maisons rompre le pain, c'est-à-dire consacrer et distribuer la sainte eucbaristie. Toutefois, ils vivaient en commun, réduisant tous leurs biens en argent, que les apôtres et ensuite les sept diacres distribuaient à chacun selon son besoin, avec tant de fidélité et de prudence, qu'il n'y avait point de pauvres. Voilà donc un exemple sensible et réel de cette égalité de biens et de cette vie commune que les législateurs et les philosophes de l'antiquité avaient regardée comme le moyen le plus propre à rendre les hommes heureux, mais sans y pouvoir atteindre. C'était pour y parvenir que Minos, dès les premiers temps de la Grèce^ avait établi en Crète des tables communes, et que Lycurgue avait pris tant dé précautions pour bannir de Lacédémone le luxe et la richesse. Les disciples de Pylhagore mettaient leurs biens en commun, et contractaient une société inséparable, nommée en grec coinobion, d'où sont venus les cénobites. Eufin Platon avait poussé cette idée de communauté jusqu'à l'excès, voulant ôter méuie la distinction des familles. Ils voyaient bien que^ pour faire une société parfaite, il fallait ôter ie tien et le mien, et tous les intérêts particuliers ; mais ils n'avaient que des peines pour contraindre les hommes, ou des raisonnements pour les persuader. Il n'y avait que la grâce de Jésus-Christ qui pût changer les cœurs et guérir la corruption de la nature.
Les Juifs, comme mieux instruits de la loi de Dieu, avaieut chez eux des exemples plus parfaits de la vie commune : c'étaient les esséniens et les thérapeutes. Il n'y
arat dett etséoieDs qu'an Palastina, at au nombre i quatra ix^iUa ou anyifon. Us deraaaraiant à la ca»pagii s occupant au labooraga at aux métien innoeanla, vi^ai^ t commun at pauvromant. La plupart renonçaient au nu liage : ib s'appliquaient à la prière at à rétode de la io! principalement le jour du sabbat ; mais ils crevaient 3 destin et à la divination, et étaient les plus superstiti«i de toas Im Juifs. Les thérapeutes étaient répandus en & yers lieu t , mais la plupart vivaient en Egypte vers Alezac drie. Ils étaient plus solitaires et plus contemplatifs qn les esséAiens, ne s^ocoupant que de la prière, de là ikture et de la méditation de |a loi. Ordinairement ils u mangeainnt que du pain le soir. Ils s'assemblaieot le joiHi du Bftbban et de la Pentecôte pour prier et manger ensenibit On peut ?oir dans Philon et dans Josèphe ud plus grar détail de vie des uns et des autres. Que si Ton puuy«f vivre ainsi sous Tétat de la loi, qui n*amenait rien à la pe^ fection, il ne faut pas s*étonner que Ton ait pratiqué k\ mêmes vertus, et encore plus purement, sous Féiat de isj grâce; et c'est ce que nous voyons dans cette Eglise de Jérusalem, ensuite par toutes les Eglises, dans les monastères et les autres communautés religieuses.
La source de cette communication de biens entre fô Chrétiens de Jérusalem était la charité, qui les rendaii tous frôresy et les unissait comme en une seule famille, où tous les enfants sont nourris des mêmes biens par te soins du même père, qui, les. aimant tous également, m les laisse manquer de rien. Ils avaient toujours devant les yeux le commandement de nous aimer les uns les autres* que Jésus-Christ avait répété tant de fois, particulièremeol la veille de sa passion, jusqu'à dire que Ton reconDaftrait ses disciples à cette marque. Mais ce qui les obligeait à vendre leurs héritages et à réduire tout eu argent comp" tant, était la recommandation du Sauveur de renoncer à tout ce que Ton possède. Ils voulaient le pratiquer nonseulement dans la disposition du cœur, à quoi se réduit Tobligation de ce précepte, mais encore dans rexécution réelle, suivant ce conseil : Si iu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, et viens m» suivre; car on est plus assuré de n'être point attaché à ce que Ton a quitté effectivement qu*à ce que Ton garde encore. De plus, ils savaient que le Sauveur avait prédit la ruine de Jérusalem, et qu'il en avait marqué le temps avant que cette génération lût "tassée } ainsi ils ne voulaient rien avoir qui les attachât à
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^etta malheureuse ^Ole, ni k cette terre qui detait 6tre
La vie commune entre leus les fidèles était donc une pratique singulière de cette première Eglise de Jérusalem, i^onveoftble aux personnes et eui temps, car il semble dif- ^eile, parlant humainement, qu'une Eglise si nombreuse sût pu subsister longtemps sans revenus assurés; et nous voyons par les Actes et par les B{rftres de saint Paul qu'elle st^ait besoin du secours des autres Eglises, et que de toutes les provinces on envoyait des sommes considérables pour les saints de Jérusalem. Toutefois saint Cbrysostome, si longtemps après, n*hésite point de proposer encore cette manière de vie comme un exemple imitable, et comme un moyen de convertir tous les infidèles. Il est à croire que ces saints de Jérusalem travaillaient de leurs mains, à , V exemple de Jésus-Christ et des apôtres; car nous ne saurions leur attribuer rien de trop parfait, et c'était encore un moyen considérable de suppléer au défaut des revenus.
Il est dit qu'ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, et ils sont souvent nommés disciples, c'est-à-dire qu'ils s^appKquaient à étudier la doctrine du salut, soit en écou» tant les apôtres, qui leur parlaient souvent en public et en particulier, et leur enseignaient tout ce qu'ils avaient appris du Seigneur, soit en lisant les saintes Ecritures^ et en conférant les uns avec les autres. Il est dit qu*ils persévéraient dans la prière, et qu'ils allaient tous les jours au temple s'assembler dans la galerie de Salomon, et y prier d'un même esprit. L'exemple de saint Pierre et de saint Jean, qui allèrent au temple à l'heure de la prière de none, fait croire qu'ils observaient dès lors les mêmes heures que l'Eglise a toujours gardées depuis. Ils vivaient à l'extérieur comme les autres Juifs, pratiquant toutes les cérémonies de la loi, et offrant même les sacrifices^ ce qu'ils continuèrent tant que le temple subsista^ et ce que les Pères ont appelé enterrer la Synagogue avec honneur.
Â[Jrès la prière, rEcnture marque la fraction du pain, qui signifie l'Eucharistie, comme en plusieurs autres passages du Nouveau Testament. On célébrait ce mystère, non pas dans le temple, où Ton n'avait pas assez de liberté^ parce que les Chrétiens y étaient mêlés avec les Juifs, mais dans les maisons particulières, entre les seuls fidèles ; et il était suivi, comme les sacrifices pacifiques, d'un repas dont l'usage continua longtemps entre les Chrétiens sous le nom d^^gapes, qui signifie charité. Il est dit que ces